© Svétäl-Anand Chassol

Zizi Zozio de Marvin M’Toumo : Poétiser l’indicible

À Genève, au Théâtre de l’Usine, tout juste rénové en partenariat avec le Festival de La Bâtie, l’artiste guadeloupéen fait résonner les blessures de l’enfance et les violences subies dans une longue mélopée qui oscille entre comptine et performance plastique.
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Au milieu d’un nuage de fumée, un œuf géant couvert de plumes blanches émerge. La lumière pastel, rappelant l’enfance, adoucit et colore l’espace immaculé, plongeant le spectateur à la frontière du songe. Rêve ou cauchemar ? L’artiste ne choisit pas et joue avec les limites. De cette coquille improbable surgit une tête peinte en blanc. Celle de Marvin M’Toumo. Les mots coulent, roulent, évoquent l’enfance en Guadeloupe, son corps maigre et fragile, si éloigné des attentes d’un père qui voulait force et virilité. Sa voix prend des inflexions enfantines, se brise parfois, repart en éclats, toujours traversée par l’urgence de dire.

Il convoque la Guadeloupe, l’école, les moqueries des camarades, les bagarres toujours perdues qui collent à la peau. Puis les mots s’assombrissent et laissent affleurer ce qui ne se dit pas : l’abus, le silence, l’enfance volée. Tout est direct, jamais voyeur. Le récit serre la gorge mais trouve dans le chant et la poésie une respiration nécessaire.

De la douleur au rituel poétique

Les sons glissent d’un registre à l’autre. Gazouillis, murmures, cris et râles se mêlent pour créer une langue hybride. Un double de l’artiste apparaît, ce Zizi Zozio, oisillon vacillant et magnifique qui porte le poids des blessures tout en cherchant l’élan du vol. La douleur se fait matière poétique, le souvenir devient rituel de réparation.

Marvin M’Toumo ne cherche pas à provoquer, mais à transformer. Sa fragilité, sa crudité même, s’habillent de pudeur et donnent au spectacle une force bouleversante. Il dit la difficulté d’aimer, il raconte la tentation de s’effacer, de s’avilir, de s’offrir sans limites pour grappiller une caresse, un geste, un peu de tendresse. Il montre comment l’imaginaire peut devenir une arme de survie, quitte à dérouter par un final où de l’œuf a éclos une wili.

Avec Zizi Zozio, il poursuit un parcours artistique singulier, à la croisée du théâtre, de la mode – il conçoit ses propres costumes – et de la poésie. Seul sur scène, il livre un témoignage d’une intensité rare, intime et politique à la fois. Un cri venu de l’enfance qui devient poème, une tentative de réconciliation avec soi et avec le monde.


Zizi Zozio de Marvin M’toumo
Théâtre de l’Usine dans le cadre du Festival de la Bâtie
du 10 au 13 septembre 2025
durée 1h10

Conception, scénographie, costume et mise en scène de Marvin M’Toumo
Assistante mise en scène – Ursulina de Lombardia 

Avec Marvin M’Toumo
Régisseur général – Raffaele Renne
Création lumière d’Alessandra Domingues
Création sonore de Baptiste Le Chapelain
Assistants costume-  Marie Schaller, Pauline Neyton, Maëlys Bois, Manuel Robin, Nina Gautier, Elliot Girier
Consultant créatif – Svétäl-Anand Chassol 

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