Perché sur le Mont Saint-Clair, le Musée Paul Valéry s’est vêtu des Couleurs de Jean Vilar, l’enfant du pays, qui rayonna sur le monde du théâtre, de 1943 à 1971. Devant l’entrée, les oriflammes claquent aux vents, rappelant aux plus anciens les grandes heures du Festival d’Avignon. De sa terrasse, surplombant le cimetière marin, « ce toit tranquille, où marchent des colombes » et où se reposent Jean Vilar et Paul Valéry, on aperçoit à l’infini la Méditerranée se mêlant au bleu du ciel. Quand on pousse les portes du Musée, Jean Vilar est là, en haut de l’escalier, nous invitant à pénétrer dans son univers esthétique.
« Il faut que le peintre vienne au théâtre. Nous y gagnerons : nous les auteurs, les comédiens et les metteurs en scène »

Réalisé avec la Maison Jean Vilar, ce parcours passionnant montre l’étroite collaboration entre le metteur en scène et les artistes peintres dont il s’entourait. Imprégné des révolutions scéniques des précurseurs (Antoine, Jacques Copeau, Adolphe Appia, Edward Gordon Craig), Jean Vilar a contribué à l’évolution de la conception scénographique d’une œuvre théâtrale. Dans la lignée du tréteau nu, il va matérialiser la trilogie d’Appia : acteur, espace, lumière.
En faisant appelle à des artistes peintres, issus majoritairement de la Nouvelle École de Paris, il poursuit sa réflexion esthétique. Celle-ci se base sur une interaction entre le théâtre et la peinture. « Nous avons trois décors et même quatre : celui que crée le poète, l’auteur, le décor composé par l’éclairage, le décor musical, et enfin celui du peintre les costumes. Ainsi nous resterons dans la vraie tradition théâtrale. »
Un théâtre ouvert

Avignon lui a ouvert les perspectives d’un nouveau théâtre dans lequel il a pu mettre en place ses idées, autant sur la mise en scène que sur l’organisation et la gestion. Sur la vaste scène de la Cour d’honneur, il a recours aux seuls éléments indispensables pour situer l’action. Les éclairages jouent le premier rôle. Le code des costumes devient très important. Il faut que l’on reconnaisse tout de suite le personnage qui entre, d’où le costume blanc avec les brassards noirs du Prince de Hombourg. Jean Vilar détruit la barrière entre le public et l’acteur en supprimant la rampe, et enlève le rideau de scène. Il est vrai qu’un rideau sur un plateau d’Avignon à ciel ouvert, ce n’est pas possible.
L’union parfaite
L’exposition s’organise en sept sections orchestrées autour de Léon Gischia (son plus fidèle collaborateur), Marcel Jacno (dont les affiches ont marqué les mémoires), Édouard Pignon, Jacque Lagrange, Mario Prassinos, Gustave Singier et Alfred Manessier. Une quarantaine de tableaux et quelques tapisseries sont présentés, illustrant ainsi les créations personnelles de ces peintres. En parallèle, on retrouve leurs travaux sur les mises en scène à travers leurs maquettes et costumes. On ne peut qu’admirer, entre émotion et dévotion, le beau travail de ces « Bâtisseurs de rêve » qui marquèrent de leurs empreintes l’histoire du théâtre.

