Sur un plateau nu, en fond de scène, huit silhouettes se dessinent. Tenues sportives, torse nu pour les danseurs, brassières pour les danseuses, pieds nus et regard tourné vers la salle, ils attendent en toute décontraction que le public s’installe. Puis, d’un pas décidé, ils avancent, enfilent chaussettes et baskets. L’expérience à laquelle nous convie Jan Martens peut commencer. Elle dure un peu plus d’une heure. Plus qu’un spectacle, c’est une performance intense, épuisante et hypnotique.
La grammaire du saut

La ligne directrice repose sur une variation infinie autour de petits sauts. D’abord immobiles et alignés, les interprètes semblent traversés, un à un, par une envie irrépressible de plier les genoux en rythme. Bientôt naît une succession de bonds minuscules. Les poings serrés sur les hanches, ils sautillent d’abord sur place puis se déplacent peu à peu, changent de rang, occupent l’espace.
Progressivement, les mouvements se diversifient. C’est d’abord imperceptible, un saut de côté ou un geste rapide des bras. Mais la mécanique reprend inlassablement son cours. Les motifs se répètent, se décalent. Ce qui paraissait simple et redondant au départ esquisse une véritable grammaire.
La partition, jamais linéaire, surprend par ses décalages autant que par sa rigueur. On rit parfois devant l’absurdité d’une variation, puis la fascination pour l’obsession de l’implacable cadence s’installe. Sans vaciller, les huit interprètes tiennent le rythme sans jamais faiblir. Peut-être la pièce s’étire-t-elle un peu, à force de redondance, mais on ne peut que constater la qualité d’écriture du chorégraphe flamand et sa pugnacité à explorer un motif jusqu’à l’épuisement.
Quand le masque tombe
Emportés dans une mécanique quasi mathématique, les danseurs et danseuses s’efforcent de maintenir à l’unisson la cadence du groupe. Pourtant, les faux pas imperceptibles apparaissent tôt ou tard. Une réception légèrement trop appuyée, un souffle court, un saut légèrement décalé révèlent le véritable visage de l’artiste. Certains serrent les dents, d’autres crispent leurs traits, quelques-uns demeurent imperturbables, tenus par une volonté inébranlable. Sans musique ou presque, seuls résonnent les crissements des baskets et les respirations haletantes. Peu à peu, le spectateur ressent physiquement la fatigue et l’essoufflement, à l’instar des interprètes.

Le point de départ de Jan Martens se trouve dans une phrase du photographe américain Philippe Halsman. Celui-ci estimait que, lorsqu’on demande à quelqu’un de sauter, son attention se fixe sur l’action et le masque tombe, laissant apparaître la véritable personne. THE DOG DAYS ARE OVER 2.0, remontée aujourd’hui avec une nouvelle génération d’interprètes, propose ainsi une vision de l’interprète réduit à une exécution implacable et soumise, qui cherche en vain la perfection. L’erreur infime est inévitable, libérant imperceptiblement chacun des carcans établis.
Créée il y a onze ans, cette pièce questionnait déjà notre rapport aux danseurs, aux chorégraphes et à la perception que l’on a des œuvres. Elle résonne encore aujourd’hui avec une actualité marquée par la fatigue sociale et politique. Jan Martens ne se contente pas de présenter une performance virtuose. Il invite le public à partager une expérience physique et collective où chacun mesure, dans son propre corps, le poids de l’effort et l’impossible quête de perfection.
THE DOG DAYS ARE OVER 2.0 de Jan Martens
pièce pour 8 danseur·euses–2025
Les Célestins, Théâtre de Lyon dans le cadre de la Biennale de la Danse
Du 18 au 19 septembre 2025
durée 1h10.
Tournée
24 et 25 septembre 2025 au Theater Rotterdam, Pays-Bas
12 octobre 2025 au Festival Aperto – iTeatri, Reggio Emilia, Italie
17 octobre 2025 à la Fabrik Potsdam, Allemagne.
23 et 24 octobre 2025 au Seoul Performing Arts Festival, Corée du Sud
7 au 9 novembre 2025 au National Theater NPAC-NTCH, Taipei, Twaiwan
20 et 21 novembre 2025 à la Comédie de Valence, France.
25 au 27 novembre 2025 à la Comédie de Clermont, Clermont-Ferrand, France
2 décembre 2025 aux Salins, Scène nationale de Martigues, France
12 et 13 décembre 2025 au Tandem Scène nationale – Hippodrome de Douai, France.
13 janvier 2026 au Schouwburg Concertzaal, Tilburg, Pays-Bas
20 janvier 2026 au Parkstad Limburg Theaters, Heerlen, Pays-Bas
21 janvier 2026 au Theater de Veste, Delft, Pays-Bas
31 janvier 2026 au Grand Theatre, Groningen, Pays-Bas
3 et 4 février 2026 au Viernulvier, Gand, Belgique.
11 et 12 février 2026 au ZEF – Scène nationale de Marseille en co-programmation avec KLAP Maison pour la danse, France.
24 et 25 mars 2025 à la Manufacture CDCN – Bordeaux, France
2 et 3 avril 2026 à l’Internationaal Theater Amsterdam, Pays-Bas
21 avril 2026 au Centre Culturel d’Hasselt, Belgique.
22 avril 2026 au Centre Culturel de Sint-Niklaas, Belgique
24 et 25 avril 2025 au De Singel, Anvers, Belgique
5 et 7 mai 2026 au Stuk, Louvain, Belgique
Chorégraphie de Jan Martens
Assistanat artistique – Naomi Gibson
Assistanat artistique / Coaching – Steven Michel, Piet Defrancq.
AvecPierre Bastin, Camilla Bundel, Jim Buskens, Zoë Chungong, Simon Lelièvre, Florence Lenon, Elisha Mercelina, Dan Mussett, Pierre Adrien Touret, Zora Westbroek, Maisie Woodford, Paolo Yao.
Interprètes d’origine – Piet Defrancq, Naomi Gibson, Nelle Hens, Julien Josse, Kimmy Ligtvoet, Cherish Menzo, Steven Michel, Laura Vanborm et/ou Morgane Ribbens, Ilse Ghekiere, Victor Dumont, Connor Schumacher, Caspar Knops, Amerigo Delli Bove, Daniel Barkan.
Dramaturgie de Renée Copraij
Stylisme de costumes – Sofie Durnez.
Lumière de Jan Fedinger
Régie de Jan Lettany, Michel Spang, Elke Verachtert, Nele Verreyken