Comment est né ce projet qui vous réunit tous les trois autour des Belles choses ?
Xavier Cavada : Nous travaillons ensemble depuis longtemps sur différents projets, tout en continuant à poursuivre nos carrières en parallèle. Le travail avec les amateurs est le fruit d’un long compagnonnage.
Nathalie Cuenet : C’est en effet une vieille histoire. Lorsque Anne Bisang dirigeait la Comédie de Genève, elle souhaitait créer une troupe de théâtre amateur au sein du théâtre pour renforcer le lien avec la cité. Elle nous a réunis en 2004. Puis le directeur suivant a prolongé encore quelques années le projet jusqu’en 2016, avant d’y mettre un terme. Nous avons alors présenté le projet à Jean Liermier, qui nous a immédiatement accueillis au Théâtre Carouge et qui soutient ce projet depuis maintenant dix ans.
Pourquoi avoir choisi cette fois des textes personnels plutôt que des classiques comme c’était le cas les précédentes années ?
Valérie Poirier : Au fil des ans, nous nous sommes éloignés des classiques pour aller vers des écritures plus personnelles. Nous souhaitions offrir un espace où les participants puissent s’exprimer directement. Jean Liermier nous a suggéré cette année de travailler autour d’un sujet simple : Qu’est-ce qui vous fait du bien quand tout vacille, Qu’est-ce qui donne du sens à votre vie ? Chacun y a répondu en proposant une idée, un thème, ou un texte. Avec chacun-e, nous avons cherché la forme théâtrale qui serait la plus propice pour raconter « sa belle chose ». Quinze « capsules » différentes ont ainsi vu le jour.
Nathalie Cuenet : Nous leur avons simplement donné le cadre. Ils étaient libres d’inviter d’autres camarades dans leur capsule, de choisir leur matière. Ce qui compte, c’est que la parole vienne d’eux.
Vous formez un trio depuis longtemps. Comment travaillez-vous ensemble ?
Xavier Cavada : Nous sommes très souvent présents tous les trois lors des ateliers, même si nos métiers nous amènent parfois ailleurs. Nous nous complétons, nous discutons beaucoup entre nous et avec les participants. Nous posons des questions pour les aider à trouver du sens : pourquoi cette scène, qu’est-ce que cela évoque ? Nous les accompagnons dans leur réflexion, sans rien leur imposer. Il y a une belle complémentarité entre nous. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nos désaccords nourrissent le travail et nous poussent à avancer.
Nathalie Cuenet : Cela fait plus de vingt ans que nous travaillons ensemble. Une complicité, une connivence s’est installée avec le temps. Nous savons là où chacun est plus pertinent, mais tout se fait de façon organique et naturelle.
Valérie Poirier : Je travaille davantage sur l’écriture qui est mon domaine de prédilection, mais Xavier et Nathalie interviennent aussi. Les rôles ne sont pas cloisonnés. Nous savons où sont nos forces respectives, mais rien n’est figé. Cette fluidité, c’est ce qui fait notre force.
Et avec les amateurs, comment cela se passe-t-il ?
Nathalie Cuenet : La troupe se renouvelle chaque année. Un petit noyau reste fidèle, mais c’est ouvert à tous. Les seules conditions sont l’envie et l’engagement, pas le talent ni la formation. Nous demandons d’être disponible, régulier et constant.
Xavier Cavada : C’est une magnifique brochette de personnes de tous âges et de tous horizons professionnels. Ces rencontres sont chaque fois extraordinaires. Le théâtre demande du courage et de l’écoute, et cela crée une solidarité et des liens humains magnifiques.
Valérie Poirier : Nous ne pourrions pas aller au-delà de vingt participants, car il faut garder du temps de travail pour chacun. Mais nous n’avons jamais eu à refuser qui que ce soit. Tout se régule naturellement : certains découvrent l’investissement demandé et choisissent d’arrêter.
C’est important de dire aussi que ce n’est pas un prétexte de médiation. Le Théâtre de Carouge nous offre de vraies conditions de travail : une salle de répétition, une scénographie, une équipe technique. Avec William Fournier, qui conçoit l’espace, la lumière, les projections et le son, nous bénéficions d’un accompagnement professionnel. Ce n’est pas un atelier de fin d’année, mais un vrai spectacle, inscrit dans la saison du théâtre.
Combien de temps dure une aventure comme Les Belles choses ?
Valérie Poirier : Cette année, c’est plus court que d’habitude. Nous avons commencé en janvier, soit moins d’une saison. Parfois, le travail s’étale sur deux ans. Par exemple, pour les spectacles autour de Tchekhov, nous avons mêlé extraits de textes et improvisations, et cela a nécessité deux saisons entières. Ici, la démarche d’écriture personnelle permettait d’avancer plus vite.
Quels sont vos rendez-vous de travail avec eux ?
Valérie Poirier : Nous nous retrouvons chaque lundi soir, un week-end par mois, et, à l’approche de la première, tous les soirs pendant plus de deux semaines. C’est un engagement réel, mais l’énergie collective porte tout le monde.
À quelques jours de la première, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Nathalie Cuenet : Nous en sommes aux filages. Le spectacle est là, il reste quelques détails à régler, notamment sur les enchaînements avec la technique. Demain, c’est la générale. Le spectacle va prendre son envol.
Xavier Cavada : Ce qui est formidable, c’est le lien direct qui se tisse entre le théâtre et les participants. Ici, les spectateurs deviennent comédiens. Ils reçoivent les outils du théâtre et entrent dans l’expérience de l’intérieur. Chaque année, ils nous disent qu’ils ne regarderont plus jamais un spectacle de la même façon.
Les Belles Choses
Création de la troupe de Théâtre Amateur du Théâtre de Carouge
Du 17 septembre au 9 octobre 2025
durée estimée 1h50
Mise en scène de Xavier Cavada, Nathalie Cuenet et Valérie Poirier
Avec la troupe de Théâtre Amateur : Matei Agarici, Camille Bierens de Haan, Emmanuel Etchart, Sonia Fernandez, Agnès Gelbert Miermon, Suzanne Hufschmid, Sarah Muri, Francesca Pellacani, Agnès Pfister, Béatrice Schrenzel, Catherine Tinivella Aeschimann, Nathalie van Berchem, Evelyne Varetz, Gina Voirol, Sabine Zaugg
Lumières et univers sonore de William Fournier
Collaboration artistique – Fabienne Abramovich
Régie générale, son et lumière d’Arno Fossati
Montage de William Fournier, Gautier Janin, Eusebio Paduret, Manu Rutka