Novembre 2023. Michel Hazanavicius se rend à Kyiv pour donner une conférence sur le cinéma. Le conflit est tout proche. Il pourrait repartir aussitôt et détourner le regard. Il choisit au contraire de prolonger son séjour et de gagner le front, jusque dans les tranchées. Carnets et crayons en poche, il passe du temps avec les soldats, écoute leurs histoires, leurs anecdotes, cet humour noir qui les aide à ne pas flancher. Il découvre les vies qu’ils menaient avant de prendre les armes tout en dessinant leurs visages.

La route se poursuit auprès de gamins, d’habitués de bar, de femmes et d’hommes dont la guerre a renversé l’existence. Hazanavicius croise aussi les artistes des « Forces culturelles », qui vont jouer pour les troupes et leur redonner du courage. De ce périple naissent six carnets, publiés en 2025. Julien Gélas les porte aujourd’hui à la scène et confie toutes ces voix à Hugo Becker.
Un corps, mille vies
Sur le plateau, quelques caisses, une chaise, une toile noire transparente en fond de scène. Dans sa tenue kaki, le comédien est seul, et pourtant déjà l’espace foisonne. Une épaule s’affaisse, le dos se redresse, la voix change, un accessoire passe entre ses mains. Le voilà soldat, musicien, infirmière, enfant ou pilier de comptoir. Il glisse de l’un à l’autre avec une grande fluidité et impressionne par sa capacité à faire exister tous ces êtres sans jamais les caricaturer.
Drôles, rugueux, épuisés, ils arrivent avec leur caractère, leurs blessures, leurs bagages émotionnels et leur vie forcément cabossée. L’humour revient souvent. Noir, parfois féroce, il aide à tenir malgré l’horreur, la peur et les morts qui s’accumulent. Julien Gélas n’appuie jamais la gravité de ce qui se raconte. Sa mise en scène reste au plus près de l’acteur, de ses changements de corps et de voix,. Le conflit reste omniprésent sans jamais faire oublier les hommes et les femmes qui le vivent.
Le trait et la parole

À l’arrière, sur la toile noire transparente, les dessins de Michel Hazanavicius accompagnent ces récits. Aux paroles entendues quelques instants plus tôt répondent désormais des visages. Le trait prolonge les mots et donne une autre présence à ces hommes et ces femmes, dans un récit qui plonge au cœur d’une humanité empêchée par la guerre mais qui refuse de renoncer à vivre.
Créé cet été dans le cadre du Festival Off Avignon, Carnets d’Ukraine raconte le conflit à hauteur de ceux qui le subissent. Une anecdote, un souvenir, quelques traits de crayon et la distance se réduit. Hugo Becker ne parle jamais à leur place. Il transmet ce qu’ils ont confié à Michel Hazanavicius. Derrière la guerre restent alors des êtres, des histoires, des vies.
Carnets d’Ukraine de Michel Hazanavicius
création – Théâtre du Chêne noir – Festival Off Avignon
du 7 au 25 juillet 2026
durée 1h10
Tournée
3 octobre 2026 au 24 janvier 2027 au Studio Marigny – Paris
Adaptation, mise en scène et musiques de Julien Gelas
Assistante à la mise en scène – Lola Ravoux
Avec Hugo Becker
Lumières de Guillaume Gandon
Son de Noé Courbet
Vidéo de Guillaume Niemetzky



