LEXIKON
© Barbara Sanchez Palomero

El Conde de Torrefiel signe avec LEXIKON une exploration inaboutie du pouvoir du langage

Dans ce projet divisé en cinq séquences, le collectif espagnol se questionne sur les caractéristiques qui nous permettent de nous définir comme êtres humains. Un spectacle foisonnant, dont la mise en œuvre s’avère parfois paresseuse.
29 avril 2026
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Dans l’obscurité de la salle du Théâtre Maria Guerrero à Madrid, une lumière rouge vif et un son strident prennent tout le monde par surprise. Pourtant, pas de film d’horreur à l’horizon : passé ce court moment, l’obscurité et le silence regagnent la salle. Puis, une poignée de comédiens apparaît sur le plateau. Quatre d’entre eux se mettent à peindre sur une toile vierge, des travaux manuels qui s’étirent sur de longues minutes, jusqu’à ce qu’un motif se dessine enfin sur le fond blanc.

De toute évidence, le groupe est en train de reproduire une œuvre de Jean-Michel Basquiat, comme le commente une cinquième actrice qui les observe et décrit leurs gestes. Drôle d’introduction, pour un drôle de spectacle, dont le titre LEXIKON peut littéralement se traduire comme « collection de mots ».

Une performance sensorielle
© Barbara Sanchez Palomero

Divisée en cinq parties inégales, cette performance très sensorielle tente de répondre à une question très ambitieuse : « Qu’est-ce qui nous définit comme êtres humains ? ». Si, sur scène, El Conde de Torrefiel n’apporte pas de réponse toute faite – et c’est heureux –, le collectif tente néanmoins d’apporter quelques pistes aux spectateurs. Ce qui fait l’être humain, c’est le pouvoir du langage, nous glisse une très cérébrale voix off. Ce sont aussi tous ces moments, ces bugs, durant lesquels le langage est détourné de lui-même.

Exemple à l’appui avec cette grosse et terrifiante marionnette humanoïde, qui s’adresse à l’ensemble de la salle comme une véritable personne, avant que le comédien qui l’anime s’en extraie ostensiblement. Ou quand, lors d’une manifestation d’art contemporain, deux espiègles touristes espagnoles choisissent de regarder, par derrière, un artiste qui pose nu, afin d’observer le pénis qu’il planque entre ses cuisses.

Une temporalité pertinente
© Barbara Sanchez Palomero

Difficile de ne pas voir que LEXIKON s’inscrit dans une temporalité pertinente. À l’heure où les progrès de l’intelligence artificielle menacent de transformer le monde dans des proportions que l’on ne connaît pas encore, comment ne pas se demander ce qui fait notre la singularité de notre espèce ? Las, la performance, en s’articulant comme une expérience, cède parfois à la facilité.

C’est le cas lorsque le spectacle s’amuse de l’art contemporain avec des remarques maintes fois entendu, ou lors de la réutilisation des mêmes ressorts de mise en scène, d’une séquence à l’autre. L’expérience LEXIKON aurait pu être incroyablement revigorante, elle s’avère un brin longuette.

Envoyée spéciale à Madrid

LEXIKON de El Conde de Torrefiel
Théâtre Maria Guerrero – Madrid
Du 24 avril au 24 mai 2026
Durée : 2h.

Écriture Tanya Beyeler et Pablo Gisbert
Mise en scène Tanya Beyeler et Pablo Gisbert
Avec Tanya Beyeler, Carmen Collado, Amalia Fernández, Ion Iraizoz et Mauro Molina
Idée originale El Conde de Torrefiel
Assistant de mise en scène Roberto Baldinelli
Scénographie Isaac Torres, El Conde de Torrefiel, Decohogar Ontinyent, Aluminios Planelles
Lumières Andrea Forlenza
Son Rebecca Prago
Espace sonore Uriel Ireland
Costumes Mireia Donat Melús et Javier Muños Pérez

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