Vous avez commencé le théâtre très jeune ?
Martin Loizillon : J’ai débuté enfant, en prenant des cours au Théâtre du Petit Monde, situé dans le 11e arrondissement de Paris. C’est un théâtre qui a été pendant des décennies spécialisé dans les spectacles jeune public, avec des enfants artistes sur scène. À cette époque, Nicolas Rigas y donnait des cours de théâtre et c’est à ses côtés que je me suis formé. J’avais 10 ans quand j’ai joué dans Fiancés en herbe de Georges Feydeau. J’ai pris beaucoup de plaisir dans ce contact avec le public. A 18 ans, je suis entré au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, dans la classe de Philippe Torreton. L’année suivante, je tournais dans mon premier film, Dans tes bras d’Hubert Gillet. J’interprétais le fils de Michèle Laroque. Depuis, j’ai enchaîné cinéma et théâtre.
On peut dire que le Théâtre du Petit Monde est votre maison. Quelle est aujourd’hui votre place dans la compagnie ?

Martin Loizillon : On peut dire que c’est là où je suis né au théâtre. C’est donc tout naturellement que je continue à y travailler. Je mets en scène certains spectacles et je joue dans les autres. J’écris des adaptations. Et parce que j’aime ça, je m’occupe de la production des spectacles. J’y anime également des ateliers théâtre pour les amateurs, enfants et adultes.
Même si le Théâtre du Petit Monde n’est pas une compagnie en résidence à Versailles, vous avez tissé un lien particulier avec le Mois Molière. Comment a débuté votre collaboration avec ce festival ?
Martin Loizillon : Pour les quatre-vingt-dix ans du Théâtre du Petit Monde, en 2009, Nicolas avait monté Le Misanthrope. Je jouais Philinte et Delphine Depardieu, Célimène. Nous l’avons proposé pour l’édition 2010 du Mois Molière. Ce fut un succès et depuis, nous avons présenté chaque année nos spectacles. Des classiques comme Le Barbier de Séville de Beaumarchais et des pièces de Molière (Le malade imaginaire, Les précieuses ridicules, L’école des femmes). Nicolas Rigas étant également un chanteur lyrique de formation, nous proposons aussi des spectacles musicaux. C’est un peu notre marque de fabrique. Nous avons présenté la version de Gounod du Médecin malgré lui, La vie parisienne et Une soirée chez Offenbach que j’avais mis en scène.
Participer au Mois Molière pour votre compagnie qu’est-ce que cela signifie ?
Martin Loizillon : D’abord, c’est un tremplin qui nous permet d’y réaliser nos créations, souvent avant le Festival Off Avignon. Ensuite, jouer à Versailles est très agréable. Pour le Théâtre du Petit Monde, jouer pour toutes les générations de publics est important. Et puis jouer le soir, dans la cour des grandes écuries, est merveilleux. Quand la nuit tombe, c’est magique.
Pour cette édition, vous présentez trois spectacles, qui répondent à vos différentes compétences au sein de la compagnie : la mise en scène (Olympe Audouard), le jeu (L’auberge père tranquille) et l’adaptation (La belle Hélène et les garçons). Celle-ci clôturera le Mois Molière. Comment vous est venue l’idée de cette joyeuse adaptation autour de l’œuvre d’Offenbach ?
Martin Loizillon : J’avais conçu Une soirée chez Offenbach, jouée pendant un an et demi au théâtre de Passy. Je souhaitais ensuite monter une grande pièce d’Offenbach, mais ces œuvres demandent une distribution importante. C’est ainsi que m’est venue l’idée d’adapter La belle Hélène en jouant sur le titre et c’est devenu La belle Hélène et les garçons. J’ai réussi à resserrer le plateau artistique. En version piano, nous sommes huit, et à Versailles, exceptionnellement, nous sommes quinze accompagnés par un petit orchestre.
J’avais aussi envie non pas de moderniser ce génial classique, mais de le rendre accessible à un public de trentenaires comme moi, peu friands d’opérette et nous avons tous regardé Hélène et les garçons à la télévision. L’action se déroule pendant un tournage et le public participe au spectacle en se transformant en figurants ou en choristes. En transposant l’œuvre originale dans l’univers des vieux feuilletons télévisés, avec des suites interminables, où l’on retrouve les mêmes vedettes vieillissantes, me permet de critiquer et de moquer notre époque, caractérisée par le monde de l’image.
Le Mois Molière s’est ouvert avec votre mise en scène de la pièce de François de Mazières, Olympe Audouard, première femme journaliste. Comment a débuté votre collaboration avec le Maire de Versailles et créateur du Mois Molière ?

Martin Loizillon : Cela fait bientôt plus de quinze ans que le Théâtre du Petit Monde travaille avec François de Mazières. On peut dire que l’on se connaît bien. Il nous a parlé de ses pièces, qu’il écrivait sous pseudonyme. Nicolas avait bien aimé sa pièce, Géniteur, et a proposé de la mettre en scène pour l’ouverture du Mois Molière à Avignon, l’année dernière. C’était le début d’une belle collaboration.
Cette année, c’est à vous de mettre en scène Olympe Audouard. Comment le projet est-il né ?
Martin Loizillon : Depuis peu, je donne des cours d’art dramatique à l’Université ouverte de Versailles. À l’automne, j’ai eu avec François de Mazières une conversation assez pragmatique sur la difficulté de produire des spectacles. Un titre du répertoire classique est porteur et nous permet de créer des spectacles avec huit artistes sur scène. En revanche, c’est très difficile de produire des projets d’auteurs contemporains même avec deux personnages… François me parle de sa pièce sur Olympe Audouard. J’ai découvert cette femme dont on ne connaissait rien. François l’avait découverte en lisant une biographie du baron Haussmann. Elle avait rédigé ses mémoires, il y avait donc de la matière.
Une femme étonnante…
Martin Loizillon : C’est une série de tableaux sur sa vie qui nous permet de comprendre une partie du XIXe siècle qui racontent une situation très concrète, celle d’une femme ne pouvant pas divorcer. Quand elle se sépare donc de son mari, c’est simplement une séparation de bien et de corps. C’est aussi l’histoire d’une femme très militante, une aventurière, audacieuse, joyeuse, drôle. Cette pièce racontait tout cela et j’avais envie de le raconter en scène.
Étant la première femme journaliste, votre scénographie est aussi un hommage au métier de typographe qui a disparu. Comment l’idée vous est-elle venue ?
Martin Loizillon : J’imaginais initialement une sorte de bric-à-brac dans un grenier. Après moult discussions avec le scénographe, Alexandre Camerlo, nous étions finalement d’accord pour que la scénographie s’inspire d’une l’imprimerie. Ce décor crée une ambiance et permet les nombreux changements de lieux qui se prêtait parfaitement à la manière dont la pièce est écrite.
Le 27 juin, au Mois Molière, vous présentez L’auberge du père tranquille, la nouvelle création du Petit Théâtre du Monde, dans laquelle vous jouez. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Martin Loizillon : C’est une collaboration avec un auteur belge Philippe Karelle. C’est une pièce à trois personnages, à la fois très sensible, tout en étant une pièce à intrigues. L’histoire se déroule dans une auberge des Ardennes où vit un père avec sa fille dans les années 1960-1970. Un visiteur arrive. On va comprendre que le père a eu une autre vie, qu’il a cachée à sa fille. Dans cette ancienne vie, il est question de révolution en Amérique centrale. La présence du visiteur nous fait découvrir le secret du père. L’histoire du visiteur et celle du père sont censées se croiser et pourtant elles ne concordent pas à plein d’endroits. Le spectateur va chercher à savoir qui ment dans cette pièce. J’interprète le visiteur, Mylène Bourbeau, la fille et dans le rôle du père, Nicolas Rigas, qui signe également la mise en scène.
Le Mois Molière vous permet de présenter en avant-première vos spectacles avant le Festival Off Avignon, vous y serez cette année avec…
Martin Loizillon : Le spectacle Olympe Audouard, qui s’intègre dans la programmation du mois Molière à Avignon, se jouera au Petit Louvre. L’implantation du Mois Molière à Avignon permet de promouvoir les artistes et d’être une sorte de tremplin artistique, comme cela est le cas pour L’auberge du père Tranquille que nous jouerons au Pierre de Lune. Cette petite salle est parfaite pour le spectacle.
Le Mois Molière – Versailles
Jusqu’au 30 juin 2026
Olympe Audouard, première femme journaliste, de François de Mazières
spectacle créé le 31 mai 2026 au Moi Molière – Versailles
Durée 1h40.
Le 26 juin au Mois Molière – Versailles (Auditorium Claude Debussy)
Du 4 au 25 juillet 2026 à 11h40, sf jeudi au Petit Louvre / Mois Molière – Festival Off Avignon.
Mise en scène : Martin Loizillon
Avec : Gwénaël Ravaux et Nicolas Rigas
Scénographie : Alexandre Camerlo
Composition sonore : Olivier Charade
L’auberge du père tranquille, de Philippe Karelle
Mois Molière – Versailles (Université ouverte Versailles)
Création le 27 juin 2026
Durée : 1h10.
Du 4 au 25 juillet 2026 à 19h20, sf mercredi au Pierre de Lune – Luna – Festival Off Avignon.
Mise en scène : Nicolas Rigas
Avec Nicolas Rigas Martin Loizillon Mylène Bourbeau
Création Musicale : Lazare Lubek
La Belle Hélène et les garçons de Martin Loizillon d’après Offenbach
Spectacle vu en juillet 2024 au Mois Molière Avignon – Festival Off Avignon
Le 30 juin 2026 au Mois Molière – Versailles
Durée 2h.
Mise en scène Nicolas Rigas
Avec Nicolas Rigas, Cécilia Arbel, Salvatore Ingoglia, Mylène Bourbeau, Christophe Poncet de Solages, Martin Loizillon, Christophe Auzolles.
Musique Ruta Lenciauskaite en alternance avec Lazare Lubek



