Dans la salle, ils sont déjà là. Quatre jeunes gens vêtus comme à la ville accueillent le public, échangent quelques mots, observent d’un œil amusé les spectateurs qui cherchent leur place. La frontière avec le plateau s’efface déjà. Lior Aidan choisit la proximité, sans quatrième mur ni effet d’annonce. L’adresse est directe, le récit passe des interprètes au public, bientôt témoin et confident d’une histoire qui se dérobe à mesure qu’elle se raconte.
Deux couples et quelques secrets

Le collectif ofbpc aborde Viripaev par le jeu et le mouvement. Nourrie d’un long travail d’improvisation, sa lecture conserve cette liberté au plateau. Quatre jeunes interprètes prennent en charge les vies de deux couples amis, Dennis et Sandra, Albert et Margaret, dans la traduction de Tania Mogouilevskaia et Gilles Morel.
Tout commence au seuil de la mort. Après plus de cinquante ans auprès de Sandra, Dennis lui dit toute sa reconnaissance. À ses côtés, il a découvert ce qu’était l’amour véritable. Pourtant, une faille demeure. Margaret, la femme de son meilleur ami, l’a bouleversé au premier regard et n’a jamais quitté ses pensées. L’aveu fissure le bel édifice. Viripaev peut alors tirer le fil. Les récits se croisent, se corrigent, se contredisent. Une vérité en chasse une autre et, peu à peu, cette idée même d’un sentiment absolu vacille.
L’amour passé au crible
C’est dans cette brèche que le dramaturge polonais d’origine russe s’engouffre. Petits mensonges, vérités arrangées, souvenirs corrigés, aveux tardifs et boutades nourrissent une dissection aussi drôle que cruelle du sentiment amoureux. Chacun raconte ce qu’il croit avoir vécu, jusqu’à ce qu’un détail, une confidence ou un autre récit vienne en modifier l’angle de vue et donc la véracité. Faut-il être aimé en retour pour que ce que l’on éprouve soit réel ? À peine une réponse se dessine qu’elle se dérobe déjà.
On finira bien par comprendre. Le nom choisi par le Collectif – On finira bien par comprendre – dit quelque chose de leur manière d’aborder la pièce. Lior Aidan, Maxime Allègre, Charles Montélimard et Laura Opsomer Mironov cherchent moins à résoudre l’énigme qu’à en démêler les fils ensemble. Ce mouvement traverse leur création. Tous les quatre passent du récit au jeu, de la distance à l’incarnation, endossent un personnage puis s’en détachent, sans jamais masquer le théâtre en train de se faire. Cette liberté donne son rythme à la pièce et laisse pleinement jouer les contradictions qui l’émaillent.
Le vrai et le faux dans le même mouvement

La mise en scène glisse librement du rire à une émotion plus sourde, de la confidence à l’invention, sans appuyer les passages. Un lit sommaire, quelques chaises dépareillées et une lumière rasante suffisent. Le reste appartient aux acteurs, à leur façon de saisir le récit, de le laisser filer, de jouer avec les formes et les registres.
Cette économie laisse surtout de l’air au plateau. Rien ne semble vouloir se figer. La mise en scène garde une part de jeu, d’incertitude, la possibilité qu’un geste ou un rythme bouge encore. C’est aussi la manière de créer de cette jeune troupe, laisser le spectacle respirer et continuer à chercher, jusque dans la représentation. Une liberté qui rejoint le mouvement même de la pièce, où chaque vérité peut, à tout instant, être remise en question.
L’élan du collectif
Chez Viripaev, comprendre revient peut-être à accepter qu’une part demeure insaisissable. Lior Aidan et ses camarades s’emparent de cette incertitude avec un plaisir évident, bousculent le texte, passent du rire à l’émotion et laissent circuler entre eux une énergie communicative.
Ce premier geste commun porté par la metteuse en scène porte déjà leur goût du jeu, de l’adresse directe et d’un théâtre qui se construit à plusieurs. Il y a de la fougue, un brin d’insolence, quelques aspérités aussi, mais surtout quatre interprètes heureux d’être au plateau. Une jeune troupe qui cherche encore sa langue et dont l’élan donne envie de connaître la suite.
Illusions d’après Illusions d’Ivan Viripaev
une création du Collectif On finira bien par comprendre
Au Théâtre Paris-Villette dans le cadre du Festival Spot #13
Les 15 & 16 septembre 2026
durée 1h20
Tournée
novembre 2026 au Théâtre de la Ville de Bouguenais
Mise en scène de Lior Aidan assistée de Ferdinand Mochot
Traduction de Tania Mogouilevskaia & Gilles Morel
Avec Lior Aidan, Maxime Allègre, Charles Montélimard, Laura Opsomer Mironov
Création lumière de Titouan Laporte
costumes, scénographie de Laura Opsomer & Lior Aidan
Dramaturgie de Camille Doucet
régie lumière & son – Rudy Sanguino



