Jann Gallois ouvre sa pièce dans le silence. Là, sur l’immense plateau, deux danseuses se sondent de loin avant de se rapprocher, les yeux dans les yeux. Leur rencontre est empreinte de douceur. La tête de l’une sur les épaules de l’autre, l’image est apaisante. Deux nouveaux duos suivent bientôt leur exemple. Alors Imminentes peut prendre forme, dans une énergie qui s’annonce déjà progressive, comme le laissent penser les premières notes composées par Patrick De Oliveira. Mais l’heure est encore à s’apprivoiser, à laisser les corps se familiariser, selon une écriture qui s’apprête à célébrer le fait de danser ensemble.
Interconnectées

Cette dynamique commune est au cœur de la chorégraphie de Jann Gallois. À deux, à six ou en solitaire, l’artiste n’hésite pas à convoquer ses inspirations hip-hop pour alimenter l’émulation collective qui anime ses danseuses. De la sorte, elles se retrouvent liées les unes aux autres, sans pour autant avoir à renoncer à leurs individualités. Et c’est précisément dans cet équilibre, dont le visage mute en permanence, que se tisse le récit d’une émancipation, aussi charnelle qu’émotionnelle. Une double entrée qui nourrit aussi le vocabulaire chorégraphique de cette création.
En écho à la sensation qui l’a traversée à la lecture de Puissance de la douceur d’Anne Dufourmantelle, Jann Gallois conçoit un spectacle qui a trait à la liberté et à l’espoir. Au plateau, les gestes en miroir et les mouvements comme des réactions en chaîne se reçoivent avec une heureuse curiosité. Les interprètes elles-mêmes semblent d’ailleurs aborder leur partition avec le regard doux et enchanté de la découverte. Elles mènent ainsi les spectateurs sur un chemin partagé, entre rencontre de soi et foi en l’autre.
Révélation spirituelle
Pour autant, le parcours ne tient pas de l’évidence absolue. Il aura fallu, pour parvenir à cette forme d’épiphanie, établir une relation de confiance et la laisser évoluer. Aussi le squelette d’Imminentes se structure-t-il sur une alternance de rythmes, de souffles et d’intensités. Si la composition musicale laisse penser, dans un premier temps, à une montée en puissance linéaire jusqu’à la révélation – un schéma somme toute classique –, elle finit en réalité par surprendre, notamment par la voix de Myriam Djemour qui apporte soudain un nouveau relief à la pièce.
Plutôt qu’une écriture exclusivement narrative, Jann Gallois propose ici une dramaturgie du ressenti. Sa grammaire semble s’adapter au choix des mots, et non l’inverse, ouvrant à une lecture avant tout spirituelle. Dans cet élan, les introspections personnelles répondent avec justesse aux transes collectives, sans tomber dans la démonstration technique en dépit de l’atmosphère battle qui transparaît parfois, à l’image des lumières de Florian Laze.
Heureuse lutte
Il faut dire que le combat qui se joue là n’a rien d’une compétition individuelle. Elle s’envisage au contraire comme l’opposition du collectif à la sombreur du monde. Imminentes est une pièce qui revendique le droit de ne pas succomber au pessimisme. Les six corps radieux, qui livrent cette bataille sans arme ni violence, s’en portent garants. En témoigne leur respiration, encore audible dans la pénombre à l’issue de la représentation, preuve d’une lutte aussi nécessaire qu’émancipatoire.
Imminentes de Jann Gallois
MC2: Scène nationale de Grenoble
Les 4 & 5 novembre 2025
Durée : 55 minutes environ
Tournée
7 novembre 2025 à La Passerelle, Scène Nationale des Alpes du Sud, Gap
21 novembre 2025 à L’Onde Théâtre – Centre d’Art, en partenariat avec le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines dans le cadre du Festival Immersion Danse, Vélizy-Villacoublay.
25 novembre 2025 au Théâtre d’Orléans, Scène nationale d’Orléans
2 décembre 2025 au CDA – Centre des Arts, scène conventionnée, Enghien-les-Bains
4 au 6 décembre 2025 à la Maison des Arts et de la Culture, Scène nationale de Créteil.
18 décembre 2025 à La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc
7 janvier 2026 à l’Espace 1789, Scène conventionnée, Saint-Ouen.
9 & 10 janvier 2026 au Festival Suresnes Cités Danse, Théâtre Jean Vilar de Suresnes
14 janvier 2026 aux Quinconces – L’Espal, Scène Nationale, Le Mans.
22 janvier 2026 au Grand R, Scène nationale, La Roche-sur-Yon
24 & 25 janvier 2026 au Théâtre ONYX, Saint-Herblain.
28 janvier 2026 au Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac
5 & 6 février 2026 à Châteauvallon-Liberté, Scène nationale, Ollioules
4 au 6 mars 2026 au Trident, Scène nationale, Cherbourg.
10 mars 2026 aux Espaces Pluriels, Scène conventionnée, Pau
13 mars 2026 au ZEF, Scène nationale, Marseille.
21 mars 2026 au Théâtre La Coupole, Saint-Louis
24 mars 2026 au Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec.
26 & 27 mars 2026 au Théâtre 71, Scène nationale, Malakoff
1 avril 2026 au Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse
28 avril 2026 au Théâtre, Scène nationale, Saint-Nazaire.
19 mai 2026 à L’Escale, Tournefeuille
28 mai 2026 au Théâtre Jean Lurçat, Scène nationale, Aubusson.
Chorégraphie de Jann Gallois
Avec Anna Beghelli, Carla Diego, Melinda Espinoza, Amélie Olivier, Fanny Rouyé, Agathe Tarillon
Musique originale de Patrick De Oliveira
Chant – Myriam Djemour
Création lumières et régie générale de Florian Laze
Costumes de Sara Sanchez
Regard extérieur – Frédéric Le Van