Synchronicité de Maud Le Pladec © Fred Marvaux

Programme 1 : le Ballet de Lorraine entre héritage, partage et union sacrée

Pour son ouverture de saison au CCN – Ballet de Lorraine, Maud Le Pladec propose un kaléidoscope de pièces courtes entre reprises et (re)créations. Un moment suspendu qui met en lumière la technicité des interprètes et leur puissance collective, affirmant une nouvelle ère pour la troupe nancéienne.
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Certains programmes marquent par l’imaginaire qu’ils réveillent. Plaisirs inconnus, créé en 2016 sous l’impulsion de Petter Jacobsson, appartient à cette catégorie. Le principe en était simple, découvrir la danse sans savoir qui en signait la chorégraphie. Cinq pièces très différentes composaient ce programme comme autant d’expériences sensorielles. L’une évoquait, par un tournoiement infini, l’urgence climatique. Une autre s’inscrivait dans l’héritage de Merce Cunningham. La dernière, plus audacieuse, rendait hommage avec malice au Boléro de Béjart.

Pour son premier programme de troupe, Maud Le Pladec choisit de présenter deux de ces pièces et de lever le voile sur leurs signatures. Depuis son arrivée en janvier, elle affirme son style. Après avoir mis à l’honneur au printemps la compagnie néerlandaise NDT2, elle propose cet automne quatre œuvres courtes, entre création et répertoire, qui placent le Ballet sous le signe de la transmission, de la diversité des écritures et de l’énergie collective.

Héritages assumés
Works de Maud Le Pladec © Arno Paul

Fini les mystères. Works, que la chorégraphe recréée pour l’occasion, ouvre le bal et pose le ton. Dix interprètes en académiques jaunes dorés, corps affûtés, découpent l’espace avec une rigueur presque néoclassique qui n’est pas sans rappeler Cunningham. Sur une symphonie de Beethoven bousculée, distordue, les lignes se forment et se brisent, les ensembles se nouent et se défont.

La tension monte, parfois trop tenue, jusqu’à l’explosion. Par moments fragiles, les danseurs jouent des dissonances et des écarts, parfois jusqu’au déséquilibre. On y retrouve toutefois ce goût du motif et du dessin collectif cher à la chorégraphe, entre structure et débordement.

Le monde brûle

Vient ensuite, dans la foulée, Jan Martens et sa ronde infernale où les corps tournoient sans fin, se déploient en cercle et composent un système solaire en perpétuel dérèglement. Les danseurs tournent sur eux-mêmes, s’alignent un instant avant de s’échapper, retrouvant chacun leur orbite.

Sur leurs t-shirts blancs, les lettres s’assemblent et se recomposent. Une phrase apparait…  « The world is burning« . Le message s’imprime dans l’œil autant que dans la chair. La rigueur géométrique, qui parfois déraille, contraste avec l’urgence du propos. Le chorégraphe néerlandais orchestre le chaos avec une précision quasi mathématique. Dans cette ronde hypnotique, on entend battre le pouls d’un monde qui vacille, s’emballe, mais persiste à danser.

La fugue des corps
TURNING BURNING de Jan Martens ©Arno Paul

Après un court entracte, le groupe se resserre. Trois interprètes seulement – femmes ou hommes selon les soirs – pour The Fugue, pièce fondatrice de Twyla Tharp et première à entrer au répertoire de la compagnie fondée par la chorégraphe new-yorkaise. Talons métalliques et frappes sèches, le geste emprunte au flamenco pour marquer la cadence. Dans un premier temps, la seule musique est celle de leurs pas, amplifiée, obstinée, presque incantatoire.

Puis sur la rythmique de L’Offrande musicale de Bach, la pièce déploie vingt variations d’un même motif. Chaque pas, chaque renversement est pensé, pesé, réinventé. Les corps s’attirent, se repoussent, se répondent avec une précision millimétrée. Rien n’est laissé au hasard. C’est une danse mentale autant que physique, une architecture du temps où chaque geste devient pensée.

Union sacrée

Pour clore ce programme éclectique, Maud Le Pladec retrouve la ferveur de son tube planétaire, Synchronicité. Créée pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, cette pièce courte est un vrai shot d’énergie. Huit minutes d’euphorie pure, reprises ici par les vingt-quatre danseurs du Ballet, vêtus d’or et portés par une intensité de feu.

Sur scène, la troupe devient foule, organisme vibrant à l’unisson. Les corps s’élancent, se répondent, s’enflamment dans une course effrénée. C’est un hymne à la joie d’une efficacité redoutable qui célèbre la puissance du collectif. L’union est sacrée.

La virtuosité, presque mécanique, s’efface dans le plaisir de faire corps ensemble. La salle vibre, emportée par cette transe dorée où le temps, la gravité et la distance se fondent en un feu d’artifice de mouvement. Un final lumineux, fédérateur, spectaculaire, où la danse redevient ce qu’elle a toujours été, un art du partage ! 


Programme 1 du CCN – Ballet de Lorraine
Opéra national de Nancy-Lorraine
du 5 au 9 novembre 2025
durée 1h30 environ avec entracte

Works de Maud Le Pladec
Pièce pour 10 danseur.euse.s
Création en 2016 dans le cadre de la soirée Plaisirs inconnus à l’Opéra national de Nancy-Lorraine

Recréation le 5 novembre 2025 à l’Opéra national de Nancy-Lorraine
Durée : 14 minutes

TURNING BURNING de Jan Martens
Pièce pour 14 danseur.euse.s
Création 2016 dans le cadre de la soirée Plaisirs inconnus à l’Opéra national de Nancy-Lorraine
Reprise le 5 novembre 2025 à l’Opéra national de Nancy-LorraineDurée : 14 minutes

The Fugue de Twyla Tharp
Pièce pour 3 interprètes (version avec 3 danseurs et version avec 3 danseuses)
Première le 1er août 1970 par Twyla Tharp Dance et Dancers – University of Massachusetts, Amherst (USA).

Entrée au répertoire du CCN – Ballet de Lorraine le 12 novembre 2015 à l’Opéra national de Nancy-Lorraine (Nancy)
Reprise en novembre 2025 à l’Opéra national de Nancy-Lorraine
Durée : 13 minutes

Synchronicité de Maud Le Pladec
Pièces pour les 24 danseur.euse.s du CCN – Ballet de Lorraine
Création le 26 juillet 2024 dans le cadre de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques 2024 sous la direction de Thomas Jolly
durée 8 minutes 

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