Toujours debout

Édito du 01/06/2026
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Les nouvelles ne sont guère rassurantes. Les tensions s’accumulent, les inquiétudes grandissent et l’horizon du secteur culturel demeure incertain. Pourtant, partout sur le territoire, des femmes et des hommes continuent d’inventer, de transmettre et de rassembler. Malgré les obstacles, malgré les incertitudes, des initiatives fleurissent. Le spectacle vivant porte bien son nom.

À Lempaut, dans le Tarn, une association de bénévoles et quelques artistes défendent avec énergie l’idée que la culture est un droit, y compris loin des grandes villes. À Saint-Nazaire, les chorégraphes Julien Grosvalet et Vanessa Leprince lancent la première édition de LA Summer, un festival de danse qui ouvre le mouvement à tous les corps et à toutes les pratiques. À Aix-en-Provence, cent cinquante adolescents ont investi ce week-end la Fondation Vasarely pour en faire leur terrain de jeu artistique. Cent cinquante jeunes qui rappellent que l’envie d’art est bien là. Encore faut-il lui ouvrir les portes.

Cette vitalité ne doit pas masquer la réalité. Le secteur chorégraphique demeure fragile, sous-financé et encore insuffisamment considéré. Le SYNDEAC et plusieurs organisations professionnelles multiplient les propositions pour tenter de construire un avenir plus solide. Car derrière chaque création, chaque festival et chaque projet, il y a des équipes qui se battent au quotidien pour faire exister leurs idées.

Pourtant, l’art vivant ne se contente pas d’exister. Il prend la parole. Il revendique. Il milite parfois. Il ouvre des espaces de dialogue quand d’autres cherchent à les refermer. Le 12 juin, à l’Opéra-Comique, des artistes LGBTQIA+ monteront sur scène parce qu’il y a là une nécessité profonde. Le spectacle vivant n’est pas seulement un lieu de représentation. Il est aussi un refuge, un lieu d’émancipation et de visibilité, une manière concrète de faire société.

La disparition d’Edgar Morin, ce week-end, à l’âge de 104 ans, résonne étrangement avec tout cela. Lui qui n’a jamais cessé de penser la complexité du monde savait que l’espoir n’est pas une naïveté mais un acte de résistance. Continuer à créer, à réfléchir et à imaginer reste sans doute l’une des plus belles façons de lui rendre hommage.

Et puis, difficile de ne pas avoir une pensée pour Arnaud Denis. Hier, l’acteur et metteur en scène soufflait ses 43 bougies. Depuis plusieurs années, il affronte la douleur et les conséquences d’erreurs médicales qu’il dénonce devant la justice. Aujourd’hui en Belgique, où il reçoit des soins palliatifs, il continue à se battre pour que ses souffrances ne soient pas vaines.

Au fond, c’est peut-être cela qui relie toutes ces histoires. Créer, danser, jouer, transmettre, témoigner. Continuer quand tout pousserait à renoncer. Rester debout. Le spectacle vivant, lui, n’a jamais su faire autrement.

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