Ce n’est pas Laura Vazquez qui apparaît en premier, ce sont les feuillets qu’elle tient devant elle, avançant d’un pas lent. L’image n’a rien d’anodin, l’autrice entre en scène précédée de ses propres textes, auxquels elle s’apprête à donner une voix. Son corps, lui, est déjà pleinement investi. La posture droite, affirmée, une casquette descendue sur les yeux, elle progresse en ligne droite entre les deux murs végétaux qui bornent le plateau à cour et à jardin. Viennent alors les premiers mots, derniers ingrédients d’une performance totalement habitée qui se compose de cette poésie et de cette présence.
À l’encre du souffle

Hormis une caisse de bois assortie d’un micro – sorte de cajon improvisé –, l’artiste est seule sur une scène vide et ouverte qui la laisse presque en errance. Pourtant chaque geste, chaque déplacement, ne doit rien au hasard. Son organisme tout entier est en train de donner corps à ce qu’elle lit. Une écriture intérieure, viscérale, qui s’exprime par des vers courts et déstructurés, cherchant dans la redondance à instaurer un rythme qu’elle se plaît ensuite à briser. La poésie de Laura Vazquez ne passe pas seulement par les mots, elle se déploie aussi à l’encre du souffle.
C’est à cette dimension profondément organique que l’écrivaine donne écho dès lors qu’elle performe ses écrits. Le texte devient litanie, certaines voyelles traînent quand des syllabes entières se retrouvent mangées. Pendant ce temps, les feuillets tombent un à un, venant doucement s’échouer au sol. La relation qui s’inscrit entre les mots couchés sur papier et ceux qui s’envolent dans la voix de leur autrice se fait toujours plus solide. Et alors que le vent a finalement tout emporté, que la dernière page s’est glissée hors des mains de la poétesse, ne reste qu’un corps inanimé, privé de son énergie vitale. Laura Vazquez maîtrise aussi la partition des images.
Penser danser

Le duo MazelFreten opte également pour la parole comme porte d’entrée, dans un rapport cette fois plus distant au premier abord. Depuis le public, le philosophe Emmanuel Leclercq déplie le fil de sa pensée, comparant sa discipline à la chorégraphie et leur cherchant des points de rencontre. Une tentative de théoriser ce qui peut difficilement l’être sans passer par l’expérience du plateau. Alors en réponse, Laura Defretin et Brandon Masele apparaissent dans l’encadrement de la porte située en fond de scène. Impassibles, mus par les mots du penseur comme pour venir les illustrer, les deux corps s’animent, étirent leurs gestes, se cherchent.
Puis vient nécessairement le point de fusion, ce pas vers l’autre annoncé dès le départ comme enjeu de ce travail commun. Emmanuel Leclercq rejoint les deux danseurs au plateau et met son corps en mouvement. L’objectif tient moins de la représentation comme produit fini que d’une volonté de traverser, par le concret, la philosophie du geste. La chorégraphie est timide, parfois indistincte ou au contraire trop lisible dans ses figures convenues. Les concepts philosophiques sont sciemment très compréhensibles. La pensée continuera de danser se situe sur une frontière voulue poreuse entre ces deux pans et se contente de son état de tentative.
Vive le sujet ! Tentatives – Série 3
Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph – Festival d’Avignon avec la SACD
Du 22 au 25 juillet 2026
Durée 1h
Premier millimètre de Laura Vazquez
Texte et interprétation – Laura Vazquez
La pensée continuera de danser de MazelFreten
Avec Laura Defretin, Emmanuel Leclercq, Brandon Masele
Chorégraphie et mise en scène de Laura Defretin, Brandon Masele
Texte d’Emmanuel Leclercq
Musique – Composition originale de KCIV (Sylvain Bajgar)
Costumes – Anthony Calydon



