En 2018, s’installant dans un lieu non dédié au théâtre, Léonard Matton faisait découvrir avec Helsingør, château de Hamlet, le théâtre immersif. En plaçant les spectateurs au cœur même du récit, le metteur en scène a permis d’aborder la représentation théâtrale sous un autre angle. Six ans plus tard, puisant à nouveau dans l’œuvre de Shakespeare, il investit avec sa Cie Emersiøn la cour d’honneur du Palais Royal, avec Le Fléau.
Une autre dimension

Dans son ouvrage, Léonard Matton cite un jeune spectateur de huit ans : « C’est de la réalité virtuelle réelle ». Quelle belle définition ! La particularité du théâtre immersif est l’abolition de la frontière entre la scène et la salle. Le spectateur est amené à déambuler dans un ou plusieurs espaces dans lesquels, simultanément, plusieurs scènes sont jouées. Cela donne souvent l’envie de multiplier l’expérience. Après avoir vu huit fois Helsingør,
un spectateur habitué s’est exclamé : “Ça y est, je crois que j’ai enfin tout vu !” »
Un travail minutieux
Cet ouvrage est composé d’une partie méthodique. Ne voulant pas en faire un livre mode d’emploi, le metteur en scène a choisi la forme du dialogue avec sa fidèle collaboratrice, la comédienne Camille Delpech et l’universitaire Camille Pain.
En cinq chapitres, ils explorent ensemble les outils de cette nouvelle approche dramatique, de l’élaboration à sa représentation. Cette méthode a pour but de comprendre « comment trouver le bon équilibre pour demeurer correctement immergé et ne pas se faire submerger ». On mesure combien tout doit être précis pour que le spectacle se tienne. Il faut régler au cordeau l’interprétation, la scénographie, la mise en place des diverses scènes jouées conjointement. Même s’il varie chaque soir, on doit prendre en compte le public dès les répétitions. Les acteurs et les actrices doivent apprendre à composer avec eux. Camille Delpech, sublime Ophélie, a cette belle image pour déterminer ce lien entre les artistes et les spectateurs. « Le théâtre immersif est un plateau rempli de corps qui y vivent. Les spectateurs apportent de la chair et une émotion palpable qu’on ressent – re-sent – soir après soir ».
Une belle réflexion sur le théâtre
Pour Laurent Terzieff, « Faire du théâtre, c’est se mettre à l’écoute du monde, pour en être la caisse de résonance ». Celui-ci s’inscrit et évolue avec l’époque. Les images et les écrans envahissent la nôtre. Pourtant, il y a encore des spectateurs dans les salles. Le théâtre immersif permet à ceux qui n’y vont jamais ou l’on déserté, d’y revenir. La première à avoir compris cela fut Ariane Mnouchkine qui avec son 1789 a bouleversé de nombreuses générations.
Léonard Matton explique également toute la puissance dramaturgique qu’offre le théâtre immersif. Alors, peut-être que demain des autrices et des auteurs s’en inspireront pour écrire autrement le théâtre et apporter un vent nouveau. Ce livre démontre toute la richesse de ce nouveau style théâtral.
Le théâtre immersif de Léonard Matton
L’Avant-Scène Théâtre
Date de parution le 22 août 2025
Prix 18 €