Comme le dit Cioran, « tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau ». Pourquoi est-on considéré intelligent ? Que comprenons-nous de ce qui nous entoure ? Comment se faire comprendre de l’autre, lorsque notre système cognitif n’est pas tout à fait conforme à la norme ? À quoi sommes-nous Doué·e·s ? La réponse est dans cette « neuro-fiction » dense et foisonnante.
« Si vous avez du mal à suivre mon cerveau, n’ayez crainte j’ai tout autant de mal » (Parole d’une dyslexique)

Elsa (vibrante Claire Bouanich), Lydia (émouvante Maud Martel), Andrea (flambante Jeanne Ruff), Alice (épatante Juliette Smadja) et Jenny (bouleversante Lisa Toromanian) sont amies d’enfance. Ayant toutes leurs propres personnalités, elles n’ont en commun que ce lien qui les unit. Malo (formidable Sarah Coulaud) et Barbara (étonnante Louise Fafa) sont deux pièces rapportées et complètent le puzzle mis en place par l’autrice. D’autres personnages interviennent, comme les parents, époux, médecins, mais aussi le Cortex Frontal, l’Hippocampe, l’Amygdale et la Petite Voix intérieure. Tout comme le formidable personnage de Jenny le revendique, se refusant d’être mise dans les cases, ce spectacle n’est pas « résumable ».
On ne change pas quelqu’un, on s’arrange de ses différences
Dans la première scène, un désaccord autour d’une suspension lumineuse, nous laisse un peu dans l’expectative. La suivante ne nous éclaire pas davantage. Alice, neuroscientifique, vient nous donner une conférence sur le thème : « Intelligences, ce que disent les neurosciences ». Et nous revenons aux personnages, découvrant la particularité de chacun. Petit à petit, ces tranches de vie, qui semblent décousues, vont trouver sens et nous entraîner dans une histoire de femmes et d’hommes qui fait caisse de résonance avec le vécu de chacun. Rien n’est vraiment linéaire dans le récit. Tel le cheminement de la pensée, les scènes vont sinuer dans des méandres avant de se rejoindre pour former un tout. C’est finalement assez vertigineux.
Un spectacle choral

La construction du spectacle est surprenante. D’abord, le choix des costumes, créés par Sarah Coulaud. Toutes les actrices sont vêtues d’un costume neutre, représentation des neurones. Lorsqu’elles abordent leurs personnages, elles enfilent par-dessus un pull ou une jupe, s’emparent d’un accessoire qui l’identifie. Le décor, très bel ouvrage d’Angéline Croissant, est constitué de vingt-et-un modules aux formes et dimensions variées. Ces éléments, ressemblant à des bouts de cervelle autant qu’à des cailloux, se transforment en tables, sièges, canapés, fauteuils… Faisant intervenir la danse et laissant à la musique une large place, la mise en scène de Gabrielle Chalmont-Cavache fonctionne très bien. Formant une solide colonne vertébrale, elle permet aux comédiennes de faire entendre, dans un ensemble parfait, toutes les « voix » de ce texte qui explore beaucoup de sujets.
Doué·e·s, texte et mise en scène de Gabrielle Chalmont-Cavache
Théâtre 13 / Chevaleret – Paris
Du 7 au 23 janvier 2026
Durée 1h40.
Tournées 2026
31 janvier 2026 – La Ferme Corsange, Bailly-Romainvilliers (77)
21 mai 2026 – La Canopée, Ruffec (16)
6 juin 2026 – Le Bruit des Printemps, Montlieu-la-Garde (17).
Dates passées
Du 13 au 31 octobre 2025 (résidence) – La Méca, Bordeaux (33)
5 décembre 2025 – La Palène – Rouillac (16)
9 décembre 2025 – Le Bordeau, Saint-Genis de Pouilly (01).
Collaboration à l’écriture Marina Tomé
Avec Claire Bouanich, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel, Jeanne Ruff, Juliette Smadja, Lisa Toromanian.
Chorégraphie Louise Fafa
Lumière Emma Schler
Scénographie Angéline Croissant
Costumes Sarah Coulaud
Création musicale Jeanne Ruff
Réalisation des costumes Marion Duvinage.