Puff-Alice Ripoll © Andy Catlin
© Andy Catlin

Puff : Un solo à couper le souffle

Créé par la chorégraphe brésilienne Alice Ripoll pour Hiltinho Fantástico, ce solo impressionne par son intensité. S'appuyant sur le passinho, cette danse urbaine née dans les favelas, le danseur transforme cette performance en expérience captivante.
23 février 2026
Ecouter cet article

Uniquement vêtu d’un short noir, Hiltinho Fantástico s’élance dans la diagonale de cette sorte de ring posé au milieu de la nef centrale du Carreau du Temple. Installé en quadrifrontal, le public retient son souffle, surpris par la présence d’emblée troublante du danseur.

Puff-Alice Ripoll © Andy Catlin
© Andy Catlin

Seul sur scène tout au long de la performance, il utilise l’espace avec une virtuosité fascinante. Il tourne, pivote, s’éloigne d’un point pour y revenir instantanément. Chaque geste est fluide, mêlant la rapidité à des moments plus suspendus, où le corps semble flotter, hésiter. Les épaules roulent, se soulèvent et s’abaissent comme des vagues, tandis que les bras tracent des arcs capturant l’attention. Les jambes martèlent le sol en frappes courtes, rappelant les rythmes syncopés du passinho, cette danse urbaine des favelas de Rio de Janeiro, qui intègre des éléments de samba, de capoeira et d’autres mouvements afro-brésiliens.

Le bien nommé Hiltinho Fantástico

Chorégraphié par Alice Ripoll, Puff est un solo à la fois techniquement éblouissant et déstabilisant. Par moments, le bien nommé Hiltinho Fantástico crée l’illusion que certaines parties de son corps vont se détacher : sa tête dodeline comme si elle allait tomber, ses bras fouettent l’air de façon compulsive. Installé au plus près de lui, on peut observer son corps qui ne s’autorise aucune pause, ses yeux qui roulent en arrière.

Son dos musculeux nous raconte à lui seul, comme à livre ouvert, l’histoire des Afro-Brésiliens, leurs souffrances, leur joie malgré l’oppression coloniale. La danse comme acte de résistance. Les passages au sol alternent mouvements contrôlés et effondrements sous le propre poids du danseur pour évoquer l’épuisement : un dialogue constant entre maîtrise et abandon.

Un ensorcelant boxeur
Puff-Alice Ripoll © Andy Catlin
© Andy Catlin

Traversant l’espace avec un jeu de jambes d’une incroyable vélocité, celui qui fait penser à un boxeur nous met KO et nous ensorcelle. Jusqu’à ce moment où une rigole dorée coule le long de son échine. Est-ce sa sueur qui ruisselle et prend des reflets changeants ? Non, un liquide métallique lui macule aussi la bouche et le menton quelques minutes plus tard, donnant une dimension clownesque à son personnage. Les images fugaces, parfois même christiques lorsqu’il parade les bras ouverts, le buste ruisselant marqué de stigmates de peinture noire, se télescopent à toute vitesse.

Habité jusqu’à la transe, Hiltinho Fantástico construit un personnage mi-magicien, mi-satyre. Il nous parle surtout une langue corporelle hybride et politique, et rend hommage à des traditions vivantes éclipsées par les récits dominants. Par sa redoutable beauté, ce solo nous habite longtemps après que le danseur a quitté la salle.


Puff d’Alice Ripoll
solo présenté en France pour la première fois en France, le 24 septembre 2025 au Théâtre des Calanques dans le cadre du Festival Actoral, Marseille
Les 20 et 21 février 2026 au Carreau du Temple dans le cadre du festival Everybody 2026.

Durée 35 mn

Mise en scène d’Alice Ripoll
Création et performance – Hiltinho Fantástico
Assistants à la réalisation – Alan Ferreira et Thais Peixoto
Concepteur lumière – Tomás Ribas
Costumes et scénographie d’Alice Ripoll et Thaïs Peixoto
Musique originale de Mbé

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.