Dans le noir de la salle, on commence par entendre son piano-voix, qui fait tout de suite penser au refrain d’une bluette pour ados. « J’ai rêvé de toi », répète-t-elle, sa bouche acidulée en cœur. Elle, c’est l’amie jolie-sans-faire-d’efforts (la très prometteuse Clémence Coullon), pour laquelle tous les garçons du quartier craquent. Mais, aujourd’hui, les garçons du coin n’ont plus d’importance puisqu’« elle » (qui n’a pas de prénom dans le texte) a rencontré en ligne un jeune homme qui semble avoir toutes les qualités. Il est anglais, il a 21 ans, joue de plusieurs instruments et s’appelle Erik, avec un « K ». Les deux amoureux entretiennent une relation à distance, et, en attendant la première rencontre, la lycéenne se confie sans relâche à M.A, une camarade effacée, qui ne fait craquer et ne craque pour personne, contrairement à sa meilleure amie.
Religion du sentiment amoureux
Inoffensive en apparence, cette histoire de jeunes filles en fleur repose sur un twist final qui, en réalité, n’a pas tellement d’importance. Ce qui compte, c’est plutôt qu’elle brasse tout un tas de questions passionnantes sur le sentiment amoureux, en particulier chez les jeunes femmes. Qu’aime-t-on vraiment, dans l’amour ? Écrite par la dramaturge Claudine Galea, cette brillante bluette nous montre combien le sentiment amoureux tient de la religion, tant il est omniprésent dans les imaginaires — même lorsqu’il ne désigne rien de concret dans la vraie vie —, et annihile tout sur son passage.
Incarnation de ce système, qui sacrifie l’amitié sur l’autel de l’amour et sert de ce fait les intérêts d’un certain système patriarcal, la lycéenne répète sans cesse à son amie qu’elle devrait « trouver quelqu’un ». Comme si le fait de n’être pas en couple signifiait qu’elle n’avait personne, elle lui assène, sourire guilleret aux lèvres, que leur relation amicale compte peu. La grande intelligence de la metteuse en scène, Émilie Lafarge, est de donner à ce texte des allures de comédie romantique sucrée, soulignant de facto la violence de ce qu’il donne à voir.
FAKE, d’après Claudine Galea
Théâtre du Train Bleu – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
Durée : 1h.
Texte Claudine Galea (Éditions Espaces 34)
Mise en scène Emilie Lafarge
Interprétation Clémence Coullon et Agathe Mazouin
Création musicale Hélène Debaecker
Création sonore Simon Péneau
Scénographie et lumières Saskia Louwaard
Accompagnement chorégraphique Juliette Roudet
Régie son et lumière Martin Deldon
Crédit photo Robin Masquilier



