Pierre-François Heuclin © Vaison Danses
© Vaison Danses

Pierre-François Heuclin : « Mon ambition pour Vaison Danses, l’excellence pour tous »

Directeur artistique de ce festival depuis 2018, ce passionné de danse a insufflé une nouvelle dynamique à cette manifestation. La 30e édition, qui se tient du 10 au 25 juillet, ne faillit pas à la règle qu’il s’est imposée : faire dialoguer de grandes compagnies reconnues avec des talents émergents.
29 juin 2026
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Vaison Danses fête ses 30 ans cette année. Quelle était votre ambition en reprenant la programmation de ce festival en 2018 ?

Pierre-François Heuclin : Je suis arrivé alors que Vaison Danses traversait une période de transition. Le Centre d’action culturelle qui portait le festival avait disparu et son avenir était sérieusement menacé. Heureusement, le public de Vaison-La-Romaine s’est fortement mobilisé pour défendre cette manifestation. Lorsque la mairie m’a confié la direction artistique, j’ai proposé un projet de relance construit sur trois ans. Mon idée était simple : inviter des compagnies qui n’étaient jamais venues à Vaison. Il fallait redonner un élan à un événement qui s’essoufflait un peu. En 2021, puis 2022, j’ai recommencé à convier certaines compagnies qui avaient marqué l’histoire du festival, comme Angelin Preljocaj, tout en poursuivant cette politique de découvertes et en fidélisant certains chorégraphes, comme Mourad Merzouki qui n’était jamais venu.

Comment construisez-vous votre programmation ?
In the brain de Hofesh Shechter pour la compagnie Shechter II © Todd MacDonald
In the brain de Hofesh Shechter pour la compagnie Shechter II © Todd MacDonald

Pierre-François Heuclin : Je cherche le meilleur équilibre possible entre les esthétiques – du néoclassique au classique en passant par la danse contemporaine, le flamenco ou le cirque –, les générations et les attentes du public. Pour résumer mon travail de programmateur, j’aime beaucoup cette phrase de Ramuz dans L’histoire du soldat : « on fait son métier, son petit métier ». Je dois programmer des artistes que les habitués connaissent et attendent, mais aussi les emmener vers d’autres propositions pour faire évoluer les regards. En 2025, Il Cimento dell’Armonia e dell’Inventione d’Anne-Teresa de Keersmaeker, invitée pour la première fois, a constitué un choc pour certains. Des pièces surprennent parfois, mais elles attirent aussi de nouveaux spectateurs. Cette année, je suis très heureux de la présence inédite d’Hofesh Shechter et de sa compagnie junior Shechter II avec In the brain.

Vous défendez des choix ambitieux tout en restant accessibles…

Pierre-François Heuclin : Mon ambition pour Vaison Danses, c’est l’excellence pour tous. Mais cette recherche d’équilibre est aussi dictée par une nécessité économique. Avec un théâtre antique de 3 000 places, une part importante du budget dépend de la billetterie. Il faut donc construire une programmation qui séduise sans renoncer à l’exigence. Et parfois se donner un peu de temps. Par exemple, en 2018, notre spectacle d’ouverture, Les Nuits Barbares d’Hervé Koubi, avait attiré environ 800 spectateurs. Ce chorégraphe est revenu en 2023 avec Sol Invictus et nous avons refusé du monde. Cela montre le chemin parcouru.

Y a-t-il des compagnies que vous rêvez encore d’accueillir ?

Pierre-François Heuclin : Bien sûr ! J’aimerais tellement inviter l’English National Ballet ! Et j’aurais adoré présenter le Giselle d’Akram Khan dans le théâtre antique. Mais c’est techniquement impossible. Mon futur rêve : Crystal Pite à Vaison…

Les spectacles prennent-ils une dimension particulière dans ce théâtre antique ?
Boléro de Thierry Malandain par le Malandain Ballet Biarritz ©Olivier Houeix
Boléro de Thierry Malandain par le Malandain Ballet Biarritz © Olivier Houeix

Pierre-François Heuclin : J’en suis convaincu. Il se passe quelque chose de particulier dans ce lieu, une sorte d’alchimie. Ce plateau est fait pour la danse. J’ai tendance à penser que les spectacles sont transcendés dans ce théâtre antique. Les danseurs, eux-mêmes, nous disent combien ils aiment revenir danser ici.

À côté du théâtre antique, vous avez développé une deuxième scène plus petite, le théâtre du Nymphée. Avec quel projet ?

Pierre-François Heuclin : C’est un théâtre de 400 places en plein air, qui a été progressivement rénové grâce au soutien de la mairie, notamment l’installation technique pour des pièces plus ambitieuses. Il est aujourd’hui consacré aux compagnies émergentes et aux nouvelles écritures chorégraphiques. L’association Les Amis de Vaison Danses finance cette programmation. Pour moi, l’une des missions d’un festival est d’accompagner les jeunes artistes. J’accueille notamment des lauréats des Sobanova Dance Awards dont je suis le parrain.

Parlez-nous du « off »… Vous êtes à l’origine de tous ces à-côtés ?
Mycelium de Christos Papadopoulos par le Ballet de l'Opéra de Lyon © Agathe Poupeney
Mycelium de Christos Papadopoulos par le Ballet de l’Opéra de Lyon © Agathe Poupeney

Pierre-François Heuclin : Je voulais que les festivaliers soient vraiment en immersion dans l’univers de la danse. Nous organisons des ateliers, des cours ouverts à tous, des répétitions publiques et une méga-giga barre au cœur de la ville. Tout le monde peut y participer sans avoir jamais pratiqué la danse. Tout est gratuit. En parallèle, des stages professionnels réunissent des danseurs venus de toute la France et même de l’étranger. Le festival devient ainsi un véritable lieu de transmission.

Le projet de compagnie éphémère que vous avez initié pour cette 30e édition participe-t-il de cette volonté ?

Pierre-François Heuclin : Le chorégraphe Nacim Battou, artiste associé à Théâtres en Dracénie, va travailler avec une douzaine de danseurs issus de plusieurs écoles locales pour créer une chorégraphie anniversaire. C’est important d’impliquer aussi de jeunes interprètes en formation. Il faut regarder vers l’avant.

Pour conclure, en quelques mots, comment résumeriez-vous l’esprit de Vaison Danses ?

Pierre-François Heuclin : Corps vivants, âmes libres !


Vaison Danses
10 au 25 juillet 2026 à Vaison-la-Romaine

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