© Pauline Le Goff

Mémoire courte : Quand les non-dits deviennent héritage

Dans le cadre du Festival SPOT #12 du Théâtre Paris-Villette, Marie Dompnier et Jan Peters explorent avec finesse et humour les secrets de famille qui façonnent nos vies, parfois jusqu’à l’absurde.
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Un homme, Bertrand (Benoît Delbecq), pianiste taiseux, refuse d’évoquer le passé et se réfugie dans la musique. Son quotidien bascule lorsque Mathilde, sa jeune sœur (Marie Dompnier), surgit avant un long voyage. Elle lui confie quelques objets, des plantes à soigner, des oiseaux à nourrir… mais derrière ces prétextes affleure une obsession : qu’est-il arrivé à leur grand-mère, et pourquoi leur a-t-on caché son existence ?

Le secret de Rose
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© Pauline Le Goff

La fratrie découvre en effet, le jour de son enterrement, que cette grand-mère, que l’on croyait morte, était internée depuis plus de trente ans dans un hôpital psychiatrique. Mathilde se lance alors dans une enquête pour redonner un visage à cette aïeule effacée de leur mémoire familiale. Elle interroge les siens, tente de déterrer les mensonges et porte en elle, malgré elle, les stigmates de cet héritage. Le silence, la folie dissimulée et la mémoire amputée pèsent sur son présent. Bertrand, lui, reste rivé à son piano, incapable de trouver d’autres mots, que les notes mélancoliques de Schumann. Entre eux se creuse un face-à-face. Que reste-t-il d’une histoire familiale lorsqu’elle a été rongée par l’oubli ?

À travers cette quête intime, c’est tout un pan de mémoire qui ressurgit. On découvre une mère murée dans le silence et une grand-mère enfermée pour avoir rejeté le carcan des années 50. Était-elle réellement folle ou simplement avide de liberté ? La question reste suspendue, mais les blessures se transmettent de génération en génération.

Entre humour et mélancolie

En naviguant d’une époque à l’autre, les comédiens recousent les morceaux d’une histoire familiale éclatée. D’absurdités en confidences, ils dessinent le portrait de trois générations de femmes cabossées, traversées par le poids des secrets.

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Avec délicatesse et dérision, Marie Dompnier et Jan Peters – irrésistible en voisin excédé – donnent corps à une œuvre douce-amère où mots et musique se répondent. Épatante, Marie Dompnier passe d’un registre à l’autre avec une aisance bluffante, oscillant entre humour, gravité et émotion à vif. Plus discret, Benoît Delbecq confère à Bertrand une intensité retenue, tout en nuances.

Née de la rencontre de trois artistes, Mémoire courte ne cherche pas à livrer une vérité, mais à ouvrir des brèches. En mêlant récit intime et partition musicale, la pièce révèle les silences familiaux, les blessures invisibles et la mémoire des femmes qui traversent les générations. Si elle n’apporte pas de réponses définitives, elle éclaire nos manques et nos failles à travers une fable espiègle et sensible. Drôle, touchante, parfois elliptique, elle emporte le spectateur tout en l’invitant à interroger sa propre histoire.


Mémoire courte de Marie Dompnier et Jan Peters
Festival SPOT #12
Théâtre Paris Villette
les 15 et 16 septembre 2025
durée 1h05

Mise en scène de Jan Peters
Musique de Benoit Delbecq
Avec Marie Dompnier, Benoît Delbecq & Jan Peters
Lumières de Fabrice Ollivier 
Scénographie de François Gauthier-Lafaye
Costumes de Brigitte Faur-Perdigou 

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