Festival de Théâtre Figeac © Loran Chourrau
© Loran Chourrau

Le Festival de Théâtre de Figeac 2026 entre réflexion et éclats de rire

Ce rendez-vous, reconnu depuis vingt-six ans comme un moment fort des festivals théâtraux de l’été, a trouvé un souffle nouveau qui a séduit et bousculé les festivaliers. Retour sur deux jours intenses, joyeux et brillants.
23 juillet 2026
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En prenant les manettes du Festival de Théâtre de Figeac l’an dernier, Éric Thimjo, directeur du spectacle vivant de l’Astrolabe Grand Figeac, a mis « les écritures théâtrales au cœur d’une programmation audacieuse, plurielle et profondément ancrée dans son époque. »

S’appuyant sur le succès de l’édition 2025, avec sept mille spectateurs, l’équipe a mis en place pour cette nouvelle édition une programmation qui fait de « Figeac une scène ouverte où se jouent les grands récits de notre temps ». Et pour bien débuter ce concept, quoi de mieux que Le dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing et Génération Mitterrand, les fabuleux spectacles de Léo Cohen-Paperman sur les Présidents de la Ve République.

Sous le signe de la joyeuse irrévérence
Figeac - L'Iliade - Compagnie Bravache © Loran Chourreau
« L’Iliade » de la Compagnie Bravache © Loran Chourreau

Nous démarrons le festival avec une Arrière-Cour. Ce temps fort, mis en place pour investir l’espace urbain, afin de fédérer un public large et diversifié, de faire se croiser les festivaliers avec les simples passants, séduit beaucoup. Lorsque nous arrivons place Carnot, adultes et enfants sont nombreux à s’être déjà installés sur les chaises ou assis par terre, devant une des fromageries de la ville où se déroulera le spectacle.

Le programme est alléchant puisqu’il propose L’Iliade de la Compagnie Bravache. Ce collectif, qui défend « un théâtre ludique et pluridisciplinaire », raconte en cinquante minutes la grande épopée d’Homère. Un spectateur, désigné comme étant Cronos, a la charge de mesurer le temps, chrono en main. Le public est divisé en Archéens (Grecs) et en Troyens, parmi eux certains sont choisis pour représenter des personnages ou divers dieux. La participation du public, finement menée, fonctionne à merveille.

Dans un ton joyeusement décalé, Margot Dalabouglise, Barthélémy Maymat, Cesare Moretti et Ariane Pelluet résument le pourquoi, le comment et la fin de cette interminable Guerre de Troie, qui à l’origine ne devait durer que quelques jours, comme toutes les guerres. Démêlant les nombreux fils qui composent et embrouillent l’histoire, respectant les grandes lignes, digressant à souhait, ils ont fait résonner la place des rires des spectateurs.

Des lectures
Figeac - Le Sas - Michel Azama - Clément Bernot © Loran Chourrau
Lecture « Le Sas » de Michel Azama par Clément Bernot © Loran Chourrau

Les festivités commencent dès le matin avec L’Avant-Scène. Cette niche dédiée aux lectures est installée dans les Jardins des écritures de la ville. Au programme du jour une lecture proposée par l’association Lire à Figeac. Le comédien Clément Bernot lit avec une belle sensibilité Le Sas, ce magnifique texte de Michel Azama. Écrit dans les années 1980, ce monologue poignant donne la parole à une femme qui, après seize ans de détention, vit sa dernière nuit en cellule dédiée aux « partantes ». Ce texte, écrit à partir de récits de prisonnières, a gardé toute sa force et sa puissance.

Du cinéma

À l’heure du goûter, on file à L’Astrolabe pour le Cinérama, une sélection de films ou de documentaires faisant écho à la programmation. Pour nous, ce sera, en clin d’œil au spectacle Bubble de la Compagnie Obra sur Macbeth, le film Hamnet de Chloé Zhao. Très honnêtement, ce long film aux belles photographies de la nature, faisant focus sur la femme de Shakespeare et ses enfants, a vite fini par me lasser. Au bout d’une heure j’en suis partie sans aucun regret.

Un chef-d’œuvre

Phèdre ! de François Gremaud, par le génialissime Romain Darole, est présenté sous les belles arches du Palais Balène, devant une salle comble. Un des plus beaux spectacles que j’ai pu voir tout au long de ma carrière. Ce texte brillant, qui redonne envie d’aimer le Phèdre de Jean Racine, était à l’origine une commande du théâtre de Vidy pour être présenté dans les salles de classe romande. Depuis, il est devenu un grand succès théâtral par-delà les frontières suisses. Ce spectacle étonnant va, en décembre prochain, atteindre sa six centième représentation.

Une expectative
Figeac - Phèdre - François Gremaud - Romain Dolorès (c) Loran Chourrau
« Phèdre ! » de François Gremaud par Romain Dolorès © Loran Chourrau

La soirée se poursuit dans la cour du Puy où est installée la grande scène en plein air du festival, où est présenté le Grand Vertige du MégaSuperThéâtre, inspiré du Mont Analogue de René Daumal. Pour Patti Smith, Alejandro Jodorowsky, les Beatles et même François Mitterrand, cette œuvre inachevée était un livre phare. La compagnie Les Dramaticules, s’en était déjà inspiré en 2023, pour leur spectacle La montagne cachée.

Créé en mai 2026, ce spectacle animé « par le désir d’un théâtre total, vivant et audacieux », foisonnant d’images, de réflexions sur le monde, a dérouté une partie des festivaliers et enchantés l’autre. À la Guinguette, buvette du festival, les débats d’idées allaient bon train, sans créer toute fois une bataille d’Hernani.

Le festival se poursuit, jusqu’au 26 juillet, avec de nombreuses propositions, comme Niquer la fatalité d’Estelle Meyer, la mise en scène de Clément Poiré de L’Avare avec John Arnold, celle de Jacques Osinski de L’Amante Anglaise avec Sandrine Bonnaire.


Festival de Théâtre de Figeac
Du 18 au 26 juillet 2026

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