Dans les théâtres, les centres dramatiques, les scènes nationales et les festivals, l’inquiétude monte de semaine en semaine. Alors que les arbitrages budgétaires sont encore en cours dans de nombreuses collectivités, les annonces de baisse des subventions se multiplient déjà, fragilisant créations, tournées et projets artistiques.
À quelques semaines du Festival d’Avignon, les acteurs du spectacle vivant maintiennent la pression. Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture, le Syndicat national des metteurs en scène alerte sur la baisse du FONPEPS et la diminution des aides à l’emploi artistique. Pour de nombreuses compagnies, les effets se font déjà sentir : budgets réduits, répétitions raccourcies, équipes allégées, spectacles fragilisés avant même leur création.
Aux tensions financières s’ajoutent désormais des crises de gouvernance qui fragilisent durablement certaines institutions. De l’autre côté du Léman, nouveau rebondissement à la Comédie de Genève. Alors qu’un premier rapport appelait à la réintégration de Séverine Chavrier dans ses fonctions de directrice, un second audit sur le climat de travail a vu sa publication bloquée par la justice à la demande de son avocat. Quelques heures plus tard, après un changement à la tête de la Fondation d’art dramatique, la metteuse en scène franco-suisse était finalement licenciée. Depuis plusieurs mois, l’institution genevoise s’enfonce dans une crise tant managériale que politique, mêlant accusations autour du management, enquêtes de presse, tensions internes et affrontements juridiques.
Le malaise traverse également les grandes maisons françaises. Après les graves révélations visant le Théâtre du Soleil, l’audit indépendant commandé par l’État a recommandé un important travail de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles ainsi qu’une remise à plat de certaines pratiques internes. Longtemps considéré comme un modèle presque intouchable du théâtre public et collectif, le lieu fondé par Ariane Mnouchkine se retrouve à son tour confronté aux questions de gouvernance et de responsabilité envers les équipes.
Pourtant, au milieu des inquiétudes, quelques bonnes nouvelles dessinent encore des perspectives. L’arrivée d’Alexis Michalik à la direction artistique du Théâtre Hébertot, aux côtés de Benjamin Bellecour, Camille Torre et Caroline Verdu, confirme le poids grandissant d’un théâtre privé capable de remplir les salles et de consolider des modèles économiques fragilisés.
Sur la rive gauche, la réouverture du Studio Raspail apporte elle aussi un souffle nouveau. Redonner vie à ce théâtre Art déco de 246 places raconte à sa manière la persistance d’un désir de création malgré les incertitudes du moment.
Derrière les coupes budgétaires, les audits et les crises de direction, c’est bien une bataille culturelle qui se joue. Une bataille silencieuse, menée à bas bruit, où le théâtre devient peu à peu une dépense qu’il faudrait justifier plutôt qu’un espace indispensable de pensée, de contradiction et de liberté.