Dans le brouhaha d’une salle comble, une nuée de personnages s’aligne sur un plateau vide et blanc comme une patinoire, ceinturé d’un contour noir sur lequel reposent des centaines de balles métalliques. L’ensemble est surplombé par une splendide installation, mi-soleil lumineux, mi-gong de bronze, sur laquelle se réverbèrent les échos d’une musique électronique, mixée au plateau par Mieko Suzuki.

Décor sobre et impressionnant à la fois, dont le casting de ce remarquable Hamlet, orchestré par le néerlandais Johan Simons, ne fera jamais grand cas. Un à un, les comédiens descendent de scène et gagnent le premier rang, laissant peu à peu seul celui dont la solitude sera le cœur du spectacle, Hamlet. Ici, le prince du Danemark est une version androgyne de lui-même, campé par la formidable Sandra Hüller.
La solitude du prince
Difficile de ne pas connaître l’histoire d’Hamlet, pièce la plus jouée au monde. Dans cette version néerlandaise, intégralement jouée en allemand, le personnage éponyme survit dans la douleur à l’assassinat de son père par son oncle Claudius, qui épouse la reine Gertrude. Au prince, que reste-t-il ? Une quête désolée de la vérité, bientôt guidée par le fantôme de son père, qui le visite pour lui réclamer vengeance.
Un bel écrin

La troupe s’empare avec talent de ce décor minimaliste, parfois avec ironie. Ici, semble-t-il, le vide n’est pas le rien. En jouant sans cesse avec la sobriété de sa mise en scène, Johan Simons offre un bel écrin au texte de Shakespeare, qui résonne étonnamment.
Le spectacle met tout autant en valeur le jeu de ses comédiens, et plus encore celui de Sandra Hüller, impressionnante de justesse et de fureur, en Hamlet littéralement possédée par le fantôme de son père. Si cette mise en scène chemine inlassablement vers le dénouement que l’on connaît, Johan Simons parvient, avec une autodérision et une inventivité bienvenues, à lui donner un souffle que l’on n’attendait pas.
Hamlet d’après William Shakespeare et Heiner Müller
Du 11 au 15 mars 2026
Théâtre Nanterre – Amandiers
Durée : 2h30.
De William Shakespeare avec des extrait du Hamlet-machine de Heiner Müller
Adaptation de Jeroen Versteele
Mise en scène de Johan Simons
Costumes et scénographie de Johannes Schütz
Musique de Mieko Suzuki
Assistant musique et conception sonore – Lukas Tobiassen
Directeur du son – Will-Jan Pielage
Lumières – Bernd Felder
Dramaturgie – Jeroen Versteele
Assistante Dramaturgie – Felicitas Arnold
Traduction – Angela Schanelec et Jürgen Gosch et Jean Jourdheuil pour Hamlet-Machine
Avec Sandra Hüller, Stefan Hunstein, Mercy Dorcas Otieno, Bernd Rademacher, Dominik Dos-Reis, Gina Haller, Konstantin Bühler, Victor Ljdens, Alexandre Wertmann, Jing Xiang, Ann Göbel
Musicien – Lukas Tobiassen