Afficher La Jalousie au Théâtre de la Michodière ne manque pas d’humour. Pour la petite histoire, cette salle prestigieuse a été durant de longues années dirigée par le couple Pierre Fresnay et Yvonne Printemps, la deuxième épouse de Sacha Guitry. Ce dernier ne lui a jamais pardonné de l’avoir quitté.
Si Guitry était conté

Guitry ne fut joué à la Michodière que trois fois. En 1986, avec La prise de Berg-op-Zoom, mise en scène de Jean Meyer, avec Daniel Prévost et Claude Gensac ; en 2009 avec Désiré, par Serge Lipzyc, avec Robin Renucci et Marianne Basler ; et en 2019 avec N’écoutez pas Mesdames !, mis en scène par Nicolas Briançon avec Michel Sardou et Nicole Croisille.
Sacha Guitry est une figure emblématique du théâtre français du XXe siècle. Ses propos sur le mariage – qu’il considérait comme étant une vaste comédie -, les femmes qu’il aimait tant et son ego démesuré, le font passer pour un misogyne. L’était-il vraiment ? Décrivant admirablement les contradictions des hommes, la complexité des relations amoureuses, il explore, dans un style inégalable, les mœurs de son époque, où la femme était souvent un faire-valoir.
Une reproduction brillante
C’est exactement ce que Michel Fau met en place avec sa mise en scène très soignée. L’artiste a un style esthétique qu’il développe dans tous ses spectacles. Le décor de Nicolas Delas, les lumières de Joël Fabing, les somptueux costumes de David Belugou, les maquillages et coiffures de Pascale Fau forment une représentation joyeuse et colorée de ce début du XXe siècle. Cet écrin lui permet de mettre en valeur les propos de l’auteur et d’en révéler la saveur. C’est ainsi qu’il a sorti du purgatoire Roussin, Barillet et Grédy, et bien évidemment Guitry, dont il avait monté Nono, en 2010.
Un vaudeville bien troussé
Albert Blondel (Michel Fau) est un haut fonctionnaire qui brigue la Légion d’honneur. Rentrant chez lui après avoir trompé sa femme, il cherche quel mensonge lui servir pour expliquer son retard. Or celle-ci n’est pas encore rentrée. Il est sauvé. Marthe (Gwendoline Hamon) arrive et lui donne des explications qui, ressemblant à celles qu’il avait imaginées, lui mettent la puce à l’oreille. Et s’il était cocu ? Fou de jalousie, il tente de la prendre la main dans le sac. À force de la soupçonner d’un fait qu’elle n’a pas commis, sa fidèle épouse va réagir, mais pas comme il l’espérait.
Une troupe expérimentée

Le phrasé unique qui caractérise Michel Fau sied à merveille à la langue de Sacha Guitry. Incarnant parfaitement la mauvaise foi et le délire égotique de Blondel, le comédien nous régale à chaque réplique. Ne travaillant pas, la fonction de Marthe est d’être à la disposition des intérêts de son époux. S’il la quitte, elle n’a plus rien. Parée de magnifiques atours, jouant de ses charmes et de sa bonne foi, donnant à son personnage une force de caractère appréciable, Gwendoline Hamon est admirable.
Dans le rôle de l’amant potentiel, un jeune auteur imbu de lui-même, Alexis Moncorgé révèle un admirable sens du comique. Il forme avec la délirante Fabienne Galula, dactylographe maladroite, un duo inénarrable. En mère protectrice de Marthe, qui a tout compris de la vie, Geneviève Casile est remarquable de finesse. Léo Marchi, Alexis Driollet et Joseph Tronc servent habilement les rôles des valets et du détective privé. Ce bel ensemble fait merveilleusement résonner la comédie de Guitry, qui donne aux femmes le beau rôle. Bravo.
La Jalousie de Sacha Guitry
Théâtre de la Michodière – Paris
Du 16 octobre 2025 au 7 mars 2026.
Durée 1h40.
Mise en scène de Michel Fau
Avec Gwendoline Hamon, Michel Fau, Alexis Moncorgé, Geneviève Casile, Fabienne Galula, Alexis Driollet, Joseph Tronc, Léo Marchi.
Assistant mise en scène Quentin Amiot
Décor de Nicolas Delas
Costumes de David Belugou
Lumières de Joël Fabing
Sons d’Antoine Le Cointe
Maquillage et coiffure de Pascal Fau
Création perruques Maison Messaï.