Inès Quaireau © Nathan Villanneau

Inès Quaireau, l’art de faire corps avec le plateau

Adapté de Peines Mineures, texte de Sonia Chiambretto publié à L'Arche en 2023, le solo mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo poursuit sa tournée à La Manufacture à Avignon. Rencontre avec une jeune comédienne à suivre.
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
J’étais en primaire, je devais avoir cinq ou six ans, c’était la kermesse de l’école. Je me souviens du stress et de la peur avant de monter sur scène. Quand j’ai commencé à chanter, tout s’est envolé. J’ai ressenti un soulagement et une vague de plaisir immense. Peut-être que je savais déjà que la scène allait être un de mes endroits préférés.

© Pauline Deboffles

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir cette voie ?
Vers treize ans, j’ai repris les cours de théâtre en atelier, sur les conseils de deux professeures du collège. Chaque jour de la semaine, je n’attendais que le vendredi soir pour aller à mon cours de théâtre. J’avais la sensation d’être moi-même là-bas. Au bout d’un mois, ma décision était prise. Je suis rentrée du cours et j’ai dit à mes parents : « Je vais faire du théâtre ma vie. »

Pourquoi ce métier ?
Jouer est ce qui me rend le plus heureuse. J’ai tellement de plaisir à être sur scène que j’en ai fait une priorité. Être comédienne me permet aussi de prendre la parole et de me faire entendre. Je choisis des projets qui me tiennent à cœur pour les sujets qu’ils racontent, défendent, dénoncent, et qui tentent de nous interroger sur notre société et ses mœurs.

Quelle est votre première expérience sur scène ?
J’avais sept ans et je jouais la présidente de la République. J’entre en scène, je commence ma phrase, « Mes chers compatriotes… », puis je m’arrête net. C’est le trou noir, je suis incapable de me rappeler mon texte, un vide intersidéral. Je me liquéfie sur place et j’entends les souffleuses qui s’époumonent pendant que le public commence à rire. Je souris, mal à l’aise, puis tout revient à mon esprit et je me remets à jouer, en sautant une demi-page du texte initial.

Passions et inspirations

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Mon plus grand coup de cœur scénique reste H6R3 de Thomas Jolly. Ce spectacle a été une révélation pour moi. C’était la première fois que je venais voir vingt-quatre heures de spectacle. J’ai été bluffée par l’inventivité de la mise en scène, par la manière dont la scénographie, les lumières et les costumes se réinventaient constamment. La joie avec laquelle les acteur·ices se donnaient à ce spectacle était si forte que j’avais moi aussi envie de les rejoindre sur le plateau pour participer à cette aventure folle.

Ce qui m’a aussi beaucoup touché dans ce spectacle, ce sont les réactions du public. J’avais l’impression d’être dans un stade de foot. Les gens faisaient des olas, hurlaient, pleuraient, riaient et chantaient ensemble. C’était un public que je n’avais pas l’habitude de voir au théâtre, un public plus jeune et moins bourgeois. Ça faisait du bien.

Photo de répétition © Pauline Deboffles

Quelles rencontres vous ont marqué ?
Mes professeurs de théâtre, Elisa Roblin, Anne-Lise Redais, Laurent Brethome et Clémence Larsimon, m’ont donné le goût du théâtre, du travail et du jeu ; ils m’ont poussé à me dépasser et ont créé le cocon parfait pour que je puisse découvrir, créer et m’amuser.

Sonia Chiambretto m’a bouleversée par son écriture, brute, incisive et poétique. Ses textes sont très intuitifs pour moi. J’ai l’impression que l’on parle le même langage, que l’on se comprend.

Marcial Di Fonzo Bo m’a fait confiance en m’offrant la chance de travailler avec lui. Il est à la fois d’une grande exigence, très précis dans ses demandes, d’une forte rigueur, mais ce qui est le plus important pour lui, c’est que je prenne du plaisir à jouer, que je m’amuse.

J’ai la chance de travailler avec Dylan Roncin, en tant qu’actrice mais aussi en collaboration artistique sur ses projets. C’est rare de trouver quelqu’un avec qui vous vous comprenez artistiquement, avec qui vous avez les mêmes envies, la même vision du théâtre. Au travail, on se complète et la confiance est telle que c’est vivifiant de créer avec lui.

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
C’est ce qui me pousse à sortir de mon lit chaque jour.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Je puise mon énergie dans la culture, en allant voir des spectacles, en lisant du théâtre mais pas seulement, en allant aussi au cinéma, et en me confrontant à celles et ceux qui ne sont pas issus du milieu culturel, à la vraie vie, en questionnant notre système.

L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
La scène est mon échappatoire, ma maison, mon refuge, l’endroit où j’apprends, où je m’amuse, où je me sens vivante et libre. Je trouve que c’est rare de se sentir au bon endroit et c’est ce que je ressens quand je suis sur scène.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Je le ressens dans le ventre, en plein dedans, ça bout à l’intérieur.

Rêves et projets
© Pascal Gely

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Je rêverais de travailler avec Lorraine de Sagazan, le Munstrum Théâtre, Thomas Jolly, Tiphaine Raffier, Vincent Macaigne et Patricia Allio. Je rêverais aussi de jouer les textes de Marcos Caramés-Blanco, Marine Chartrain et Sarah Hassenforder.

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Je rêverais de jouer dans un spectacle de vingt-quatre heures. Pour l’avoir vécu en tant que spectatrice, c’était déjà exceptionnel, alors en tant qu’actrice, ça doit être extraordinaire.

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Mon parcours serait une œuvre à l’état d’ébauche, pas près de se terminer, je l’espère.


Au Bon Pasteur : peines mineures (2) de Sonia Chiambretto
Création, spectacle vu en octobre 2025 aux Plateaux Sauvages
La Manufacture – L’extra – Festival Off Avignon
Du 4 au 12 juillet 2026 à 11h35, relâche le 9

Durée 1h

Tournée
9 au 12 décembre 2026 au Quai, CDN, Angers

Mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo assisté de Margot Madec
Avec Inès Quaireau

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