L’automne et ses aléas climatiques s’installent sur Limoges, et comme chaque année à cette saison, un vent venu des quatre coins du monde vient réchauffer les âmes. Le directeur des Francophonies, Hassane Kassi Kouyaté, annonce dans sa présentation « des pièces qui, chacune à leur manière, explorent les thèmes de la paix, de la justice, de l’exil, de la mémoire et de la capacité de l’individu à se reconstruire ».
L’humour en arme de guerre

Cette édition fait un focus sur le Moyen-Orient et le Maghreb. Dans l’entrée de la Maison des Francophonie, les festivaliers découvrent Rouge tapis, la très belle exposition des dessins de l’artiste iranienne, Firoozeh Mozaffari.
Le premier spectacle auquel nous sommes conviés vient de Palestine. Un cœur artificiel de Mohammad Basha et Firas Farrah aborde les questions sociales, humaines et politiques qu’amènent l’évolution des machines et de l’intelligence artificielle. Trois histoires, celle d’un vieux couple nostalgique, d’un Président qui rêve de l’être à vie, d’un homme qui crée artificiellement sa femme idéale, s’y entrecroisent. Le ton est celui de la comédie. Les cafouillages des surtitrages ont fait que ce spectacle, bien que porté avec une belle énergie, nous a laissé dans l’expectative.
L’émotion en effet cathartique

Au CCM Jean Gagnan, Fadhila est le spectacle très attendu d’Aristide Tarnagda. Dans une dramaturgie impeccable et une approche poétique de l’espace, le texte et la mise en scène de l’auteur Burkinabé chamboulent. Qu’elles sont belles ces mères (Yaya Mbilé Bitang et Safoura Kaboré), prêtes à tout pour sauver leurs fils de la guerre, leur refusant de verser le sang de leurs frères !
À la manière d’un conte, les morts et les (sur)vivants prennent la parole pour panser les blessures d’une terre ravagée par la haine, la misère et la perte de repères. Car « On ne revient pas du crime… qui verse le sang du frère et de la sœur. De ce crime-là on ne revient jamais. C’est un précipice sans fin. » C’est magnifique.
Un autre chef-d’œuvre nous attend au Grand-Théâtre Opéra de Limoges. Dans les ors de cette belle salle, Kaldûn d’Abdelwaheb Sefsaf a vibré de milles feux et a enthousiasmé les spectateurs.
Le passé et ses racines

Samedi, nous voici en route pour la Maison des Arts et de la Danse – Jean Moulin, pour effectuer un long voyage avec Racines Mêlées de la compagnie Les Exilés. Ce spectacle dense est une épopée initiatique où les destins de Lapérouse, Bougainville et Cook s’entrecroisent autour d’une intrigue étroitement liée à la Nouvelle-Calédonie.
Si le texte de Jenny Briffa est parfois trop didactique sur l’historique, il s’envole dès qu’il devient romanesque, abordant les légendes et la recherche de ses racines. Dans une scénographie de toute beauté, menée par la mise en scène très rythmée de Sophie Bezard, l’excellente troupe porte ce texte surprenant.
Retour en ville, au Théâtre de l’Union pour découvrir l’autre rendez-vous très attendu, la création de REKORD بیبي de Sumaya Al-Attia. Le texte avait été présenté lors des dernières Zébrures de Printemps. Cette jeune autrice et metteuse en scène jordanienne, irakienne et française possède le sens de la dramaturgie, comme celle de Wajdi Mouawad, et de la mise en scène, très inspirée par La mélancolie des dragons de Philippe Quesne. Elle raconte avec un grand talent, sa passionnante histoire de famille, construite sur le déracinement entre la France et l’Irak, de 1966 à 1976.
Les remises de prix

Comme chaque année, le premier dimanche matin est dédié aux remises de prix littéraires et à l’annonce des quinze lauréats Des mots à la scène de l’Institut français. Ce moment toujours très attendu est un véritable accompagnement pour les auteurs émergents. Hassane Kassi Kouyaté le souligne avec toute sa poésie dans son discours : « Quand on veut aller vite, on marche seul. Quand on veut aller plus loin, on marche accompagné ».
Le lauréat du Prix Théâtre RFI 2025 est le tout jeune Israël Nzila pour Clipping. Il est le premier congolais à recevoir cette distinction. Le Prix SACD de la dramaturgie francophone a été décerné, à l’unanimité, à La décennie noire de l’Algérien Yacine Benyacoub. Des extraits des deux œuvres ont été mis en lecture par les élèves de l’École Supérieur de Théâtre de l’Union.
Le festival se poursuit jusqu’au 4 octobre, avec encore de belles découvertes en perspective et la nouvelle création de François Cervantès, Et le cœur ne s’est pas arrêté, dont on ne manquera pas de vous parler.
Les Zébrure d’Automne
Du 24 septembre au 4 octobre 2025.
Un coeur artificiel de Mohammad Basha, Firas Farah
Mise en scène Mohammad Basha
Avec Raeda Ghazaleh, Firas Farrah, Nidal Al-Jouba, Fatima Abu Aloul
Visuels Hayat Labban
Costumes Fatima Abu Aloul
Éclairage et scénographie Ramzi Sheikh Qasem
Musique Ivan Azazian
Soutien technique Nadim Samara.
Durée 1h05.
Fadhila, texte & mise en scène Aristide Tarnagda (Editions acte-Sud papier)
Avec Romane Ponty-Bésanger, Yaya Mbilé Bitang, François Copin, David-Minor Ilunga, Safoura Kaboré
Scénographie Marie-Pierre Bésanger
Assistance à la mise en scène Romane Ponty-Bésanger
Musique Joaquim Pavy
Lumières Marco Hollinger
Son Vincent Le Meur
Costumes Martine Somé
Construction décor CDN Théâtre de l’Union – Alain Pinochet, Clément Tilly.
Durée 2h.
Tournée
12 et 13/11/25 à L’Empreinte – Scene nationale Brive-Tulle – Tulle
Du 18 au 22/11/25 au Théâtre National du Luxembourg – Luxembourg.
Kaldûn texte et mise en scène Abdelwaheb Sefsaf
Musique Aligator et Canticum Novum
Avec Fodil Assoul, Laurent Guitton, Lauryne Lopes de Pina, Jean-Baptiste Morrone, Natalie Royer, Malik Richeux, Abdelwaheb Sefsaf, Rémy Hnaije et la Canticum Novum
Assistanat à la mise en scène Jeanne Béziers
Dramaturgie Marion Guerrero
Composition musicale Aligator – Sefsaf / Baux
Direction musicale Georges Baux
Arrangements et adaptation musicale Henri-Charles Caget
Scénographie Souad Sefsaf
Costumes Emmanuelle Thomas
Lumière Alexandre Juzdzewski, assisté de Lucie Pasquier
Vidéo Raphaëlle Bruyas
Son Jérôme Rio
Construction décor Les Ateliers d’Ulysse
Durée 2h20.
Tournée
3 au 5 mars 2026 à La Manufacture, CDN de Nancy
20 et 21 mai 2026 à Château Rouge, SC d’Annemasse
12 et 13 juin 2026 à La Criée, CDN de Marseille.
Racines mélées de Jenny Briffa
Traduction Français Nyêlayu Scholastique Boiguivie
Mise en scène Sophie Bezard
Avec Laurence Bolé, Manon Dunoyer, Pablo Le Magoarou, Lucie Le Renard, Stéphane Piochaud, Gauthier Rigoulot, Magali Song, Simane Wenethem
Conception scénographie Raymond Sarti
Réalisation scénographie Lucile Bodin et Patricia Bladinières
Création sonore & compositions David Le Roy
Lumières Laurent Lange
Costumes Gauthier Rigoulot
Assistante à la mise en scène Manon Dunoyer.
Durée 1h45
.REKORD ببي , texte et mis en scène Sumaya Al-Attia
Avec Duraid Abbas Ghaieb, Sumaya Al-Attia, Lou Valentini
Voix Nael Al-Attia, Saad Abbas
Lumière, vidéo et scénographie Mariam Rency
Création sonore Elvire Flocken-Vitez
Costumes Gwladys Duthil
Régie Elvire Flocken-Vitez, Célia Halard
Regard extérieur Julien Dubuc
Construction décor Marcel Pepet
Surtitres Razan Alazzeh.
Durée 1h30.