On met parfois du temps à croiser la route d’une pièce. Jongler avec les dates, renoncer, regretter notre incapacité à nous dédoubler quand l’actualité du spectacle vivant devient trop dense. Un an après sa création au festival d’Evian-les-Bains, puis sa présentation au festival June Events, rendez-vous est enfin pris. Le gymnase de la Maison populaire à Montreuil est l’écrin du jour, mais Sacre a été imaginé par Daniel Larrieu pour être offert dans des lieux très divers, y compris en plein air.
Traversée de multiples présences
En short de sport ample, chemise à motifs, foulard sur les épaules et baskets jaunes, Sophie Billon se tient seule face à nous. Elle hésite à s’élancer comme si elle se laissait infuser par la musique. Les gestes qui surgissent petit à petit émergent d’une vibration intime. Ni emphase, ni démonstration, les déplacements sont subtils, tout en spirales. Le mouvement se déploie avec une fluidité ponctuée de ruptures et d’accélérations. Portée par la version pour piano à quatre mains du Sacre du printemps de Stravinsky, la danseuse fait surgir des images à travers lesquelles se dessinent des paysages. Sa qualité d’écoute est telle que même si l’écriture est très ciselée, elle semble se laisser aller à l’improvisation.
Virevoltante, traversée de multiples présences, elle use de son seul accessoire, un foulard coloré, pour emprunter des identités fugaces. L’énergie qu’elle dégage est à la fois juvénile et grave. Elle porte à bout de bras cet étonnant solo qui nous entraîne très loin sans jamais nous perdre.
S’affranchir du mythe
Face à cette version du Sacre, souvent associé à la puissance, au choc et à la violence rituelle, Daniel Larrieu donne corps à sa façon à cette intensité. S’il a choisi, contre toute attente, d’aborder cette œuvre dont on ne compte plus les versions chorégraphiques, il s’affranchit du mythe pour en proposer une lecture minimaliste et sensible, recentrée sur une interprète unique. Plus qu’un héritage à honorer ou à détourner, il l’investit comme un terrain d’expérimentation fertile.
Sacre de Daniel Larrieu
Créé le 7 juin 2025 à l’Atelier de Paris dans le cadre de JUNE EVENTS
Vu le 12 juin 2026 à la Maison populaire de Montreuil dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis
Durée 35 mn
Tournée
19 septembre 2026 au festival Constellations – Toulon
29 septembre 2026 à la CDCN de Soissons
28 octobre au 28 novembre 2026 dans différents lieux de l’Ain, l’Allier et le Rhône en partenariat avec la maison de la Danse de Lyon
Avec Sophie Billon
Musique enregistrée, version des sœurs Bizjak, édition Mirare
Costume – Melina Faka
Scénographie – Franck Jamin
Lumières – Christophe Poux



