Paola Cantalupo © Aurélie Macarri

Paola Cantalupo : « Former des danseurs, c’est les préparer au monde de demain »

Le 31 mai 2026, Mougins accueillera la première édition du 1 km de danse, organisée par Scène 55 et le Pôle National Supérieur de Danse Rosella Hightower (PNSD), sous l'égide du Centre National de la Danse de Pantin. Une journée gratuite entre ateliers, performances et découvertes chorégraphiques. Rencontre avec la directrice artistique et pédagogique du PNSD.
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Le PNSD occupe une place à part dans le paysage chorégraphique français. Comment définiriez-vous cette école aujourd’hui ?

Paola Cantalupo : Le Pôle est né il y a soixante-quatre ans à Cannes de la volonté de Rosella Hightower, danseuse étoile et grande pédagogue, de créer dans le sud de la France une école ouverte sur le monde. Dès les années 1960, elle parle déjà de « centre international », une vision très novatrice à une époque où les institutions restaient plus fermées et cloisonnées. Venue du classique, elle défend pourtant très tôt une approche ouverte de la transmission, intégrant la danse moderne – qui deviendra plus tard la danse contemporaine – mais aussi le théâtre, la danse de caractère et d’autres disciplines. Une interdisciplinarité alors presque pionnière.

Aujourd’hui, cette ouverture reste au cœur de notre identité. Nous faisons partie des six pôles supérieurs de danse reconnus au niveau national, aux côtés notamment de l’Opéra de Paris ou des CNSMD de Paris et Lyon. Nous sommes aussi l’unique établissement d’enseignement supérieur en danse de la Région Sud. Notre formation repose toujours sur cette double culture classique et contemporaine, parce que le monde chorégraphique actuel demande aux interprètes d’être capables de naviguer entre les écritures, les répertoires, les créations.

L’école accueille des élèves très jeunes…
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Paola Cantalupo : Certains arrivent dès 11 ans. Ils viennent du monde entier et, très tôt, sont confrontés à cette double exigence artistique. Il ne s’agit pas seulement de former techniquement de bons danseurs, mais de préparer des artistes capables de s’adapter à un paysage chorégraphique qui évolue sans cesse. Aujourd’hui, les compagnies recherchent des interprètes polyvalents, ouverts, capables d’entrer aussi bien dans un grand ballet classique que dans un processus de création contemporaine.

Ce qui est particulier dans ce métier, c’est aussi la précocité de l’entrée dans la vie professionnelle. À 19 ou 20 ans, beaucoup sont déjà engagés dans des compagnies. C’est extrêmement jeune. Nous avons donc un rôle d’accompagnement très important. Nous essayons de les préparer à ce grand saut, artistiquement bien sûr, mais aussi humainement.

Le PNSD délivre aujourd’hui le DNSP de danseur. Qu’est-ce que cela change ?

Paola Cantalupo : C’est une reconnaissance fondamentale. Le Diplôme National Supérieur Professionnel de danseur existe depuis relativement peu de temps, une quinzaine d’années à peine. Le fait que le métier de danseur soit pleinement reconnu comme une profession avec un diplôme supérieur est essentiel.

Nos étudiants suivent les trois dernières années de leur formation dans ce cadre-là. Le DNSP est adossé à des partenariats universitaires avec l’Université de Toulon et Université Côte d’Azur, ce qui permet aux élèves de mener en parallèle un cursus universitaire jusqu’au niveau licence. Cette articulation entre excellence artistique et enseignement supérieur est devenue indispensable aujourd’hui.

Vous dirigez l’école depuis dix-huit ans. Qu’avez-vous souhaité y insuffler ?

Paola Cantalupo : J’ai été danseuse étoile aux Ballets de Monte-Carlo pendant vingt ans, donc lorsque j’ai pris la direction de cette école, j’ai ressenti à la fois beaucoup d’honneur et une grande responsabilité. Se retrouver à la place de Rosella Hightower, dans une institution qui porte une telle histoire, est quelque chose de très fort.

Mon objectif a toujours été de respecter l’esprit de l’école tout en l’inscrivant dans les réalités d’aujourd’hui. Le monde chorégraphique change extrêmement vite. Ce que nous avons connu il y a vingt ou trente ans ne correspond plus totalement à ce que vivent les jeunes danseurs aujourd’hui. Il faut conserver cet héritage, cette culture, mais aussi continuer à évoluer, à s’adapter.

Nous avons d’ailleurs un très bon taux d’insertion professionnelle : environ 75 % de nos étudiants trouvent rapidement un engagement. Pour une école supérieure, c’est très important.

Le Cannes Jeune Ballet joue justement un rôle clé dans cette transition vers le monde professionnel.

Paola Cantalupo : Là encore, c’est une intuition de Rosella Hightower. Dès les années 1980, elle a compris qu’il existait un moment très fragile entre la sortie de l’école et l’entrée dans la vie professionnelle. Elle a donc imaginé cette jeune compagnie intégrée à la formation. À l’époque, c’était presque le premier junior ballet en Europe.

Aujourd’hui, beaucoup de structures ont développé ce type de dispositif, mais le Cannes Jeune Ballet reste profondément lié à cette idée d’accompagnement. C’est la dernière année du DNSP. Les étudiants fonctionnent comme dans une compagnie : cours le matin, répétitions et créations l’après-midi avec un maître de ballet dédié.

Ils travaillent avec des chorégraphes invités, se confrontent à des créations, partent en tournée, rencontrent le public. C’est une immersion très concrète dans les réalités du métier.

Le répertoire évolue beaucoup d’une année à l’autre ?
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Paola Cantalupo : Oui, parce que la compagnie elle-même change chaque année. Ce n’est pas un ensemble permanent. Une saison peut compter vingt danseurs, la suivante seulement neuf. Cela influe forcément sur les pièces choisies et les créations commandées.

Nous tenons à conserver un répertoire très ouvert. Il peut aller du grand classique jusqu’aux écritures les plus contemporaines. L’année prochaine, par exemple, nous présenterons Napoli d’Auguste Bournonville, tandis que cette saison nous avons aussi travaillé le pas de deux de Don Quichotte de Marius Petipa, mais nous invitons également des artistes issus de la création contemporaine.

Jean-Christophe Maillot, qui fut lui-même élève de Rosella Hightower, nous transmet régulièrement des pièces. Nous sommes très liés aux Ballets de Monte-Carlo. Carolyn Carlson est venue créer pour nous et nous a aussi transmis une pièce de son répertoire. Plus récemment, Ruben Julliard ou Lorena Nogal ont signé une création pour le Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower. Ce dialogue permanent avec des artistes très différents est extrêmement enrichissant.

Le Cannes Jeune Ballet est aussi très présent dans les festivals et sur les scènes du territoire.

Paola Cantalupo : Nous participons régulièrement au Festival de danse Cannes Côte d’Azur, qui se déploie désormais dans plusieurs théâtres du territoire. Nous avons présenté des performances à La Malmaison, des soirées au théâtre de la Licorne à Cannes ainsi qu’à la Scène 55, dont nous sommes séparés d’à peine quelques marches… Ce maillage territorial est essentiel.

Justement, comment s’est construite cette relation avec Scène 55 à Mougins ?

Paola Cantalupo : C’est une relation très précieuse pour nous. Nous formons un binôme assez unique : une scène d’intérêt national associée à un pôle supérieur de danse. Très peu de structures fonctionnent ainsi.

Le théâtre est littéralement à quelques mètres de nos studios. Cela crée une proximité quotidienne très forte. Pour une école comme la nôtre, qui n’est pas adossée à une compagnie permanente, avoir un lieu de diffusion aussi proche est une chance immense.

Les élèves assistent aux spectacles de la saison, découvrent différentes écritures chorégraphiques, voient évoluer les artistes d’aujourd’hui. Et inversement, nous pouvons présenter nos créations, nos examens, nos jeunes interprètes dans un véritable théâtre. Le public aime beaucoup cette présence des jeunes danseurs. Il y a chez eux une énergie, une fragilité aussi, qui touche énormément.

Pourquoi avez-vous eu envie de participer au 1 km de danse ?
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Paola Cantalupo : Avec Pierre Caussin, directeur de Scène 55, nous avons tout de suite trouvé l’idée très belle. Cela correspond parfaitement à ce que nous défendons ici : ouvrir la danse au plus grand nombre, créer du lien sur le territoire, faire dialoguer les pratiques.

Le Centre National de la Danse, qui est à l’initiative de cette manifestation, a ensuite accompagné le projet, mais l’envie est vraiment née localement, à partir de cette dynamique commune entre Scène 55 et le PNSD.

Que proposerez-vous le 31 mai ?

Paola Cantalupo : La journée, que nous avons concoctée en partenariat avec la Scène 55, commencera par des ateliers ouverts au public. Nous proposerons notamment un atelier de danse contemporaine animé par l’un de nos professeurs pour des participants ayant déjà une petite pratique.

Nous organiserons aussi un atelier destiné aux seniors, en lien avec notre Diplôme Universitaire « Danse, santé et vieillissement » développé avec Université Côte d’Azur. L’idée n’est évidemment pas la performance technique, mais l’expérience du mouvement, la créativité, le plaisir du corps en mouvement.

L’après-midi sera consacré aux démonstrations et performances. Trois scènes seront installées entre Scène 55 et le campus du PNSD. Différentes compagnies, écoles et associations de la région présenteront des formes très variées : hip-hop, danses urbaines, danses traditionnelles, contemporain, classique…

Le Cannes Jeune Ballet proposera trois interventions, aux côtés d’artistes invités comme Francesco Curci ou Corinne Oberdorff. Ce qui est beau dans ce projet, c’est justement cette diversité des écritures et des publics. Une même journée peut faire coexister des univers très différents autour d’un langage commun qu’est celui de la danse.


1 KM DE DANSE
Scène55, en partenariat avec le PNSD Rosella Hightower Cannes-Mougins et le Centre National de la Danse (CND)
le 31 mai 2026

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