L’attente avant le début de NON + ULTRAS ressemble au moment qui précède le coup d’envoi d’un match. Même fébrilité, même promesse d’un élan commun. Sur le plateau, des centaines d’écharpes de supporters venues du monde entier. Étalées au sol comme un immense patchwork, successivement drapeaux, bannières, masques ou pagnes, elles constitueront une géographie mouvante des identités collectives.
Un paysage de tissus, de couleurs et de slogans

Sur ce tapis, huit danseurs s’avancent, reculent, s’agrègent puis se dispersent avec une précision presque militaire. Ils déplacent les écharpes, les plient, les déplient, les portent à bout de bras. Ils dessinent un paysage de tissus, de couleurs et de slogans qui évoquent les tribunes des stades, mais aussi les rassemblements populaires. À mesure que le plateau se couvre de couleurs et de slogans, une question affleure : qu’est-ce qui pousse à afficher si volontiers les signes de son camp ?
Alors que la Coupe du monde entre dans sa phase décisive, il y a comme une étonnante concomitance à découvrir cette pièce, présentée pour la première fois en France. Sous l’effervescence des tribunes de football, le chorégraphe allemand Moritz Ostruschnjak explore les mécanismes de l’adhésion au groupe et les glissements qui mènent de la liesse au conformisme, voire au fanatisme.
Mais on comprend vite que le football n’est qu’un artifice. Certes, l’accessoire de ralliement des supporters habille le plateau, des chants résonnent et les interprètes s’approprient la gestuelle issue des tribunes. Mais Moritz Ostruschnjak va plus loin. Ce graffeur et danseur de breakdance observe notre époque autant comme chorégraphe que comme anthropologue. Que disent nos corps de la manière dont nous vivons ensemble ? Les réseaux sociaux, les images virales, les logiques communautaires ou les emballements identitaires fournissent la matière première de cette création.
L’ivresse du collectif

La vidéo, omniprésente, participe de la démonstration. Les images surgissent comme des publications sur un fil d’actualité : rapides, fragmentées, immédiatement remplacées par d’autres. Notre regard est constamment sollicité, happé, déplacé. La partition physique impressionne par son engagement. L’écriture frappe tant elle rend visible cette contagion des gestes. Les huit interprètes, tous bluffants, passent sans transition d’une rigueur géométrique à une agitation débordante. Cette oscillation permanente entre maîtrise et emballement donne au spectacle une tension constante. On ressent physiquement l’ivresse du collectif, mais aussi sa capacité à engloutir les individus.
Même si la profusion est constitutive du projet, certaines séquences s’étirent et le flot d’images finit par moments par produire une sensation de saturation. La manipulation des écharpes, géniale trouvaille scénographique, prompte à faire surgir les images, leste un peu le rythme. Reste la vision finale de ces individus qui avancent ensemble sans que l’on sache vraiment lequel s’impose comme chef de file. Et cette crainte sous-jacente que les mêmes gestes qui unissent peuvent aussi exclure.
Envoyée spéciale à Marseille
NON + ULTRAS de Moritz Ostruschnjak
Friche la belle de Mai dans le cadre du Festival de Marseille
30 juin et 1er juillet 2026
Durée 1h15
Tournée
5 août au Pawilon Tańca, Varsovie
8 août au Kraków Dance Festival, Cracovie
12 décembre au December Dance Festival, Bruges
25 mars 2027 au Deutsches Nationaltheater Weimar
Chorégraphie : Moritz Ostruschnjak
Collaboration chorégraphique : Daniela Bendini
Avec Guido Badalamenti, David Cahier, Daniel Conant, Edoardo Cino, Nora Monsecour, Roberto Provenzano, Miyuki Shimizu, Magdalena Agata Wójcik
Vidéo : Moritz Stumm
Lumières : Tanja Rühl
Mixage et montage musical : Jonas Friedlich
Scénographie : Moritz Stumm, Moritz Ostruschnjak
Costumes : Daniela Bendini, Moritz Ostruschnjak
Dramaturgie : Armin Kerber



