Dès notre entrée dans la salle, on est séduit par le décor, magnifique ouvrage d’Audrey Vuong : un bout de jardin, une caravane, des meubles en formica, un clapier avec un adorable lapin qui nous observe. On est à la campagne, dans un coin perdu où l’on ne roule pas sur l’or. Mais c’est soigné. Nous ne sommes pas très loin d’un univers à la Deschamps-Makeieff. L’ambiance est posée.

Arrive Odette, incarnée par l’épatante Christine Murillo. Elle s’affaire, suivie de l’adorable chienne Charlie. Les premiers rires fusent. Puis survient le fils, Robert, déclenchant l’hilarité générale. Christian Hecq, par une attitude, un geste, dessine ce personnage de grand nigaud avec maestria. Il est phénoménal. Famille atypique en somme, cousins germains des Bodins ! La mère, imposante, gère tout et surtout son benêt de rejeton qui n’a d’intérêt que pour ses expériences sur la téléportation. Ce vieux garçon est totalement inadapté à la vie quotidienne. Le duo Murillo-Hecq est épatant. Beaucoup de tendresse se dégage dans leurs personnages.
La Odette, elle marierait bien son fiston. Alors quand débarque Marie-Pierre, la jolie fille de la voisine qui revient de la ville après une longue absence, elle se dit qu’il y a moyen d’entrevoir quelques perspectives intéressantes. Sorte de baby-doll défraîchie, la jeune femme brille par sa beauté, mais clairement pas par son intelligence. Valérie Lesort est extraordinaire en nunuche prise au piège des expériences du savant fou qu’est Robert. Sa disparition inquiétante va obliger l’inspecteur Langelaan à mener l’enquête. Stephan Wojtowicz est impayable dans le rôle de ce flic sorti tout droit d’un bon Audiard. Il a une dégaine !
D’avoir transposé la nouvelle de George Langelaan dans ce monde rural est une idée géniale. Car si vous vous souvenez du film, l’action se passe dans un laboratoire scientifique des plus sérieux. Ici, c’est le garage de Robert qui sert de terrain de jeu. Contre toute attente, sa bidouille électronique fonctionne. Enfin, pas toujours, il y a des ratés. Des fois ça marche, d’autres non. La petite Charlie ne va pas s’en remettre. On vous aura prévenu. Le gag est des plus réussis.

Pour Robert, tout va pour le mieux ou presque. Un détail d’importance, une mouche passe par là et met le bazar dans les particules. La métamorphose en créature étrange est exceptionnellement effrayante et désopilante.
Après Vingt mille lieues sous les mers, Valérie Lesort et Christian Hecq nous offrent un spectacle des plus réjouissants. Les effets comiques s’enchaînent avec une intelligence et une belle précision. C’est plein de trouvailles. Mais attention, enfants s’abstenir. Le rire, ici, peut se faire grinçant, voir gore. Clairement, on adore !
La Mouche, librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan
Spectacle créé en 2020
Théâtre des Bouffes du Nord
Reprise du 4 au 20 décembre 2025
Durée 1h30
Adaptation et mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq assisté de Florimond Plantier
Avec Christian Hecq de la Comédie-Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz (remplacé à la reprise par Jan Hammenecker)
Scénographie d’Audrey Vuong
Lumières de Pascal Laajili
Création sonore et musique de Dominique Bataille
Guitare de Bruno Polius-Victoire
Costumes de Moïra Douguet
Plasticiennes de Carole Allemand et Valérie Lesort
Création vidéo d’Antoine Roegiers
Technicien vidéo d’Eric Perroys
Accessoiristes : Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez.
Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage – avec son aimable autorisation