Le spectacle vivant sort de sa torpeur. Entre mobilisation collective, censures assumées et lignes de fracture toujours plus visibles, les mois à venir, avec Avignon en ligne de mire, pourraient s’avérer décisifs pour un secteur en crise et fragilisé tant par idéologie que par les coupes budgétaires qu’il subit.
Comme nous l’annoncions précédemment, le collectif Livrer Bataille a tenu sa première assemblée générale le 9 juin au Théâtre Public de Montreuil. Plus de 300 personnes ont répondu présent et près de 500 signataires ont déjà rejoint sa charte. Un mouvement est en train de prendre forme, porté notamment par les compagnies, souvent les plus fragiles de l’écosystème. Ensemble, elles ont choisi de faire entendre leur voix. Le Syndeac – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles et le Synavi – Syndicat National des Arts Vivants, ont apporté leur soutien. Reste désormais à savoir si cet élan, que l’on espère salvateur, parviendra à prendre de l’ampleur. Avignon pourrait bien constituer un premier test grandeur nature.
À Calais, la situation du Channel demeure toujours préoccupante. Depuis l’annonce, fin mai, d’un arrêt complet de l’activité à compter du 1er juillet, les équipes vivent dans l’incertitude. Un audit externe commandé par la nouvelle direction a préconisé une restructuration d’urgence dont les conclusions sont vivement contestées par les salariés. Le 9 juin, les partenaires institutionnels ont tenté de rassurer sans parvenir, pour l’heure, à dissiper toutes leurs inquiétudes.
À Castres, le nouveau maire Rassemblement national a décidé de ne pas accueillir Passeport, la pièce d’Alexis Michalik consacrée au parcours d’un réfugié érythréen passé par la jungle de Calais. Selon l’auteur et metteur en scène, le spectacle aurait été déprogrammé. La municipalité avance pour sa part qu’aucun engagement n’avait été formellement signé et qu’elle n’a donc pas souhaité confirmer la venue du spectacle prévue en février 2027. Plus préoccupant encore, les élus des instances nationales n’ont nullement cherché à masquer les motivations de cette décision. Ils revendiquent le droit de conduire une politique culturelle conforme à leurs engagements électoraux. Une décision assumée qui ravive les inquiétudes autour des libertés de création et d’expression.
Pendant ce temps, plusieurs directions de lieux demeurent dans l’attente. À Sartrouville, Abdelwaheb Sefsaf continue d’assurer la direction par intérim du CDN sans connaître les intentions de ses tutelles pour les années à venir. À Chaillot, Rachid Ouramdane se trouve dans une situation similaire. Tous deux poursuivent leur travail à la tête de leurs institutions sans avoir reçu, à ce jour, de confirmation officielle concernant la suite de leur mandat.
Dans ce contexte tendu, deux nominations apportent une note plus encourageante. Nathalie Garraud et Olivier Saccomano prendront les rênes du T2G à Gennevilliers avec un projet artistique ambitieux, ancré dans les réalités du monde contemporain et ouvert sur l’espace méditerranéen. À Montpellier, Stéphane Gil, gestionnaire solide, hérite d’une mission délicate à la tête de la Cité européenne du théâtre. Il lui faudra redonner un cap au Printemps des Comédiens, sévèrement épinglé par la Chambre régionale des comptes.
La semaine aura concentré tout ce qui traverse aujourd’hui le spectacle vivant : l’inquiétude, la colère, les rapports de force, mais aussi la volonté d’agir. Le secteur résiste, s’organise et cherche de nouvelles formes de mobilisation. Dans quelques semaines, à Avignon, il saura peut-être si l’étincelle est en train de devenir un mouvement.