Quel est votre rôle au sein de la compagnie Akoreacro ?
Jean-François Pyka : Depuis plus de 20 ans, j’accompagne des compagnies de cirque, dont Akoreacro que j’ai rencontré en 2008. Mon travail est de mettre en place une stratégie de production après une réflexion commune sur un projet artistique. Ensuite, bien sûr, il faut aller chercher de l’argent, le nerf de la guerre (rire). Mais c’est avant tout un accompagnement bienveillant pour soutenir les artistes et leurs créations. Avec Akoreacro, nous avons le privilège d’avoir traversé mille aventures. Ça aide à bien se connaître et à avancer en bonne intelligence.
Combien de spectacles avez-vous fait ensemble ?

Jean-François Pyka : Ostinato est ma quatrième production. Quand je les ai rencontrés, ils faisaient du spectacle de rue. J’ai alors développé la production et la diffusion pour les amener progressivement en salle. Ensuite, la compagnie a fait le choix du chapiteau en 2013. Se confronter au chapiteau, ce n’était pas forcément évident pour moi, ni pour eux d’ailleurs. Nous nous sommes remontés les manches et avons cru en nos rêves.
Quel est l’enjeu du chapiteau ?
Jean-François Pyka : Une tournée sous chapiteau demande une logistique bien huilée. Artistes, techniciens et producteurs sont sur le pont pour monter le chapiteau collectivement. C’est joyeux ! Pour la compagnie, il y a une envie d’accueillir le public dès qu’il pénètre dans le chapiteau. Nous aimons recevoir le spectateur autour d’une buvette et le plus souvent nous organisons des petits concerts après le spectacle. Nous échangeons beaucoup avec le public. Et puis, Il y a aussi cette notion du circulaire qui est tout à fait particulière et que l’on retrouve nulle part ailleurs.
Mais il faut aussi organiser le vivre ensemble ?
Jean-François Pyka : Nous pratiquons le chapiteau depuis plusieurs années maintenant. Aussi, nous avons une certaine expertise dans le domaine, en essayant d’améliorer chaque fois le confort de l’équipe en tournée. Par exemple, nous attachons une grande importance au bien manger. Aussi, nous avons Franck et Raymone avec nous en tournée, nos deux merveilleux cuisiniers qui nous gâtent chaque jour. Quand il y a deux cuisiniers qui nous font très bien à manger, on peut dire qu’il n’y a plus aucun problème dans le collectif ! (rire)
Et trouver un espace, trouver où implanter le chapiteau, installer les caravanes ?

Jean-François Pyka : Le chapiteau contribue pleinement à la démocratisation de la culture. Certaines personnes viennent plus facilement sous un chapiteau sans oser pourtant passer les portes d’un théâtre. C’est la force du chapiteau. Il est aujourd’hui crucial, à nos yeux, de continuer à expliquer, sensibiliser au spectacle itinérant afin que le chapiteau rayonne pleinement sur nos territoires.
Des scènes nationales, comme celle de Sénart, des pôles cirques comme l’Azimut à Antony, Le Plongeoir au Mans, ou encore L’Agora à Boulazac ont un espace dédié. Mais il y a mille façons d’accueillir un chapiteau. Aujourd’hui, les compagnies de cirque contemporain sous chapiteau s’autonomisent pour faciliter leur accueil.
Une création circassienne se déroule sur une longue période, et même si Ostinato a été créé en juillet 2025, le spectacle bouge encore…
Jean-François Pyka : La création est chronophage, surtout en cirque. C’est-à-dire qu’il y a ce temps long de l’acrobatie. Il faut faire, refaire, re-refaire. Et aussi que le collectif se mette au diapason pour une acrobatie instinctive. Et puis, il y a tout le reste, la scénographie, la musique. D’autant plus qu’Akoreacro prend un malin plaisir à ce que cela soit métronomique entre le mouvement acrobatique et la musique. Akoreacro aime plus que tout embarquer tous les publics en fusionnant acrobatie et musique live.
Chaque création représente six mois au plateau minimum. On y met beaucoup d’énergie, mais le public nous le rend bien. Et en effet, une fois créé, ça bouge encore, on cherche, ça n’est jamais figé !
Le choix d’Alexandre Markoff, qui vient également du théâtre de rue, forme une petite boucle avec l’origine de Akoreacro…

Jean-François Pyka : Alexandre Markoff est dramaturge, metteur en scène, écrivain. Il raconte des histoires souvent avec beaucoup de textes. Dès que nous l’avons rencontré, nous l’avons prévenu que l’on souhaitait raconter une histoire, mais sans texte. C’était un chouette challenge, pour lui comme pour nous. Une très belle rencontre artistique.
Comment vous est venue cette idée de raconter la folle histoire de l’humanité, mais aussi la quête du bonheur que vous présentez par cette petite étoile accrochée tout en haut du chapiteau ?
Jean-François Pyka : C’est Alexandre qui nous a apporté cette idée de pompon et de faire évoluer l’acrobatie avec cet accessoire qui monte inlassablement. Cela signifie que l’on va toujours chercher plus haut. Je trouve l’idée assez géniale, pour nous circassiens, et d’une simplicité folle. On s’est mis à chercher des agrès qui soient évolutifs. Akoreacro travaille avant toute chose la structure acrobatique. Quand celle-ci et la place des agrès sont réglées, alors nous pouvons travailler l’écriture avec Alexandre Markoff.
Ce spectacle a un sacré impact sur le public…
Jean-François Pyka : Une spectatrice de la Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines nous a envoyé ces mots : « À la fin du spectacle, une émotion indescriptible m’a prise et des pleurs de joie ont juste quitté mes yeux. Quel privilège d’être vivante et d’assister à un tel niveau d’humanité et de virtuosité ». Ces mots nous ont fait chaud au cœur et c’est exactement pourquoi on fait tout ça !
Ostinato d’Akoreacro
Spectacle créé en juillet 2025 au Festival Zomer Van Antwerpen, Anvers (be)
Vu le 19 mai 2026 au Théâtre-Sénart, Scène nationale (77)
Festival Villeneuve en scène -Villeneuve-lès-Avignon – Festival Off Avignon
Du 8 au 21 juillet 2026 à 20h30, sf les 12,15 et 19.
Durée 1h15.
Mise en scène : Alexandre Markoff
Avec Manon Rouillard (voltigeuse), Ugo Dario (acrobate, porteur), Romain Vigier (acrobate, porteur), Maxime Solé (acrobate, trapèze Washington), Basile Narcy (acrobate, porteur, Roue Cyr), Maxime La Sala (porteur cadre, acrobate), Antonio Segura Lizan (voltigeur), Tom Bruyas (porteur, acrobate), Sam Lebon (porteur, acrobate), Kayou (voltigeuse, basse/violon), Martin Brass (saxophone/clavier), Louane Chériaux (piano/Hautbois), Ania Berezina (percussions).
Mise en musique : Guilhem Fontès
Assistante à la mise en scène : Rébecca Sitbon-Bacry
Regard acrobatique : Maxime Bourdon
Costumes : Clarisse Baudiniere assistée d’Armelle Chenu
Scénographie : Natacha Markoff
Construction scénographie : Les Ateliers de construction, Maison de la Culture de Bourges.



