Debout face au public, c’est peu dire qu’Alice est désœuvrée. « Il faut que j’écrive à mon neveu », répète-t-elle de manière obsessionnelle, le visage grave. La jeune femme est accompagnée de deux amis, Sol et Nola, qui tantôt recouvrent un mur vierge de peinture, tantôt relèvent la cocasserie de la situation. Il faut dire qu’Alice insiste : lundi, déjà, elle pensait à écrire à son neveu. Elle ne l’a pas fait, et maintenant cette pensée revient. Mais plus de la même manière qu’auparavant.
À force d’attendre, il semblerait que l’état d’esprit dans lequel était Alice, la première fois qu’elle a songé à écrire à son neveu, se soit perdu. « Je me sens étalée », explique-t-elle encore, avec ce même air hagard qui ne la quittera plus de tout le spectacle. Pour l’aider, les deux amis se mettent alors à « représenter » le lundi. Table et lampe de bureau à l’appui, ils reconstituent minute par minute la journée d’Alice. Pour l’aider à mieux retrouver le fil de sa pensée.
Cocasseries

Absurde ? Sans doute. On décèle dès les premières minutes de ce Dialogue avec ce qui se passe l’ambition de Nicolas Doutey et Adrien Béal, les deux hommes à l’initiative de ce spectacle : mettre le flux de nos pensées en boîte, ausculter les vagabondages de notre esprit, et capter, d’une manière sensorielle, le temps qui passe. L’initiative est singulière. Intéressante, aussi. Elle a surtout le mérite de souligner l’incroyable accélération de nos vies contemporaines. Aujourd’hui le temps nous manque, plus personne n’a le loisir de s’intéresser au temps qui s’écoule.
Côté scène, cette intention donne bien lieu à quelques cocasseries. C’est le cas avec l’arrivée d’un quatrième personnage, Moe, qui débarque sur le plateau trempé et participe à la reconstitution du lundi, comme si tout cela était la chose la plus normale qui soit : « Vous êtes dans des choses spécifiques, mais après tout, pourquoi pas. »
Un goût d’inachevé

Dialogue avec ce qui se passe est ainsi émaillé de quelques gags, sans jamais tout à fait verser dans le comique. Au fil de la pièce débarquent encore deux nouvelles figures, Ira et Lev, venus contempler la situation et s’enquérir de ce qu’il se trame à l’extérieur.
Le décalage des situations vire parfois à l’anecdotique. À d’autres moments, le spectacle semble gagner en profondeur. Comme lorsque que, face au mur que les amis sont en train de peindre, Ira déclare, évoquant mystérieusement la situation d’un immeuble à quelques kilomètres : « Ce n’est pas parce que ça ne s’adresse pas directement à nous que ça ne nous concerne pas. » Dommage alors que le spectacle se refuse à explorer davantage ce qu’il aurait à nous dire. Ainsi coincée entre deux registres, l’expérience est un peu vaine.
Dialogue avec ce qui se passe de Nicolas Doutey
Théâtre Public de Montreuil
Du 28 janvier au 6 février 2026
Durée : 1h15.
Tournée
Du 10 au 12 février 2026 au Théâtre Joliette – Marseille
Du 17 au 20 mars 2026 au Théâtre des 13 vents – Montpellier
9 et 10 avril 2026 au Théâtre du Bois de l’Aune – Aix-en-Provence
Texte Nicolas Doutey.
Mise en scène Adrien Béal.
Assistanat à la mise en scène Alice Roudier.
Collaboration artistique Yann Richard.
Jeu Lou-Adriana Bouziouane, Pierre Devérines, Émile-Samory Fofana, Julie Lesgages, Louis Lubat, Laurence Mayor.
Scénographie Lucie Gautrain et Daniel Jeanneteau.
Costumes Elise Garraud.
Lumière Juliette Besançon.
Régie générale et son Martin Massier.
Régie lumière Théo Tisseuil.
Participation création décor Blandine Massier.
Administration et production Pierre Moinet, Fanny Paulhan.