Les silences qui nous entourent

Édito du 01/12/2025
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Nous sommes le 1er décembre et cela nous rappelle que le VIH n’a jamais vraiment quitté nos vies, même si l’on s’est habitué à ne plus en parler. Les financements s’essoufflent, les associations se débattent, les contaminations repartent chez les plus jeunes. Le virus s’est fait discret, presque silencieux, comme si les traitements et la PrEP avaient fini par installer l’idée fausse que tout cela appartenait au passé.

Le théâtre n’échappe pas à ce glissement. Le VIH n’y apparaît plus que par allusion. Dans Juste la fin du monde de Lagarce, remonté novembre dernier par Guillaume Barbot, le mot n’est jamais prononcé alors qu’il irrigue chaque geste et chaque tension.. Et puis il y a ces œuvres rares qui s’avancent à visage découvert, comme le solo de Mohamed Issaoui, né d’une année passée dans le sous-sol du service infectieux d’un hôpital de Tunis, à apprivoiser sa séropositivité. Un corps en mouvement qui raconte ce que la société préfère taire.

Pendant que le sujet s’efface, d’autres secousses agitent le monde du spectacle. Le Théâtre du Soleil se retrouve plongé dans une série de témoignages de violences sexuelles qui bousculent profondément un lieu que l’on pensait à l’abri tant il se rêvait un lieu d’utopie. Le mythe se fissure et, derrière lui, c’est tout un milieu qui se regarde soudain autrement.

Plus au sud comme le révèle une enquête de Médiapart, une parole s’est heurtée à des barrières bien réelles. Tamara Al Saadi n’a pas pu lire son texte sur Gaza après les saluts de son spectacle. Les lieux membres du dispositif ExtraPôle ont bien avancé d’autres options pour préserver ce moment d’adresse, mais aucune n’a abouti faute de consensus. Le théâtre se veut espace de tous les débats, pourtant il se cogne souvent à d’autres réalités et s’enferme parfois dans une prudence qui étouffe.

À Genève, la Comédie traverse toujours une période de tension. Séverine Chavrier, tenue à distance des questions administratives le temps d’un audit, poursuit son travail artistique depuis l’extérieur. Une situation étrange, presque suspendue, qui révèle une maison fragilisée et un fonctionnement interne qui peine à retrouver son équilibre.

Et puis une lumière s’est éteinte. Biyouna n’est plus. Actrice algérienne flamboyante, musicienne, figure immensément populaire, elle emportait les rires avec elle, même dans les périodes les plus sombres de son pays. Ses apparitions sur scène étaient rares mais inoubliables, toujours traversées par cette liberté farouche qui la définissait.

Rien n’est donc jamais acquis. Ni les droits, ni les paroles, ni les scènes. La seule manière d’avancer consiste peut-être à continuer de dire, même doucement, ce que le monde voudrait parfois laisser dans l’ombre.

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