Falesia est un tout jeune festival « implanté en milieu rural », né du désir de Cyril Le Grix de « faire dialoguer le patrimoine architectural et le patrimoine vivant » que sont les arts du spectacle. L’inspiration lui est venue à la sortie du Covid, lorsqu’il redécouvre ce site exceptionnel qu’est l’Abbaye cistercienne de Villers-Canivet, après les travaux de restauration qui ont mis en valeur les vestiges des bâtiments monacaux. Ce lieu chargé d’histoire, arboré d’un parc magnifique et d’une grange dîmière abritant une salle de spectacle, possédait tous les atouts pour créer un festival sur le territoire. Un challenge que les propriétaires des lieux, Pascal et Suzanne Rocher, ont immédiatement accepté.
Parole d’Agricultrices

C’est sous une belle lumière de fin d’après-midi que nous pénétrons sur ces terres magnifiques, entourées de son enceinte de « muraille claustrale ». Le temps est idéal pour découvrir la magie de l’endroit à travers l’exposition photographique Paroles d’Agricultrices, organisée en collaboration avec la Médiathèque de Falaise. Les clichés de Christian Malon sont accrochés en extérieur sur les vestiges des murs de l’Abbaye et en intérieur dans une grange aménagée. Prises dans le feu de l’action de leur labeur, de la manière la plus sincère, ces photos rendent hommage aux femmes travaillant la terre, nourrissant leurs bêtes, faisant fi des aléas du temps et des saisons.
Le chant des étoiles
Même si la fraîcheur du soir s’installe, cela reste très agréable de se poser à la petite guinguette pour déguster le fameux croque-monsieur maison, tout en regardant le soleil se coucher sur le parc et l’étang d’à côté. Des vaches passent dans le pré voisin nous observant de leur regard dubitatif. Le public arrive à son rythme pour le spectacle. Beaucoup étaient présents la veille pour l’ouverture. Ils relatent l’enchantement de la prestation de la chanteuse Inès de las Sierra, qui présentait un concert lyrique autour des grands rôles féminins du répertoire classique. Ce spectacle a été créé spécialement pour le festival. Un des enjeux de cette troisième édition est de présenter trois créations, ce qui est assez rare. Loin de freiner l’appétence du public qui est venu en nombre pour assister à la nouvelle création de la Compagnie 1080.
La dernière œuvre de Jean-Claude Carrière

Depuis leur collaboration sur Timon d’Athènes de Shakespeare en 2017, Cyril Le Grix avait tissé des liens profonds avec Jean-Claude Carrière, qui en signait l’adaptation. Ensemble, ils travaillaient autour de Mary Shelley et de sa créature. La mort du dramaturge et romancier en 2021 aurait pu mettre fin à l’aventure.
Cinq ans plus tard, ce dernier texte de l’auteur voit pourtant enfin le jour. Le projet Frankenstein est un dialogue entre le passé, représenté par Mary Shelley, et le futur, en la présence de scientifiques travaillant sur le secret des origines, pour questionner la vie et la mort. Jouant de la mise en abîme littéraire, ce texte de Jean-Claude Carrière est un petit bijou dans lequel la réflexion sur la création, quelle qu’elle soit, brille de tous ses éclats. La très belle mise en scène de Cyril Le Grix, l’interprétation très fine et sans faille d’Élise de Gaudemarie, Valentin Fruitier et Thibaut Corrion (Le journal de l’année de la peste) ont emballé le public. Une seule question, totalement justifiée, courait sur les lèvres : où cela va-t-il se jouer après ? On espère bientôt donner la réponse !
Pulse la jeunesse

Le dimanche devait être gris, mais annoncé sans pluie. C’est donc sereinement que l’on retrouve le chemin de l’Abbaye. On aurait dû se méfier, en remarquant les locaux arriver avec leurs parapluies et imperméables. Une bruine peu méchante mais tenace n’a pas tardé à s’abattre sur le domaine, gâchant un peu la visite guidée des lieux par son charmant et passionnant propriétaire, ou mettant en danger la représentation en plein air des élèves de 1ère en option Arts-Danse du lycée Guillaume le Conquérant de Falaise. En bon Normands, ils ont néanmoins fait fi de la pluie et ont présenté, sur la pelouse du domaine, le spectacle Pulse du chorégraphe Sébastien Laurent, sur une musique de Lucien Morineau. Dans leurs costumes aux couleurs chatoyantes, sur lesquels certains avaient accroché feuilles et branchages, formant un groupe parfait, créant de belles images, ces petits rats des champs ont fait vibrer l’assemblée.
Frida Kahlo plus vivante que jamais

Là encore, le public est arrivé en nombre pour assister à Cabaret inferno, concocté par la compagnie Mad King, autour de l’artiste Frida Kahlo. Sarah Fuentes (Fucking happy end) n’a pas son pareil pour tordre le cou aux idées reçues, balayer d’un coup de bon mot et d’images fortes le conformisme. Son spectacle, aux allures d’une danse macabre, rend à l’artiste peintre mexicaine minimisée de son vivant, à la femme blessée dans sa chair comme dans sa vie, sa véritable place. Parce que la peinture est toute fraîche, le spectacle paraît encore un peu brouillon. Mais, il n’empêche que Sarah Fuentes et Ludovic Chasseuil tiennent à nouveau un ovni théâtral qui va secouer.


