L’autofiction est le style choisi par Frédérique Voruz pour chacun de ses spectacles. Le premier Lalalangue était un seule-en-scène autobiographique autour de sa mère toxique. Le grand jour, pièce chorale et tragicomique, racontait l’enterrement de cette Folcoche, dans un beau règlement de compte familial. En abordant les difficultés pour devenir mère à son tour, Chimère, s’inscrit comme une suite logique.
Quand je serai grande…

L’humour, bouclier contre les affres de la vie, est omniprésent dans le travail de l’autrice et metteuse en scène. Le début de son spectacle, où l’on découvre une petite fille – Stella – chantant dans un cercle de lumière à des animaux imaginaires à la manière de Blanche Neige, déclenche de grands éclats de rire. Ces mêmes rires grandissent à l’apparition de la fée qui ne comprend pas l’unique désir de cette petite « souillon » : un enfant. Ce personnage, qui a tout de la sorcière, est interprété avec le décalage nécessaire par Frédérique Voruz et reviendra, telle la conscience, tourmenter Stella.
Se battre contre les chimères
Un saut dans le temps et nous retrouvons la protagoniste. Quelque chose s’est bloqué, elle ne parvient pas à tomber enceinte. La quarantaine approchant, il devient urgent d’arrêter d’écouter tout et n’importe quoi et de faire appel à la science. Mais là encore, c’est l’échec. Convaincue de porter en elle une malédiction familiale et de ne pas mériter de devenir mère, elle lâche prise. Madame la fée finit par s’en mêler et la petite Céleste paraît.
Dans un style nourri par la délicatesse de la poésie et la fantaisie de l’humour, Frédérique Voruz raconte les protocoles médicaux, les doutes et questionnements qui en découlent. À travers le « microchimérisme », concept scientifique sur l’échange des cellules entre la mère et l’enfant pendant la grossesse, elle aborde cette longue chaîne qui unit les êtres depuis des générations.
Une troupe solide

Ce voyage intime de Stella est porté par la merveilleuse Rafaela Jirkovsky. Chantant divinement, la jeune comédienne, découverte dans Électre des Bas-fonds de Simon Abkarian, incarne à la perfection son personnage, submergé par les émotions. Le solaire Yuriy Zavalnyouk s’est glissé avec une belle sensibilité dans la peau du compagnon aimant et patient de Stella. Salomé Dénis Meulien (Punk·e·s) et Éliot Maurel interprètent dans une belle diversité les autres personnages, dont les énigmatiques cellules.
Une féerie d’images
Jouant des métaphores, Frédérique Voruz a construit sa mise en scène autour d’un univers visuel très fort. Sa scénographie bâtie autour de cercles évoque la matrice. La musique d’Éliot Maurel (Scélérates), jouée en direct, apporte à l’histoire une dimension musicale plus proche d’un film de Tim Burton que d’un dessin animé de Disney. Ce conte musical fantasque résolument moderne nous réconcilie avec la vie, celle qui se crée malgré tout et qui fait que ce monde continue de tourner encore.
Chimère, texte et mise en scène Frédérique Voruz
Petite Salle du Théâtre du Soleil – Paris
Du 5 au 17 mai 2026
Durée 1h35.
Du 4 au 25 juillet 2026 au Théâtre des Halles – Festival Off Avignon.
Avec Rafaela Jirkovsky, Yuriy Zavalnyouk, Salomé Dénis Meulien, Éliot Maurel, Frédérique Voruz
Création et interprétation musicale Éliot Maurel
Lumière Geoffroy Adragna
Conseil création sonore Thérèse Spirli
Assistant à la mise en scène Alexandre Babey
Costumes Micha Liebgott
Design graphique & illustration Justine Jacquot-H.