Sur un plateau nu ceinturé par une dizaine de colonnes romaines, deux domestiques glosent à n’en plus pouvoir sur le dos de la patronne. Cette horrible mégère n’est autre que Bernarda Alba, (mal)heureuse propriétaire des lieux et marâtre terrible d’une cohorte de cinq filles, presque toutes condamnées à finir seules. Il faut dire que la mère veille au grain : dans l’Espagne franquiste des années 1930, ces dernières ont interdiction d’approcher les hommes. En fait, elles n’ont pas même le droit de regarder les rares qui traversent la campagne environnante.
C’est sans compter que, interdiction oblige, les demoiselles sont visiblement obsédées par ces derniers. La riche aînée, Angustias, doit bientôt se marier avec le beau Pepe, mais c’est la jeune et belle Adela qui séduit ce dernier. Entre les deux, une autre sœur, la laide Martirio, semble aussi vouloir sa part du gâteau – et de Pepe. Évidemment, l’affaire entre elles trois ne manquera pas de virer au jeu de massacre, sous l’œil catastrophé d’une Bernarda qui n’a rien compris à la situation, trop occupée qu’elle était à s’enivrer de son propre pouvoir. Car, dans La Maison de Bernarda Alba, la sororité ne serait qu’un très vague mythe, largement siphonné par le machisme en vigueur sous la dictature catholique de Franco.
Un jeu caricatural
De ce texte à la misogynie ambigüe – les sœurs répètent sans cesse combien il est dur d’être une femme, mais sont toutes dépeintes comme des hystériques en puissance –, Thibaud Croisy tire une mise en scène elle-même alambiquée. Sans doute pour donner du caractère à ses personnages, le metteur en scène a poussé ses actrices et son acteur à adopter un jeu outré jusqu’à l’absurde, qui donnent bien souvent un aspect caricatural à l’ensemble, et plus encore à la langue pourtant très vivace de Federico García Lorca.
La dizaine de comédiens au plateau évolue tant bien que mal sur une immense scène quasi vide – quitte à parfois donner l’impression de tourner en rond sans profiter de l’impressionnant espace disponible –, avant de finalement se réunir autour d’une longue table pour reproduire La Cène, sans grande originalité. Certaines répliques ont beau être franchement savoureuses, le spectacle est peu crédible lorsqu’il chemine, très premier degré, vers le drame final, prévisible et sans profondeur. Tout cela mis bout à bout, la maison semble bien vide…
La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca
Du 4 au 6 mars 2026
La Filature – Scène nationale de Mulhouse
Durée : 2h.
Tournée
Du 25 au 28 mars 2026 au tnba – Théâtre National de Bordeaux Aquitaine
Du 9 au 17 avril 2026 au T2G – Centre dramatique national de Gennevilliers
Du 12 au 18 octobre 2026 dans le cadre du festival Transforme – Paris au Théâtre de la Cité Internationale
Les 18 et 19 novembre 2026 au Quai – Cenntre dramatique national d’Angers
Les 13 et 14 janvier 2027 dans le cadre du Festival Transforme de Clermont-Ferrand à la Comédie de Clermont
Le 18 janvier 2027 à la Comédie de Béthune – Centre Dramatique national
Le 27 janvier 2027 aux Bords de Scènes – Grand-Orly Seine Bièvre
Les 24 et 25 mars 2027 au Phénix – Scène nationale de Valenciennes
Mise en scène Thibaud Croisy
Avec Elsa Bouchain, Charlotte Clamens, Céline Fuhrer, Michèle Gurtner, Emmanuelle Lafon, Helena de Laurens, Frédéric Leidgens, Lucie Rouxel, Laurence Roy, Hélène Schwaller
Scénographie Sallahdyn Khatir
Lumière Caty Olive
Costumes Angèle Micaux
Son Manuel Coursin
Collaboration artistique Élise Simonet
Régie générale Thomas Cany
Régie son Romain Vuillet
Régie plateau Maureen Cléret