Face à l’œuvre de Nicolas Doutey, il n’est pas rare d’être désarçonné. D’un texte à l’autre, le dramaturge cultive des obsessions bien singulières. De son Dialogue avec ce qui se passe mis en scène par Adrien Béal, à ces Pensées dont s’empare Sylvain Maurice, l’objectif est le même : prendre une poignée de personnages qui vont, au fil des événements, réaliser qu’ils sont capable de penser, et pourquoi pas à plusieurs, avec toute l’absurdité que cela peut supposer. En bref, il s’agit d’ausculter à la loupe la manière dont se façonnent nos vagabondages intérieurs. Le tout avec ferveur et une rigueur quasi scientifique.

Ce nouveau spectacle, aux faux airs d’En attendant Godot de Samuel Beckett, ne fait donc pas exception à la règle. Sur scène, Paul et Ida sont assis sur un banc, face au public. Ils attendent Bill, certainement un ami dont on ne saura finalement rien, sinon qu’il ne viendra jamais. Soudain, Ida s’illumine. Jeanne Louis-Calixte, formidable de fantaisie et de légèreté, insuffle à son personnage une joie communicative. « Quelque chose dans mon esprit s’active, j’ai une pensée. (…) C’est à propos du matin. Je suis très attentive à ce qui concerne le matin », s’enthousiasme la jeune femme.
Accompagnés par la guitare du musicien Laurent Grais, les deux jeunes gens décrivent tour à tour la manière dont une pensée naît et se construit dans leur esprit. Ils découvrent bientôt qu’il est possible de la transmettre en la partageant avec l’autre.
Enchaîner les bons mots

Sylvain Maurice offre un bel écrin à ce spectacle qui, du début à la fin, fait le pari de se réjouir, de bout en bout, de micro-événements. Il mise notamment sur ses deux attachants personnages qui, ahuris et joyeux, offrent une gaieté bienvenue à l’ensemble.
C’est en revanche du côté de l’écriture que le spectacle déçoit. En mettant au premier plan la possibilité de transmettre les pensées, Nicolas Doutey touche à une question fondamentale : celle de l’accumulation des connaissances et de leur partage, au fondement même de nos sociétés démocratiques. Le dramaturge tenait là la matière d’une réflexion aussi poétique que vertigineuse sur la naissance des sociétés du savoir. Las, l’occasion est manquée. Plutôt que d’explorer la portée révolutionnaire de cette intuition, il lui préfère les bons mots et les anecdotes. La pièce enchaîne alors les saillies drolatiques et les situations gentiment absurdes, au risque de demeurer un spectacle aussi aimable qu’inoffensif.
Les Pensées, d’après Nicolas Doutey
Du 18 au 20 juin 2026
Théâtre Olympia – CDN de Tours
Durée : 50mn.
Tournée
Le 28 juillet au Festival Beckett – Roussillon
Du 14 au 17 octobre au Théâtre de la Ville – Paris
Texte Nicolas Doutey (Éditions Actes Sud-Papiers juin 2026)
Mise en scène Sylvain Maurice
avec Mikaël-Don Giancarli, Jeanne Louis-Calixte et Laurent Grais (musique)
Lumière Rodolphe Martin



