© G.Astier Perret

Après moi, le déluge : (LA)HORDE sous le poids de l’effondrement

En création mondiale au festival Montpellier Danse avant de rejoindre le Festival de Marseille, le collectif présente sa troisième création avec le ballet marseillais dont il assure la direction. Un spectacle qui repose essentiellement sur sa scénographie et les images qu’elle crée, engageant les interprètes dans un travail d’endurance et de performance plastique, plutôt que d’interprétation chorégraphique.
1 juillet 2026
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Derrière un rideau transparent, sur un parquet surélevé, les danseuses et danseurs du Ballet national de Marseille sont presque immobiles. En place depuis l’ouverture des portes au public, elles et ils sont en réalité en plein effondrement. Un épuisement long, lent, quasiment invisible, mais qui apparaît soudain quand un corps tombe tout à fait au sol. L’image est faite pour être regardée, attirer l’œil vers le plateau avant même que la représentation commence et prendre conscience d’une scénographie qui, si elle ne s’est pas encore pleinement dévoilée, s’annonce imposante.

Souriez, vous êtes filmés
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Au premier plan, surplombant la scène, une caméra aux allures de périscope sous-marin tourné vers la salle filme le public en train de s’installer. La vidéo sera inversée et diffusée comme fond d’écran du premier tableau de cette nouvelle création. Une chorégraphie elle-même réalisée en marche arrière, comme rembobinée depuis la fin, à l’image de la bande son qui l’accompagne. Bien que les mouvements manquent de précision, l’effet est posé. Le rideau peut alors s’ouvrir sur un nouveau chapitre.

Au plateau, le parquet s’est soulevé. En son centre, les interprètes ont démantelé les lattes pour révéler un immense trou. En d’autres termes, la terre s’est ouverte sous leurs pieds. Après moi, le déluge se place alors dans la lignée de ces spectacles dont on ne sait plus s’il faut regarder la scène ou l’écran. S’emparant donc de la caméra qui filmait jusqu’alors les spectateurs, danseuses et danseurs se filment, toutes dents dehors, et font passer l’appareil de main en main pour que chacun ait son heure de gloire. Les sourires sont forcés, de plus en plus effrayants alors que musique et lumière suggèrent un monde qui va toujours plus mal.

Tout ce qui brille

Comme attirés par la lumière du flash, depuis un entre-deux-mondes qui se situerait tout juste sous la couche épidermique de la planète, les interprètes semblent ne jurer que par ce qui brille. La métaphore de la gloire virtuelle est évidente et s’étire, d’un plan similaire à l’autre, au fil d’allées et venues entre le trou béant et ses dessous, encore invisibles depuis le public. Mais la scénographie n’a pas encore révélé tout son potentiel, elle s’apprête sans grande surprise à ouvrir un nouvel espace.

© G.Astier Perret

Cette fois-ci, le décor est souterrain, le parquet est suspendu dans les airs et le trou a laissé place à un bassin rempli d’eau. Ici trois créatures aux airs de vieux humains semblent avoir depuis longtemps perdu le contact avec la surface, d’où vient de tomber le corps d’une jeune femme. Autour d’eux la fumée souffle en permanence une atmosphère manifestement étrange, dans ce lieu inspiration fantastique aux parois en miroir. Deux autres silhouettes, cheveux longs jusqu’aux chevilles, arrivent en salvatrices et esquissent quelques ondulations capillaires de nymphes puis raccompagnent la survivante à l’orée du gouffre.

Entre deux mondes

Là-haut, les humains continuent de danser comme ils peuvent autour de cette bouche immense qui donne vers les entrailles de la Terre. Dans sa grandeur, la scénographie contraint les corps à se contenter d’espaces restreints. De fait, la chorégraphie cherche sa place dans ce rapport déséquilibré qui pousse nécessairement à déborder du cadre sans y trouver de véritable élan. Et si l’endurance des interprètes est mise à rude épreuve dans cette avant-dernière partie, la danse peine à s’imposer dans la redondance des gestes et des figures.

Enfin, retour en sous-sol pour un ultime tableau, dans lequel les humains ont cette fois muté en être hybrides, affublés d’une patte d’éléphant ou d’une queue de lémurien. Là encore, ce sont les images qui priment, davantage que le travail de la physicalité animale. Les tours d’enceintes ont cessé de diffuser une création sonore écrasante pour laisser place à une ambiance plus naturelle, plus apaisée. C’est la scène finale, sans aucun doute, bien qu’elle se poursuive au-delà du temps nécessaire pour la lire.

Corps et ballet

Après moi, le déluge tente ainsi d’ouvrir des espaces possibles dans la continuité d’un effondrement. Pour cela, (LA)HORDE convoque des univers plus ou moins universels inspirés de fantasy, de science-fiction ou de pop culture. Mais en mettant au centre la question de la scénographie – au demeurant intéressante sur le papier –, le collectif se laisse broyer par son dispositif, y laissant notamment son écriture chorégraphique. Dommage, pour un ballet, qu’il faille autant en chercher le corps.


Après moi, le déluge de (LA)HORDE
Le Corum dans le cadre du festival Montpellier Danse
30 juin et 1er juillet 2026
Durée 1h10

Tournée
5 au 8 juillet 2026 au Festival de Marseille
12 au 15 août 2026 au Summer Festival Kampnagel – Hambourg
20 au 22 août 2026 au Berliner Festspiele
5 au 12 septembre 2026 au Théâtre de la Ville – Paris
1er au 4 octobre 2026 au Festival Romaeuropa
9 au 11 octobre 2026 au Mercat de les flors – Barcelone
6 au 8 novembre 2026 au Central La Louvière avec Charleroi Danse
13 au 15 novembre 2026 à Desingel – Anvers
10 au 11 décembre 2026 au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence – Les Théâtres
11 au 13 mars 2027 à la MC2: Grenoble
19 au 24 mars 2027 à la Maison de la danse – Lyon
4 au 5 mai 2027 au Théâtre de Lorient
26 au 28 mai 2027 à la Comédie de Clermont-Ferrand

Pièce pour treize danseur·euses
Conception, mise en scène : (LA)HORDE — Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
Chorégraphie : (LA)HORDE en collaboration avec les danseur·euses et les répétiteur·ices du Ballet national de Marseille
Assistante artistique : Nadia El Hakim
Collaborateurices artistiques chorégraphie : Valentina Pace, Jacquelyn Elder, Angel Martinez Hernandez, Julien Monty
Regard extérieur : Alain Damasio
Scénographie : Julien Peissel en collaboration avec (LA)HORDE
Ingénierie : Hervé Cherblanc
Conseillers techniques scénographie : Rémi d’Apolito, Julien Parra, Sébastien Mathé
Coordination artistique : Nadia El Hakim
Musique originale : Pierre Aviat
Création lumière : Eric Wurtz en collaboration avec Gaspard Juan
Conception costumes : Salomé Poloudenny en collaboration avec (LA)HORDE
Réalisation costumes : Studio Salomé Poloudenny

Cheffe d’atelier : Sandra Pomponio
Assistante costumes : Agathe Palthey
Construction décor : les ateliers de la Comédie de Genève, Sud Side les ateliers spectaculaires/Marseille
Constructeurs de la Comédie de Genève : Yannick Bouchex, Hugo Bertrand, Balthazar Boisseau, Janju Bozon, Wondimu Bussy. Remerciements à : Yves Frohle et Pierre Olympieff
Peintres-sculpteur·ice·s : Osman El Hakim, Myriam Valet, Sandrine Boutin, Soliman El Hakim
Peintre du tapis : Cristian Zurita
Réalisation coque caméra : Marius Perraud
Visuel d’arrière-plan : Felix Keslassy
Atelier SFX : CLSFX Atelier 69
Spatialisation sonore : Mélodie Souquet
Réalisation perruques : Camille de Mena
Coordination d’intimité : Julie De Bohan – ICIE
Conseil acrobatique : Nin Khelifa
Coaching vocal : Melody Louledjian
Avec les danseur·euses du Ballet national de Marseille
Distribution : Isaia Badaoui, Arno Brys, Isla Clarke, Titouan Crozier, Nathan Gombert, Jonatan Myhre Jørgensen, Dana Pajarillaga, Kevin Pajarillaga, Layne Paradis Willis, Gabriella Sibeko, Eden Solomon, Elena Valls Garcia, Luca Völkel

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