De Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, on se souvient de l’adaptation cinématographique de Xavier Dolan. Fidèle à l’écriture du dramaturge, il y portraiturait la maison familiale comme un lieu où, sous les non-dits, se nichaient les frustrations, les adorations, parfois la violence. Au Théâtre 13, Guillaume Barbot fait le pari inverse.
Maison de poupées

Sa mise en scène de Juste la fin du monde — c’est la toute première fois qu’il s’attaque, avec sa compagnie Coup de poker, à un texte de théâtre —, démarre comme une comédie. Le décor a des airs de maison de poupée. Chacun dans sa chambre, les membres de la famille se préparent pour le retour de Louis. Le fils aîné et transfuge de classe est venu leur annoncer sa mort prochaine.
Mais comment se parler, quand on ne se parle plus ? Sur scène, entre les murs de la maisonnée, l’enthousiasme vire à la nervosité. Tous veulent bien faire. Ne pas embêter Louis, ne pas l’agacer avec leurs choses, leurs histoires banales. C’est au milieu de cet étrange mélange, fait d’autodénigrement et d’admiration, que se situe la tension de plus en plus palpable de Juste la fin du monde. Tension qui finira, évidemment, par exploser.
Une ambiguïté fondamentale
Guillaume Barbot capte avec talent la sensibilité et la profondeur de chaque membre de la famille, comme Suzanne – Angèle Garnier, renversante –, qui confronte tant bien que mal son frère absent, ou Antoine – Yannik Landrein, tout en subtilité – qui, dans une scène finale à couper le souffle, offre un tout autre point de vue sur la situation initiale. Y a-t-il vraiment un bourreau, dans cette histoire ?

C’est sans doute la force de ce spectacle, qui donne par ailleurs à entendre remarquablement bien la langue de Lagarce, faite d’infinies répétitions : parvenir à insuffler son ambiguïté fondamentale à ce drame familial, dont le spectateur ne connaît pourtant ni les tenants, ni les aboutissants.
Si le talent des comédiens porte haut ce drame, on regrette cependant que la mise en scène s’encombre autant d’éléments inutiles. Cette immense maison, d’abord, si grande qu’elle annule toute possibilité de huis-clos. Le criard jeu de lumières, ensuite, qui, mêlé aux flashbacks d’un Louis enfant (incarné sur scène par Thomas Polleri, en alternance avec Alix Briot Andréani), donne une dimension quasi kitsch à ce texte si sensible, qui semble pourtant en appeler au dépouillement le plus strict.
Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce
Au Théâtre 13 – Bibliothèque
Du 3 au 22 novembre 2025
Durée : 2h20.
Tournée
4 décembre 2025 au Théâtre du Vellein – Villefontaine
30 janvier 2026 à l’Espace Marcel Carné à Saint-Michel-sur-Orge.
3 février 2026 au Théâtre du Vésinet
7 février 2026 aux Passerelles à Pontault-Combault.
10 février 2026 au Théâtre Antoine Watteau – Scène conventionnée de Nogent-sur-Marne.
13 février 2026 à l’Orange Bleue Espace culture d’Eaubonne.
5 mai 2026 au Centre des Bords de Marne – Le Perreux-sur-Marne.
7 mai 2026 à La Faïencerie – Scène conventioonnée Art en territoire de Creil.
Texte : Jean-Luc Lagarce (Les Solitaires Intempestifs)
Mise en scène : Guillaume Barbot.
Avec : Mathieu Perotto, Yannik Landrein, Élizabeth Mazev, Caroline Arrouas, Angèle Garnier, Thomas Polleri en alternance avec Alix Briot Andréani.
Dramaturgie : Agathe Peyrard
Lumières : Nicolas Faucheux.
Scénographie : Benjamin Lebreton, assisté de Violette Rivière
Direction musicale – composition et arrangement (d’après Radiohead) : Pierre-Marie Braye-Weppe.
Quatuor à cordes : (enregistré au Studio Nyima) Sarah Dayan (violon), Matthieu Perraud (violon) Violaine Despeyroux (alto), Florian Frère (violoncelle).
Création sonore : Terence Briand, Rodrig De Sa
Vidéo : Clément Debailleul.
Costumes : Aude Desigaux
Construction des décors : Ateliers du TNP – Villeurbanne.
Régie générale et lumière : Karl Ludwig Francisco
Régie son : Rodrig De Sa.
Régie plateau : Jules Charret