La fréquentation, en constante augmentation, confirme, comme le souligne Alain Reynaud le directeur du festival, que « les gens ont besoin de sortir de leur maison, de se retrouver dans la nature, de se nourrir de spectacles et passer ensemble une belle soirée ».
Lorsqu’il a lancé cette manifestation en 2009, dans le cadre exceptionnel d’Alba-la-Romaine, il était loin d’imaginer qu’elle entrerait un jour « dans les mœurs ». Il n’aurait pas davantage imaginé que cette formidable équipe de bénévoles, véritable cheville ouvrière du festival, verrait peu à peu arriver dans ses rangs les petits « Gibus » qui, il y a dix-sept ans, couraient encore dans les jambes de leurs parents.
L’harmonie des genres

C’est avec le spectacle Pile Poil, de la compagnie des Plumés, que s’ouvre ce petit marathon. Diane Dugard et Juan Cocho, accompagnés du musicien Éric Meridano, nous ont emballés avec leur petite forme inventive, conçue dans l’esprit d’un cabaret joyeux aux teintes sépia. Entourés d’une étonnante troupe de poules, canes, canards et chiens facétieux, ils enchaînent les numéros, tour à tour loufoques et poétiques. Un univers décalé et plein de tendresse qui séduit aussi bien les enfants que les adultes.
La vibration des corps et de l’esprit
Le Pôle cirque La Cascade a donné carte blanche à la compagnie Kiaï, pour une création in situ au théâtre Antique. Mis en scène par Cyrille Mussy, Kairos est un spectacle envoûtant où les prouesses acrobatiques se déploient sur un impressionnant dispositif composé d’une douzaine de trampolines et d’une structure acrobatique qui accueille également les musiciens.
Portée par le très beau texte de François Berdeau consacré à l’histoire d’Alba-la-Romaine, à la mémoire, au risque et à la précision, interprété par la comédienne et chanteuse, Nedjma Benchaïd, les quatre acrobates ont virevolté dans un impressionnant ballet de sauts, de rebonds sur les murs et dans les airs. Cet admirable spectacle poursuivra sa route dans une version plus resserrée destinée aux salles de spectacles. Nous aurons l’occasion d’y revenir.
Un délire forain

Avec Parblex !, L’Atelier Lefeuvre et André livre une fantaisie burlesque totalement déjantée. Didier André et Jean-Paul Lefeuvre forment un duo clownesque d’une redoutable efficacité. L’un, grand échalas vêtu comme un lutteur forain ; l’autre, avec sa chemise et son pantalon retenu par des bretelles, évoque les grands-pères d’autrefois. Recycleurs de bout de bois, de perches, de boules de pétanque, de clous, ils redonnent vie à cet improbable bric-à-brac à travers un tourbillon de numéros plus fous les uns que les autres. C’est irrésistible.
Une poésie bourgeonnante
Avec Nous, la forêt – ou comment se planter de la compagnie Kif Kif signe une fable à la fois poétique, drôle et écologique, où les lois de la gravitation sont tordues dans tous les sens. Tels des frères jumeaux unis comme les doigts de la main, se taquinant, se disputant, Baptiste et Lucas Bouissou nous entraînent dans un univers débordant de fantaisie, de prouesses acrobatiques et de jonglage. Tout gravite autour d’un arbre planté au milieu de la scène. Il est question de pommes, celles de l’amour comme celles de la discorde. Pour ce premier spectacle, la compagnie déploie un univers d’une grande beauté, empreint de poésie et d’une inventivité réjouissante.
Une boîte à musique

Claricellino de la compagnie Les Nouveaux Nez & Cie, mis en scène par « le patron » Alain Reynaud était l’un des rendez-vous les plus attendus des festivaliers de 3 à 99 ans. Ce spectacle clownesque et musical se présente comme un joli livre de contes en images, où trois lutins bleus tentent d’apprivoiser leurs instruments. Ces farfadets (Louise Marcillat, Isabelle Quintette, Fabrice Bihan) ne manquent pas d’imagination pour faire tourner leur petite boîte à musique où les rouages s’emballent, les farces pleuvent et la poésie se déploie.
Une folie burlesque clownesque
Attention, Quatuor, le spectacle des compagnies 126 kg et Toi d’abord met à mal les zygomatiques. Difficile, voire impossible, de raconter un spectacle aussi inénarrable tant il repose sur l’effet de surprise et l’enchaînement de situations absurdes. Une chose est sûre : ces dérèglements clownesques sont une succession de petits bonheurs textuels et visuels. Maquillages, costumes et personnages aux caractères bien trempés achèvent de donner à ce spectacle une identité aussi originale qu’attachante. On adore !
À l’affiche également Faune de la Cie Libertivor et Maiador de la Cie Delà Prakà, vus au Mans fait son cirque et Mascarade de la Cie Marcel et ses drôles de femmes à Circa.
Les fortes chaleurs ont mis les spectateurs et les artistes à rude épreuve. L’équipe de La Cascade réfléchit s’il serait peut-être temps de passer, comme le souligne Alain Reynaud, « à l’espagnole, en commençant plus tard dans la journée et poussant plus loin dans la nuit, sous les étoiles. » Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine.



