Ditto the sand de Marion Carriau
Ditto the sand de Marion Carriau © Sandy Korzekwa

30 ans du festival La Maison Danse Uzès : Célébrer et transmettre

Pour son trentième anniversaire, le rendez-vous uzétien marque le coup avec une édition festive qui fait de la danse un vecteur d’émotions et de mémoire. Une programmation au carrefour des générations, qui continue de se déployer dans toute la ville.
7 juin 2026
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Après un coup d’envoi particulièrement marquant avec May B de Maguy Marin, le festival La Maison Danse Uzès n’a pas vraiment eu le temps de reprendre son souffle. Il faut dire que durant cinq jours, tout s’est enchaîné au sein du duché. Ateliers, spectacles et rencontres ont rythmé un week-end pris dans l’effusion. D’une scène à l’autre, d’une salle à une clairière en passant par une cour d’école, artistes et spectateurs ont ainsi mis leur énergie en commun. Tous sont venus prendre part à une célébration hautement symbolique, celle d’un anniversaire autant que celle d’une culture qui parvient encore et toujours à exister.

Sous la direction d’Émilie Peluchon pour la quatrième année, cette édition particulière a souhaité faire le lien entre les danses d’hier et celles de demain. Un choix qui se reflète avec beaucoup de sens dans la programmation, qui met en regard les créations de Laurent Pichaud, Marion Carriau et Jonas Chéreau.

La Cour des anges de Laurent Pichaud : Jouer encore malgré l’absence
La cour des anges de Laurent Pichaud © andy Korzekwa
La Cour des anges de Laurent Pichaud © andy Korzekwa

Il y a près de quarante ans, Dominique Bagouet créait Le Saut de l’ange au festival Montpellier Danse et faisait déjà dialoguer son écriture avec le lieu dans lequel elle prenait place. En collaboration avec Les carnets Bagouet, association engagée dans la transmission du répertoire du chorégraphe, Laurent Pichaud a souhaité reconvoquer cette pièce. Mais pour l’artiste qui développe depuis longtemps un travail in situ, la question n’est pas de recréer le spectacle original. Il s’agit au contraire d’en raviver le souvenir, à travers un regard neuf qu’est celui du public aujourd’hui.

Pour cela, Laurent Pichaud s’intéresse à une cour d’école comme terrain d’exploration. Espace de l’imaginaire et du jeu, du souvenir et de l’insouciance, il pose les premiers jalons de cette Cour des anges, qui va chercher dans les accessoires enfantins et les couleurs vives une énergie nouvelle. Sur cet immense terrain bitumé, sept interprètes apparaissent les uns après les autres. Les cheveux grisonnants, les corps un peu plus rigides qu’avant, tous faisaient partie de la distribution du Saut de l’ange à sa création. Il en manque trois, qui ne reviendront pas.

À partir de là, en s’appuyant sur la structure originelle de la pièce, Laurent Pichaud imagine un dialogue entre les présents et les absents. Certaines phrases chorégraphiques, initialement écrites pour des duos ou des groupes, résonnent avec force devant les corps qui ne sont plus là. Marionnette, chapeau ou moustache tentent de leur redonner matière, comme les mots qui cherchent à décrire des mouvements qu’on ne voit plus. Il y a du respect et de la nostalgie, bien sûr. Il y a surtout beaucoup de reconnaissance, et un désir inébranlable de continuer à transmettre cette envie de danser ensemble. Que Les carnets Bagouet se rassurent, la relève n’est pas très loin et attend à son tour de s’approprier les gestes du chorégraphe.

Ditto to the sand : Marion Carriau, danseuse et mère
<em>Ditto the sand</em> de Marion Carriau © Sandy Korzekwa
Ditto the sand de Marion Carriau © Sandy Korzekwa

Lorsqu’elle apprend, ado, qu’elle va entrer au conservatoire, Marion Carriau se fait une raison : elle n’aura jamais d’enfant. Comment pourrait-il en être autrement ? Parmi les figures féminines auxquelles elle s’identifie dans son futur métier, aucune n’est parvenue à concilier la danse et la famille. Des années plus tard, la voilà pourtant sur la scène du festival La Maison Danse Uzès, accompagnée de ses deux fils. Ensemble, tandis que le public s’installe, ils préparent le plateau qu’ils délimitent au ruban adhésif fluorescent. Avec détachement, James et Léon continueront de coller ici et là des bandes roses et oranges, comme on dessine dans le sable ou comme on donne vie à un imaginaire.

Pour Marion Carriau, le plateau a une toute autre signification. C’est son espace de travail, de recherche et de représentation. C’est aussi celui qui, souvent et pour de longues durées, la tient éloignée de sa famille, à l’écart de son rôle de mère. Il faut malgré tout danser, alors elle commence à tourner, lentement puis avec de plus en plus de force. Ses pas l’amènent à traverser la scène de long en large. De leur côté, James et Léon continuent de décorer le tapis noir, presque insensibles à la performance qui se joue sous leurs yeux. Ce n’est pas du désintérêt, les regards et les sourires échangés en témoignent. C’est une conciliation, la décision de réunir au même endroit deux vies pour éviter qu’elles s’opposent.

Dans les enceintes, la musique se mêle aux voix enregistrées de la chorégraphe et de ses enfants. Une relation douce, étrangement distante, se devine en sous-texte au détour d’une conversation téléphonique lors d’un voyage. Sous les yeux du public, le schéma est bien différent. Les liens invisibles qui relient le trio sont presque palpables. L’émotion, elle, l’est totalement. Danseuse ou mère, Marion Carriau a choisi, de la plus belle et sensible des manières.

JOIE de Jonas Chéreau : Injonction au bonheur
<em>Joie</em> de Jonas Chéreau © Sandy Korzekwa
Joie de Jonas Chéreau © Sandy Korzekwa

Toutes dents dehors, les zygomatiques relevés plus que de raison, Catherine Hershey souhaite la bienvenue aux spectateurs façon hôtesse de l’air du sourire. Elle sera bientôt rejointe par Jonas Chéreau et Emma Tricard, formant un trio ouvertement absurde qui communique avant tout par le rire. De gémissements en éclats de bonheur forcé, les trois comparses mettent leurs corps, leurs mimiques et leurs costumes au service d’une mission singulière : faire éclater la joie parmi les spectateurs. Situations incongrues, contorsions du visage et autres blagues tentent donc d’arracher rires et sourires au public. La démarche divise et l’écriture laisse perplexe, mais il en faut peu pour être heureux.

La dernière journée du festival La Maison Danse Uzès a quant à elle déjà commencé. Elle s’articule notamment autour du 1 km de danse déployé avec le Centre national de la danse. Puis, célébration oblige, une grande fête viendra clôturer cette édition, sous l’orchestration de Marion Carriau, qui achève trois ans d’association avec le CDCN. La danse est avant tout une discipline qui se partage, voilà précisément ce qu’il convient de retenir de l’esprit de cet heureux rendez-vous… Joyeux anniversaire !


Festival La Maison Danse Uzès
30e édition du 3 au 7 juin 2026


La Cour des anges de Laurent Pichaud
6 juin 2026
Durée 1h environ

Conception et adaptation in situ Laurent Pichaud
Assistante Catherine Legrand
Chorégraphie Dominique Bagouet
Musique 12 variations op66 de Ludwig Van Beethoven
Adaptation pour piano préparé et autres instrumentarium Pascale Berthelot
Distribution Jean-Pierre Alvarez, Pascale Berthelot, Christian Bourigault, Claire Chancé, Catherine Legrand, Clément Li Cruveillé, Dominique Noel, Sonia Onckelinx, Michèle Rust et les absences présentes de Sarah Charrier, Bernard Glandier et Orazio Massaro
Transmission danse finale Jean-Pierre Alvarez
Audiodescription Valérie Castan
Costumes Laurent Pichaud et les interprètes en dialogue avec Dominique Fabrègue
Structure de la marionnette Chance Kester


Ditto to the sand de Marion Carriau
Avant-première le 6 juin 2026
Durée 40mn

Conception Marion Carriau
Interprétation James Popineau, Léon Popineau et Marion Carriau
Assistant Yannick Hugron
Création lumière Juliette Romens
Création sonore Valentin Mussou et Marion Carriau
Régie générale Arnaud Pichon


JOIE de Jonas Chéreau
Création le 21 octobre 2025 à l’Atelier 210 – Etterbeek
Vu le 6 juin 2026
Durée 1h

Un spectacle de Jonas Chéreau
Créé et interprété par Jonas Chéreau, Catherine Hershey, Emma Tricard
Accompagnement artistique Marcos Simões
Musique Christophe Albertijn
Regard Valérie Castan
Costumes Marcos Simões
Accompagnement technique Vic Grevendonk

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