Jean-Loup Horwitz construit son récit autour en trois strates narratives qui se rejoignent. La première suit Alain, ancien faussaire devenu peintre qui signe ses œuvres du nom d’Elia (« Dieu est seigneur » en hébreux). La seconde s’attache à Evelyn, une Américaine étrange venue le rencontrer. La troisième déploie une série de flashbacks qui dévoilent progressivement les événements du passé et les clés de cette histoire.
En divisant l’espace scénique en trois, Léonard Matton signe une formidable mise en scène, inspirée des procédés du cinéma et du théâtre immersif. Il compose ainsi un parcours limpide où présent et passé s’entrelacent avec fluidité, guidant le spectateur sans jamais le perdre.
Au nom de tous les miens

Alain Lemonier est un ours mal léché, méfiant, qui accueille Evelyn avec une hostilité immédiate. Lorsqu’elle tente de lui révéler la raison de sa venue, il l’interrompt et la chasse dans un accès de colère. Elle a commis l’impensable : évoquer devant lui ses parents, ces inconnus qui, croit-il, l’ont abandonné alors qu’il n’avait que deux ans, dans une rue de Paris. Dépitée, Evelyn s’installe dans un hôtel de la région. Elle achète une caméra et entreprend d’y enregistrer le récit de son père, rescapé des camps, qui, après la guerre, n’a jamais cessé de rechercher le petit garçon dont il avait perdu la trace.
Le chemin de la résilience
De son récit, se déploient peu à peu deux destins intimement liés. Celui d’Alain, au parcours chaotique, dont le talent pour la peinture et sa passion pour Chagall sont ses seuls points d’ancrage. Et celui du père d’Evelyn : sa jeunesse, sa carrière de peintre, sa relation avec Marc Chagall, puis son arrestation, sa déportation, son retour des camps et le long silence qui s’ensuivit. Si Alain a grandi, privé de son identité et de son passé, Evelyn n’a jamais pu se construire pleinement. Jean-Loup Horwitz met en lumière comment ces deux êtres aux parcours si différents, ont subi les terribles conséquences de la Shoah. En retrouvant son demi-frère, se libérant du poids du passé, Evelyn peut enfin reformer sa famille.
La délicatesse du jeu
Par son interprétation tout en délicatesse, Odile Cohen, révèle toutes les blessures, les fragilités d’Evelyn et son lent cheminement vers la résilience. Jean-Loup Horwitz, également remarquable, incarne Alain/Elia, tout à tour l’enfant malicieux devenu un homme habité par la rage et la colère. Magali Bros incarne avec une belle vivacité et beaucoup d’esprit, les multiples personnages du passé. Sous la houlette de Léonard Matton, les trois interprètes portent ce récit avec une grande intensité. Bravo.
Elia, généalogie d’un faussaire, de Jean-Loup Horwitz
Théâtre le Petit Chien – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
Durée 1h20
Mise en scène Léonard Matton
Avec Odile Cohen, Jean-Loup Horwitz, Magali Bros
Scénographie Dan Azzopardi
Musiques Laurent Labruyère
Costumes : Chouchane Albello-Tcherpachian.



