L’une s’étire tandis qu’une autre enfile une manche de son sweat. Celles-ci arpentent le plateau au milieu duquel trônent quatre énormes enceintes. Une dernière échange furtivement avec l’un des deux chorégraphes, installé au deuxième rang. Ici et là, on devine une poignée d’accessoires incongrus : des canettes, un pot rempli de morceaux de poulet frit, un tire-lait, des sacs plastiques… Au bout de quelques minutes, le quintet se reconstitue côté jardin tandis que le public prend place.
Un two-step enchaîné jusqu’à l’obsession

LABOUR, du duo de chorégraphes montréalais Emily Gualtieri et David Albert-Toth, rassemble cinq interprètes autour d’une expérience chorégraphique intense. La première, Brianna Lombardo, prend le lead, amorce un mouvement où elle déplace le poids du corps d’un pied à l’autre. Les quatre autres lui emboîtent le pas. Ce two-step enchaîné jusqu’à l’obsession nourrit une partition répétitive où l’épuisement prend lentement possession des corps. Ils transpirent, vacillent, se soutiennent, mais résistent à cette cadence digne d’un marathon.
Tandis qu’elles se déplacent toujours sur un rythme implacable, elles se saisissent à la volée des objets à leur disposition, les manipulent, puis les abandonnent au fil de la représentation. Ici, l’une se brosse les dents, là, une autre mord dans un nugget, berce un poupon ou transforme un projecteur en symbole phallique. Bien plus que des éléments de décor, ces accessoires deviennent les traces visibles de cette accumulation de travaux invisibles dont les femmes s’acquittent au quotidien.
Inventer une sororité

Impressionnantes, les cinq danseuses dégagent une énergie singulière, une violence aussi qui jaillit par fulgurances. Alors qu’elles laissent progressivement choir leurs couches de vêtements, elles donnent à voir leur vulnérabilité. Ce dépouillement accompagne la montée en puissance du spectacle. La fatigue marque les traits de ce girls band dansant, leste leurs déplacements, mais leur confère une aura magnifique.
Depuis quinze ans, Emily Gualtieri et David Albert-Toth développent une écriture à la croisée de la danse contemporaine, des cultures populaires et de la performance. Avec cette pièce sous haute tension, le duo propose une réflexion sensible sur ce qui relie les femmes : une capacité à tenir ensemble, malgré l’épuisement, et à inventer une sororité dans l’effort partagé.
LABOUR de Emily Gualtieri et David Albert-Toth
Théâtre de l’Aquarium – Paris dans le cadre du Festival June Events de l’Atelier de Paris CDCN
26 mai 2026
durée 55 min
Tournée 26-27
Le Quatrain, Haute-Goulaine
Festival Trajectoires, Théâtre Francine Vasse, Nantes
Théâtre Gérard Philippe, Doué-en-Anjou
THV, Saint-Barthélemy-d’Anjou
Le Carré, Château-Gontier
Festival Waterproof, Le Triangle, Rennes
Festival L’année commence avec elles, Pôle Sud, Strasbourg
Concept, création, mise en scène et direction artistique : Emily Gualtieri, David Albert-Toth
Interprètes-collaboratrices : Brianna Lombardo, Maïka Giasson, Jossua Satinée, Lou-Anne Rousseau, Frédérique Rodier
Apprentie : Clodie Lambert
Éclairages : Paul Chambers
Assistance à la conception des éclairages : Jordana Natale
Costumes et scénographie : Jonathan Saucier
Musique : Frannie Holder
Arrangement musical : David Albert-Toth
Mixage et mastering : Ghyslain Luc Lavigne
Direction des répétitions : Jamie Wright
Dramaturge : Helen Simard
Soutien artistique additionnel : Philip Szporer
Direction technique : Samuel Thériault
Coordination technique additionnelle : Mateo Barrera