Cette année, la directrice de CIRCa, Stéphanie Bulteau, a débuté l’édito du programme par cette belle injonction : « Garder la tête haute ! ». De chapiteaux en salles de spectacles ou en plein air, sous le soleil comme sous la pluie, les festivaliers ont marché la tête haute pour toucher les étoiles, celles du cirque sous toutes ses formes.
Une ruche bourdonnante et active

Comme le veut la tradition à Auch, aux vacances de la Toussaint, on ne fête que les arts du cirque. Ainsi, les grandes comme les « petites » écoles de cirque peuvent débarquer avec leurs élèves. Il faut les voir dans les allées du site, sur les pelouses alentour, jongler, virevolter, danser et même faire du monocycle. C’est parfois bruyant, mais tellement vivant.
L’autre grande particularité de ce festival est d’accueillir durant toute la semaine des rencontres professionnelles. On croise entre deux réunions, aux spectacles et le soir au bar du festival, les directrices et directeurs des pôles cirques comme le Carré Magique de Lannion, le Plongeoir du Mans, l’Azimut d’Antony, La Cascade d’Alba-la-Romaine, l’Agora de Boulazac et autres organismes comme 2r2c (Village de cirque)… Ce qui entraîne de belles discussions.
Passeport pour l’avenir
Depuis son origine, le festival laisse une large place aux écoles supérieures. C’est ainsi que nous avons pu voir le travail des étudiants de 3e année de l’Esacto’Lido (L’école supérieure des arts du cirque) de Toulouse-Occitanie. Sous l’appellation Giovanni y les invisibles, ces jeunes circassiens ont présenté leurs numéros de sortie d’école. Nous avons vu le plateau A, servi par les très prometteurs Nastasja Jagodic (jongleuse), Thomas Genevet (roue Cyr), Mathias Alarcon (singulier clown ténor et jongleur), Juan De Las Casas (jouant avec son immense natte), Matias Numez (clown acrobate), Malena Del Frari (mât chinois) et Shana Abidts (tissu aérien).

CIRCLE est une série de spectacles courts issus d’ateliers de création proposés par des étudiants venus de 13 écoles internationales de la FEDEC et de 9 pays différents. Nous avons vu la proposition du SAB (Staatliche Artistenschule Berlin), dans laquelle trois jeunes filles et deux garçons ont démontré leurs belles aptitudes.
Premier jour, un dimanche festif
C’est dans le Parc du Couloumé que la compagnie Marcel et ses drôles de femmes avait posé son portique pour Masacrade. Spécialisés dans le spectacle de rue, Marine Fourteau, Angèle Guilbaud et Marcel Vidal Castells mélangent humour – sur le thème de la mort, c’est assez gonflé – et virtuosité aérienne. Dans un esprit potache, ils enchaînent leurs tableaux loufoques. On retiendra surtout ce petit morceau d’anthologie autour de Hamlet de Shakespeare.
Le soir, place au nouveau spectacle de la compagnie La Meute. Motel Cactus est une forme de cabaret, un peu fourre-tout, avec de la musique et des chansons, des happenings et des numéros divers. Tout fraîchement créé, si ce spectacle doit encore trouver son équilibre dans les styles et le propos, son énergie vivifiante met en joie.
Deuxième jour, un lundi au soleil

Sous le chapiteau du Collectif Sismique, au parc de la Boulée, nous découvrons leur spectacle, Ignis, dont l’élément principal est le feu ! Nous avons été sous le charme de l’univers de ce clown, Nicolas Fraiseau, jouant avec les flammes et toutes les métaphores liées à cet élément. Surprenant.
L’émerveillement nous attendait à la salle Mouzon, où la compagnie H.M.G. présentait Thaumazein. Pour ces histoires de rencontres (amoureuse, fraternelle, sociale), de séparations (mésentente, incompréhension) et de retrouvailles, Jonathan Guichard et Lauren Bolze ont inventé un nouvel agrès magnifique. Cette toupie géante et mouvante de six mètres de diamètre devient un terrain de jeu impressionnant pour ces deux magnifiques artistes défiant les lois de la gravité. C’est admirable.
C’est à la salle Bernard Turin, que se termine le périple de la journée avec Cloche, un spectacle qui met les sens dans tous leurs états, visuellement et musicalement. D’un côté vous avez Rémy Luchez, acrobate, danseur, clown, plasticien et magicien. Avec sa combinaison blanche et sa chapka en renard, ce clochard céleste défie la raison. De l’autre, un concert réunissant trois excellents musiciens chanteurs, Lola Calvet, Agathe Pitarch, Camille Perrin, qui nous chavirent. Le tout forme un objet théâtral impressionnant.
Troisième jour, un mardi entre poésie

Les caprices de la météo ont obligé les organisateurs à mettre à l’abri Frames, le spectacle d’Alexander Vantournhout. C’est donc dans ce lieu atypique qu’est le Boulodrome d’Auch, que l’artiste a posé ses trois espaces. Ils permettent de regarder sous des cadres différents un jeu de corps à corps, défiant là encore, comme dans Foreshadow les lois de la gravité. Alexander Vantournhout, Chia-Hung Chung, Axel Guérin et Emmi Väisänen sont des acrobates danseurs qui forment par leurs mouvements de véritables sculptures corporelles. Sans un souffle, hormis celui du vent dehors, ils évoluent avec des gestes lents et précis. C’est de toute beauté.
Et rires
Rien de tel que de finir la soirée dans de grands éclats de rire. Présenté en première mondiale au festival Montpellier Danse, le spectacle sans nom, « » de Camille Boitel et Sève Bernard, est une pépite drolatique sur le chaos et le désordre, s’inspirant des films burlesques de la grande époque, ceux du muet et surtout celui de H. C. Potter, le cultissime Hellzappopin. Un chef-d’œuvre.
CIRCa continue jusqu’au 25 octobre avec de très belles propositions. Cette année, vous pouvez retrouver l’ambiance du festival, jour par jour, grâce aux formidables podcasts audio conçus par Mathieu Dochtermann, Du cirque à l’oreille. C’est comme si on y était. À l’année prochaine.
Festival – CIRca
38e édition du Circque actuel – Auch (32)
Du 17 au 25 octobre 2025.
Pour les podcasts audio cliquez ici.
Giovani y les invisibles, ESACTO’LIDO – promotion 2022/2025,
CIRCLE, par les écoles de la FEDEC
Masacrade de la Compagnie Marcel et ses drôles de dames
Durée 45 mn.
Motel Cactus de la Meute
Durée 1h.
Ignis de et par Nicolas Fraiseau
Durée 1h.
Thaumazein de la Cie H.M.G.
Durée 50 mn.
Cloche de Rémy Luchez, Association des clous
Durée 1h.
Frames de la Cie Not Standing / Alexander Vantournhout
Durée 1h10.
« » de Camille Boitel et Sève Bernard, Cie l’Immédiat
Durée 1h10.