Apocalypse ©Simon Gosselin

L’Apocalypse d’Adam et Aimée : Spectacle éponyme

Adama Diop revient comme metteur en scène pour un spectacle en forme d’adresse à la jeunesse. Louable sur le principe, la démarche est plombée par sa lourdeur.
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L’homme est un immense comédien. Né au Sénégal puis arrivé en France en 2002 à 21 ans, il est depuis passé chez certains des plus grands metteurs en scène contemporain. Bernard Sobel, Julien Gosselin, Frank Castorf ou Tiago Rodrigues ont tous fait confiance à Adama Diop et ils ont eu raison.

Apocalypse ©Simon Gosselin

Ici encore, dans cet L’Apocalypse d’Adam et Aimée dont il est à la fois le co-auteur – ses textes y sont mêlés à ceux du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire -, metteur en scène et comédien principal, il se montre impressionnant de justesse et de force. Sa présence physique hors normes n’y est certainement pas pour rien, sur ce plateau qu’il occupe aux côtés des formidables musiciens-chanteurs Dramane Dembélé et Jessica Martin-Maresco.

Ainsi ce n’est pas le comédien qui pêche ici. Pas plus que le chant et la musique. Instant de grâce puissant quand Dramane Dembélé s’avance seul sur scène à la flûte, tout autant que les psalmodies de Jessica Martin-Maresco. Non, c’est tout le reste. Pas en tant que tel, mais par la façon dont le texte rabâche et la mise en scène illustre.

La jeunesse étouffée

« Mon enfant (…) je vais te raconter avant que ma mémoire ne se couvre à jamais. » Un père avance vers sa fin et s’adresse à sa fille pour lui transmettre ce qui lui reste de vivant. Des leçons de vie et un amour du monde, qu’il désespère de voir disparaitre à mesure que l’humain travaillerait à son saccage. « Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante » disait Nietzsche. On imagine que c’est ce que voulait nous dire Adama Diop, alors que le spectacle prend fin par les mots de la fille intimant au spectateur de se réveiller. De se lever, au risque de mourir sous l’éboulement du monde.  Des mots surement pensés comme des étoiles, des faisceaux de lumière dans le noir du présent, à l’image de la forêt de fleurs dans laquelle nagent père et fille au terme du spectacle.

Apocalypse ©Simon Gosselin

Il n’en reste pas moins que si l’étoile est là, incarnée par le chant et les mots de Jessica Martin-Maresco, elle apparait étouffée sous les palabres de son père. Poète-collapsologue, la diatribe de ce dernier s’enfonce dans les tréfonds d’un monde en tant que « système destruction. » C’est dommage mais compréhensible, tant l’auteur décliniste se montre autant qu’il peut l’opposant d’un Camus intimant aux peuples de s’imaginer en « Sisyphe heureux. » Ou quand ceux qui passent le flambeau préservent le privilège de leur vécu sous couvert de donner des conseils. Au moins aussi classique que la jeunesse qui se lève, démontrant l’inverse du discours qui les précède.

Des images au secours des mots

C’est ainsi que la tentative tourne à vide, et ce d’autant qu’aux mots répond lourdement l’image. En fond de scène se trouve une toile sur laquelle des images défilent. Non en tant que création d’un espace de pensée ou possibilité de dévoiler les angles morts de celle-ci, mais simplement comme un appui. Une façon de justifier les incertitudes d’un texte pourtant très – trop – clair. Les mots du chaos sont dès lors illustrés par le soulèvement des gilets jaunes, et l’onde de choc par celle du vent sur l’eau d’un lac. Certainement parce que la merditude du monde était aussi vraie du temps des morts qu’elle ne l’est de celui des vivants. Peut-être, mais l’espoir dans tout ça, le véritable espoir ?


L’Apocalypse d’Adam et Aimée d’Adama Diop
Création le 1er février 2025 à la Comédie de Caen
Vu au Théâtre du Rond Point – Paris
Du 8 au 18 avril 2026
Durée: 1h15.

Conception, texte et jeu – Adama Diop
Avec des extraits de 
Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire (éditions Présence Africaine)
Musique et chant – Jessica Martin-Maresco
Musique – Dramane Dembélé
Costumes – Mame Fagueye Ba
Lumières – Louisa Mercier
Son – Mathilde Tirard
Vidéo – Pierre Martin Oriol

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