© Sasha Marro

Massimo Fusco : « Le bal est encore l’un des rares endroits où la rencontre par le toucher est permise »

Créé à Rennes dans le cadre du Festival Waterproof, avant d’être présenté aux Hivernales à Avignon, puis à Pulse à l’Atelier de Paris, Bal magnétique voit l’artiste franco-italien réinventer le bal populaire en expérience chorégraphique immersive et inclusive. Nourri de souvenirs d’enfance et de danses sociales, le projet affirme une attention aiguë aux corps et défend un art de la rencontre, du soin et du partage.
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Comment la danse est-elle entrée dans votre vie ?

Massimo Fusco : Très tôt dans ma vie. Mes parents enseignent bénévolement la danse de salon depuis plus de trente ans et j’ai grandi au milieu des bals et des soirées dansantes, dans cette sociabilité très concrète du mouvement. La découverte de la danse professionnelle est venue plus tard, en tant que spectateur, et a provoqué un déclic immédiat, l’envie d’être de cet endroit-là et de rejoindre les danseurs et les danseuses.

J’ai commencé par prendre des cours avant d’intégrer le Conservatoire de Paris. Au début de mon parcours, j’ai travaillé avec Jean-Claude Gallotta et je continue aujourd’hui à danser en parallèle de mes projets de création, notamment avec Gisèle Vienne et Christian Rizzo.

Votre histoire personnelle est très liée au bal.
© Smarin – Royaumont

Massimo Fusco : Oui. Je suis franco-italien et, même si je suis né en France, je passais tous mes étés en Italie. Dans les fêtes de village, il y avait beaucoup de danses traditionnelles, dans une ambiance populaire et festive. J’y ai été confronté de zéro à vingt ans, chaque été. Ces expériences-là ont clairement nourri Bal magnétique.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer à l’écriture chorégraphique ?

Massimo Fusco : Le désir de proposer des œuvres immersives. J’avais envie de modifier le rapport du spectateur au regard, mais aussi à l’écoute. Je suis convaincu que plonger dans une expérience sensible ouvre d’autres perceptions.

Mon parcours de danseur et de masseur m’a aussi donné envie de croiser les disciplines, notamment autour du lien entre ces deux pratiques, pour repousser les frontières du mouvement. J’avais envie de formes qui sollicitent plusieurs sens à la fois, où le corps est pleinement engagé.

Qu’est-ce qui déclenche chez vous le désir de créer ?

Massimo Fusco : La rencontre, avant tout. Avec les collaborateurs et collaboratrices artistiques, avec qui se crée une dynamique commune. Et puis il y a aussi des choses très personnelles : des souvenirs, des expériences traversées. Bal magnétique prend racine dans mon enfance, dans ces soirées dansantes quotidiennes. C’est à la fois un hommage et un regard contemporain porté sur ces danses.

Comment se construit votre écriture au plateau ?

Massimo Fusco : J’arrive avec beaucoup d’envies, mais l’écriture se construit dans et par les corps, ceux de chacun. Le nom de la compagnie, Corps Magnétiques, vient de là, de cette centralité du corps et de l’idée d’un magnétisme, d’une attraction sensible entre les personnes. La danse possède un pouvoir d’incarnation rare, elle rend les corps intensément présents.

Le son occupe une place très forte dans vos créations.
© Thomas Bohl

Massimo Fusco : Le son intervient très tôt dans mon travail, au même titre que les arts visuels. J’aime penser les créations comme des espaces où les disciplines se croisent afin de déplacer notre manière de percevoir le mouvement. Cette attention s’est incarnée de façon très particulière dans Corps sonores. Avec Vanessa Court et King Q4, alias Bertrand Groussard, il s’agissait d’explorer la vibration sonore comme matière de contact, chaque rythme devenant le point de départ d’une gestuelle de massage et de danse somatique, pensée comme une expérience immersive et sensorielle.

Pour Bal magnétique, le rapport au son se déplace. La collaboration avec Gérald Kurdian s’est construite dès les premières étapes autour de l’idée d’un « tour de danse », un crescendo chorégraphique et musical qui installe progressivement l’espace du bal. Une première partie repose sur une création originale, élaborée dans un va-et-vient constant entre propositions musicales et matériaux chorégraphiques. La seconde partie ouvre le bal au public et bascule vers une forme participative, construite à partir de musiques préexistantes, à la manière d’un DJ set, en prise directe avec l’énergie de la soirée, les circulations et la présence des corps.

Quelles danses traversent Bal magnétique ?

Massimo Fusco : On part du slow, puis on traverse des danses de salon plus virtuoses, proches du rock’n’roll, du paso doble ou de la salsa. Le mouvement glisse ensuite vers des danses plus terriennes, comme le Kochari arménien ou la Ballarella, danse traditionnelle du sud de l’Italie que j’ai toujours connue dans les fêtes de village de mon enfance.
L’idée reste de fabriquer un pot commun, de tisser des figures issues des danses de couple pour en extraire des intentions et construire un folklore contemporain. J’ai aussi souhaité inviter une autre danse sociale, le waacking, avec le danseur Sung-Chun Tsai qui entre en résonance avec les danses traditionnelles et ouvre un dialogue entre la guinguette et le club, entre les guirlandes lumineuses et la lumière noire.

Combien êtes-vous au plateau à Rennes ?
© Smarin – Royaumont

Massimo Fusco : À Rennes, à Paris et à Avignon, nous serons six au plateau. Aux côtés de Sung-Chun Tsai et de moi-même, Inés Hernández et Lola Serrano, issues des danses latines, Garance Bréhaudat, nourrie de danses traditionnelles, et Sophie Jacotot, assistante à la chorégraphie et fine connaisseuse de l’histoire des bals. Le spectacle étant participatif, les spectateurs qui le souhaitent pourront nous rejoindre pour composer ce corps collectif en mouvement.

La pièce se décline en plusieurs formats, S, M et L, afin de s’adapter aux différents lieux. Le format S, conçu pour des espaces non dédiés comme les écoles, les centres médico-sociaux ou les EHPAD, permet au bal d’aller à la rencontre de publics qui n’y ont pas toujours accès.

La notion de soin traverse fortement votre travail.

Massimo Fusco : Ici, le soin se pense comme une forme d’hospitalité. Tout au long de la création, des résidences croisées ont été menées avec des structures culturelles et médico-sociales, ouvrant le travail à des publics très divers. Bal magnétique a été conçu pour être pleinement accessible, avec des boucles magnétiques, une traduction en langue des signes française assurée par Lola Serrano, des chaises à danser pensées pour les personnes à mobilité réduite, ainsi que des capsules sonores poétiques destinées aux personnes non-voyantes. Le bal est aussi l’un des rares espaces où le toucher est autorisé, sans gêne. Cette attention aux autres, cette ouverture, fait pleinement partie du projet.


Bal Magnétique de Massimo Fusco
Festival Waterproof / Tombées de la nuit + Triangle, Cité de la danse / Rennes
7 et 8 février 2026
Durée 1h15.

Tournée
21 février 2026 au Festival les Hivernales – CDCN d’Avignon
1er mars 2026 au Théâtre du Sémaphore / Port-de-Bouc.
13 et 14 mars 2026 au Festival Pulse / Atelier de Paris – CDCN
21 mars 2026 au Théâtre de Corbeil-Essonnes.
27 et 28 mars 2026 au Festival Séquence DanseThéâtre Louis Aragon / Tremblay en France
08 avril 2026 au Festival SPLATCH ! – La Passerelle – Scène nationale de St Brieuc.
5 et 6 mai 2026 à la Scène 55 / Mougins
19 mai 2026 au Festival Danser partout / Chorège CDCN de Falaise.
29 mai 2026 à L’Orange Bleue / Eaubonne
31 mai 2026 au Théâtre de Fontenay-aux-Roses.
4 juin 2026 à l’Opéra de Limoges
14 et 15 juin 2026 à l’Abbaye de Royaumont / Asnières sur Oise.
26 et 27 septembre 2026 au Festival CAP danse / Concarneau
3 octobre 2026 à l’Espace Germinal / Fosses.
17 octobre 2026 à la Biennale d’Aix-en-Provence

Création et chorégraphie : Massimo Fusco
Assistante à la chorégraphie : Sophie Jacotot
Interprétation : Garance Bréhaudat, Inés Hernández, Lola Serrano, Sung-Chun Tsai et Sophie Jacotot en alternance avec Massimo Fusco
Musique : Gérald Kurdian / HOT BODIES
Scénographie : Smarin
Costume : Tucked
Régie Générale : Christophe Poux et Jean Beckerich

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