Le théâtre perd plus qu’un auteur, il perd un souffle. Valère Novarina s’est éteint le 16 janvier 2026 à 83 ans. Avec lui disparaît une manière de faire naître le monde par le langage. Il ne racontait pas, il réveillait la langue. Ses textes déployaient des visions, des figures, une mystique du verbe. Ses acteurs le disaient : pour le jouer, il fallait engager le corps, la mémoire, l’imaginaire. Sa mort laisse la scène plus nue, mais son verbe continue de circuler, vibrant, obstiné.
En 2020, Jean Bellorini lui confiait l’écriture de sa traversée du mythe d’Orphée et Eurydice. Ombres, lumière et silence y portaient toute la puissance novarinienne. Trois ans plus tard, à la Colline, Novarina signait son dernier grand geste scénique avec Les Personnages de la pensée, une œuvre ardente et profondément humaine. Plus récemment encore, la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts lui consacrait trois mois d’exposition, révélant ses paysages intérieurs, ses peintures et ses visions. Un hommage avant l’heure qui dit la générosité et l’élan d’un artiste qui n’a cessé de réinventer le monde par la parole.
Aujourd’hui, une autre nouvelle assombrit le paysage. Le programme PAUSE, qui devait accueillir des artistes gazaouis en France pour recréer Les Monologues de Gaza, se voit suspendu jusqu’en avril. Cette décision arrive au lendemain d’un échange en visio entre artistes de Gaza et artistes en France. Ce rendez-vous faisait naître l’espoir d’une collaboration et d’un travail à venir. La suspension coupe cet élan, mais les structures culturelles restent mobilisées pour que ces artistes puissent continuer à créer et à vivre.
Heureusement, certains lieux inventent encore des réponses. Le Théâtre Paris-Villette lance le Fonds Tempo afin de soutenir les écritures d’aujourd’hui et donner aux artistes le temps qui leur manque pour chercher. Dans le même mouvement, la danse trouve une nouvelle perspective avec la nomination d’Yvann Alexandre à la direction du CDCN POLE-SUD à Strasbourg.
Dans ce moment de fragilité, tant politique qu’économique, le théâtre demeure un espace de résistance. Il nous oblige à tenir ensemble, à parler, à inventer. C’est sans doute ce que Novarina nous lègue, une parole qui ne s’éteint pas.