© Lou Sarda

Les Gestes d’après : L’introspection poétique de Coralie Émilion-Languille

À l'Artéphile, dans le cadre du Festival Off Avignon, l'autrice et comédienne adapte son livre éponyme dans un seule-en-scène qui regarde moins la blessure que le chemin parcouru. Entre rituel, poésie et communion avec le vivant, elle dessine le patient mouvement d'une femme qui reconquiert sa propre existence.
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Il y a quelque chose du chamanisme dans Les Gestes d’après, comme un rituel organique qui s’installe sans jamais chercher l’effet. Le décor se réduit à l’essentiel. Au sol, un tapis d’écorces. Suspendue dans les airs, une étrange composition évoque tout autant un chandelier végétal qu’un bouquet sauvage ou une offrande païenne. L’espace semble appartenir autant à la forêt qu’au conte.

Face au public, vêtue de noir, le regard habité, Coralie Émilion-Languille plonge en elle-même. Elle fouille, creuse, tente de mettre au jour ce qui l’empêche encore d’avancer, de grandir et de retrouver l’élan. Les mots surgissent par vagues, parfois privés de verbes, parfois affranchis de toute logique apparente. C’est dans cette matière fragmentée que se construit l’introspection.

Une déambulation vers la joie

L’inceste, qui traverse le spectacle, demeure presque toujours hors champ. Ce qui importe ici, c’est ce qui vient après. Peu à peu, tout ramène au vivant. À la terre d’abord, aux arbres, aux fleurs, aux animaux. La nature devient le lieu où une femme retrouve un souffle, une manière d’habiter à nouveau le monde.

Derrière une joie naïve, presque enfantine, se devinent une longue mélancolie, des amours défaites, une tragédie intérieure que la comédienne exorcise sans jamais la nommer frontalement. Le spectacle peut désarçonner ceux qui cherchent une narration limpide ou qui s’arrête à la surface singulièrement poétique de l’œuvre. C’est ailleurs que tout se joue, dans les silences, les images et ce que les mots choisissent de taire. Peu à peu apparaît une femme qui s’est délestée des injonctions sociales autant que de ses propres fantômes.

Adapté de son livre publié aux éditions Unicité, Les Gestes d’après affirme que les blessures ne disparaissent jamais tout à fait, mais qu’elles peuvent cesser de gouverner une vie. Lorsque résonne cette phrase, « Je ne suis plus un peu heureuse, je suis très heureuse ! », elle marque l’aboutissement d’un long chemin intérieur. Enfin, la femme meurtrie retrouve sa liberté et sa paix.


Les Gestes d’après de Coralie Émilion-Languille
d’après son roman éponyme paru aux Editions Unicité
L’ArtéphileFestival Off Avignon
du 40 min environ

Mise en scène de Benjamin Georjon & Coralie Émilion-Languille |
avec Coralie Émilion-Languille |  
Création univers sonore d’Arnaud Vernet le Naun
Création lumières de Gaspard Gauthier
Scénographie  deLaure Montagné
Création costumes de Gwendoline Grandjean

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