Pourquoi ce choix de monter pour la première fois une pièce de théâtre, et qui plus est Jean-Luc Lagarce ?
Guillaume Barbot : C’est une vraie première fois. J’avais envie de me confronter à une écriture plus classique. D’ordinaire, je vais chercher mes matériaux dans les romans. Je ne trouvais rien qui me parlait, alors je me suis tourné vers ce que j’appelle les « classiques contemporains ». Dans ma bibliothèque, il y avait Bernard-Marie Koltès et Jean-Luc Lagarce. Je me souvenais avoir étudié Juste la fin du monde quand j’avais 20 ans. À l’époque, cette écriture m’ennuyait, je la trouvais trop intellectuelle, trop formelle.

Et puis, vingt ans plus tard, mon regard a changé. J’ai ressenti un vrai choc. J’ai découvert une langue intime et musicale. Par ailleurs, elle entre parfaitement en résonance avec les sujets qui habitent mon travail comme la famille, l’amour et les grandes prises de parole. Il y avait un swing, une pulsation, comme dans la littérature où je travaille habituellement avec la musique. J’ai eu l’impression que ce texte avait été écrit pour moi.
Comment aborder un tel monument de la dramaturgie contemporaine, déjà porté au cinéma et au théâtre ?
Guillaume Barbot : D’abord par la distribution. J’avais en tête des comédiens très précis : Élizabeth Mazev pour la mère, Mathieu Perotto pour Louis, Caroline Arrouas pour Catherine. Je leur ai proposé, ils ont dit oui. C’était déjà un premier geste de mise en scène, car sans eux, je ne suis pas certain que j’aurais monté cette pièce.
Ensuite, je n’avais pas une multitude de références en tête. Je me souvenais de la création à La Colline en 2000, mise en scène par Joël Jouanneau, puis de celle de Michel Raskine à la Comédie-Française en 2008. Il y en a eu d’autres, mais souvent sous des formes plus modestes. Il m’a semblé qu’il restait une place à prendre, un espace pour une lecture personnelle. Non pas une version intimiste, mais une fresque, presque épique, mêlant musique, scénographie, lumière et vidéo.
La musique, qui est toujours très présente dans vos créations, comment intervient-elle ici ?
Guillaume Barbot : Pour une fois, elle ne sera pas jouée en direct. Avec Pierre-Marie Braye-Weppe, mon complice de toujours, nous avons travaillé autrement. Il a composé un quatuor à cordes inspiré de Radiohead. Parce que si Louis a 34 ans aujourd’hui, il a sûrement écouté ce type de groupe adolescent, enfermé dans sa chambre. La musique a été enregistrée, mais elle sera diffusée en 360 degrés et mixée en direct. C’est une immersion sonore, une matière dramatique en soi. Et c’était un nouveau défi, car Pierre-Marie n’est plus sur scène, il compose en amont et livre une partition que l’ingénieur du son s’approprie chaque soir.
Et la langue si particulière de Lagarce, comment la faire entendre aujourd’hui ?

Guillaume Barbot : On a souvent l’idée qu’elle est difficile, répétitive. Mais en auditions, j’ai découvert combien elle était contemporaine, organique. Elle pense vite, bifurque, se reprend. Travailler cette langue en répétition est un plaisir fou. Il ne s’agit jamais de « faire joli », mais de donner chair à une pensée en mouvement, avec ses hésitations, ses respirations.
Vous transposez la pièce à aujourd’hui. Qu’est-ce que cela change ?
Guillaume Barbot : Pas grand-chose, le texte tient parfaitement. Mais le fait de l’ancrer en 2025 lui donne une résonance nouvelle. Louis n’est plus seulement le double possible de Lagarce. Le sida, jamais nommé, plane sur l’œuvre, mais aujourd’hui il pourrait mourir d’autre chose. Ce qui importe, c’est l’urgence de dire, l’ultimatum posé dès le début. Hitchcock disait que deux personnages qui parlent à table, cela peut être ennuyeux, mais si la caméra montre une bombe sous la table, alors tout devient passionnant. Ici, la bombe, c’est la mort annoncée de Louis. Elle pèse sur chaque échange, sur les deux heures de spectacle.
La scénographie semble également essentielle.

Guillaume Barbot : Oui, la maison est presque un sixième personnage. Nous l’avons conçue comme une maison de poupée, découpée en sections où toutes les pièces restent visibles. Quand deux personnages s’isolent, le spectateur continue de voir la vie se dérouler ailleurs. Contrairement aux mises en scène qui concentrent l’action sur une seule journée, nous faisons traverser à la famille les quatre saisons. D’ailleurs, les didascalies de Lagarce laissent le choix : une journée ou une année. C’est comme un repas qui s’étire à l’infini, une temporalité dilatée. Cela donne une autre dimension au texte : il y a la langue de Lagarce, mais aussi une vie qui circule partout, dans les interstices, en dehors du dialogue.
Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce
Création 2025
Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine
4 octobre 2025
durée 2h
Tournée
10 octobre 2025 au Théâtre de Chelles
16 octobre 2025 au Théâtre Jacques Carat de Cachan
3 au 22 novembre 2025 au Théâtre 13 – Bibliothèque
4 décembre 2025 au Théâtre du Vellein – Villefontaine
30 janvier 2026 à l’Espace Marcel Carré à Saint-Michel-sur-Orge
3 février 2026 au Théatre du Vésinet
7 février 2026 aux Passerelles à Pontault-Combault
10 février 2026 au Théâtre Antoine Watteau – Scène conventionnée de Nogent-sur-Marne
Le 13 février 2026 à L’Orange Bleue Espace culturel d’Eaubonne
Le 5 mai 2026 au Centre des bords de marne – Le Perreux-sur-Marne
Le 7 mai 2026 à La Faïencerie – Scène conventionnée Art en territoire de Creil
Mise en scène de Guillaume Barbot
Avec Mathieu Perotto, Yannik Landrein, Élizabeth Mazev, Caroline Arrouas, Angèle Garnier, Zoon Besse, Thomas Polleri en alternance avec Alix Briot Andréani
Création musicale de Pierre-Marie Braye-Weppe
Dramaturgie d’Agathe Peyrard
Lumière de Nicolas Faucheux
Scénographie de Benjamin Lebreton
Création sonore de Terence Briand
Vidéo de Clément Debailleul
Costumes d’Aude Desigaux
Régie générale et lumière – Karl Ludwig Francisco
Régie son – Rodrig De Sa
Construction décors – Atelier du TNP – Villeurbanne