Bopkyta, qui se prononce « Vorkouta », appartient comme Kolyma à ce grand Archipel des goulags. Selon les estimations, dix à dix-huit millions de personnes séjournèrent dans ces camps. Victimes de maladies et de traumatismes provoqués par la faim, l’épuisement et le froid, ou sous les balles des gardiens, beaucoup de prisonniers y trouvèrent la mort.
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, des soldats allemands y ont été détenus, condamnés aux travaux forcés, malgré la convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Parmi eux, le grand-père maternel de Rainer Sievert, comédien formé à l’école du Mime Marceau, ayant joué dans les spectacles notamment d’Ariane Mnouchkine, de Guy-Pierre Couleau ou de Christophe Rauck.
Se (re)construire avec la mémoire
Un humour savoureux règne lorsqu’il évoque l’histoire familiale. En abordant les faits historiques, le ton devient plus pédagogique. Au centre de la narration, très solide, de ce Candide face à l’histoire, il y a une enquête à travers les archives allemandes et françaises, les russes étant inaccessibles depuis la guerre en Ukraine. Archives familiales, photos, lettres, souvenirs rapportés leurs répondent. L’objectif est de comprendre de quelle manière un paysan, exempté de guerre, s’est retrouvé sur le front de l’Est. Comment il a fini par suivre scrupuleusement les ordres pour affamer et assassiner la population des territoires occupés. Pourquoi, une fois guerre froide installée, ce soldat s’est retrouvé à passer neuf ans au goulag.
Accompagné du musicien Manuel Langevin, avec lequel les mots dialoguent, se mouvant dans la scénographie étonnante de Wilfrid Schick et la mise en scène fluide de Lionel Parlier, Rainer Sievert, conteur hors pair à l’accent délicieux, nous entraîne à suivre ce destin d’un homme ayant été au service des nazis et fut victime du système soviétique. Rainer Sievert dessine une fresque européenne, passionnante et bouleversante, du XXe siècle.
Bopkyta, le voyage à l’Est de Rainer Sievert
Spectacle vu à l’Azimut à Anthony le 14 avril 2026
Petit salle du Théâtre du Soleil – Cartoucherie – Paris
Du 20 mai au 14 juin 2026
Durée 2h.
Mise en scène Lionel Parlier
Avec Rainer Sievert, Manuel Langevin
Scénographie, lumière, images Wilfried Schick
Musique Manuel Langevin
Création son Étienne Martinez
Régie Joris Sievert
Collaboration texte Valérie Moinet
Dramaturgie Marc Wels.