Le son pulse, les tubes se succèdent, l’atmosphère monte en température alors que le public prend place. Chacun se laisse déjà happer par les rythmes et les mix qui annoncent l’étonnant spectacle à venir, entre concert et récits de vie.
Sur scène, huit chaises blanches forment un demi-cercle tourné vers le public. Sur le proscenium, d’étranges structures en bois peint évoquent autant un manche de guitare qu’un cactus. À peine perceptible, la lumière baisse. Sept artistes – Françoiz Breut, Jill Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau & Fredrika Stahl – entrent, portés par les riffs de guitare du génial Mocke Depret. Ils ont entre 40 et 60 ans, des histoires plein les poches, du groove à revendre.
Un concept génial autant qu’inépuisable

Le principe est simple. Il reprend l’idée de “33 000 tours”, projet que Renaud Cojo (Et Dua Lipa à fait ça (#moiaussi), Haskell Junction) avait lancé lors de l’édition zéro de son festival bordelais Discotake. La musique fait partie de nos vies, il y a donc forcément une chanson qui sort du quotidien, qui renvoie à une anecdote marquante, un morceau de vie qui dit tant de ce que nous sommes.
Après avoir testé la formule avec des amateurs, il invite désormais des artistes de la scène française à jouer le jeu. Neuf ont répondu à l’appel. En ce soir de première, ils sont sept sur le plateau. Voix chaudes, présences électriques, univers singuliers, chacun dégage une personnalité qui ne ressemble qu’à elle. Tous ont quelque chose à raconter : un parcours, des coups de cœur, des failles et des élans qui les ont menés jusqu’ici, sous les projecteurs. La musique, ils l’ont tous dans la peau.
Des éclats de vie
L’un se souvient de son enfance dans un village à quelques encablures de Dijon, de son pote d’enfance, l’un est petit, l’autre grand, l’un est introverti, l’autre solaire. Entre eux tout d’abord une collection d’étiquettes de vin, puis viennent les musiques rock underground, The Cure, The Clash et consorts, les vinyles usés sur les platines dans un grenier aménagé. Une autre parle de son enfance normande, de son parcours éclectique, son passage aux beaux-arts, de Nantes qui n’est finalement pas au bord de la mer, de sa défiance joyeuse face aux normes.

Une troisième remonte le temps. Elle est une ado malingre, affublée d’un appareil dentaire, mais déjà rebelle et rock. Elle parle de ses séjours linguistiques en Angleterre et de sa découverte, entre Brighton et Exter, de l’inclassable David Bowie. Un autre, Rochelais pur jus, se souvient de son amour des chocolatines… ou plutôt de la boulangère qui les vendait. Derrière ces souvenirs surgit un poète contemporain, lecteur de Rimbaud, et l’ombre christique de Jim Morrison.
Plus loin, c’est l’histoire de cet enfant qui, après un accident, cherche dans Thriller de Michael Jackson les traces d’une mémoire envolée. Chacun, à sa manière, dépose sur scène des fragments d’existence, drôles ou déchirants, qui racontent l’artiste d’aujourd’hui, avec son sens du rythme, son aplomb, son grain de folie.
La musique en fil d’émotion
Renaud Cojo construit ainsi, par bribes, un spectacle-jukebox où les morceaux s’imbriquent dans des tranches de vie. Tour à tour, à partir d’un émoi d’adolescent, d’une rencontre musicale, d’une mélodie jamais oubliée, ils se livrent, improvisent. C’est d’une simplicité désarmante et d’une redoutable efficacité. Les récits défilent, tour à tour joyeux, tendres, déjantés, bouleversants. La musique s’y glisse, rallume des souvenirs. Certaines chansons se redécouvrent, d’autres frappent comme des trésors.
On se laisse embarquer dans ce flot de mots, d’histoires. Mocke Depret les accompagne, habille leurs paroles d’une guitare tantôt douce, tantôt rock. C’est beau, fragile, vibrant. Chacun trouve sa respiration, son silence, ses mots suspendus. Derrière l’artiste, l’humain affleure, brut.
Reprises incandescentes pour bouquet final

Après un court entracte, tous reviennent sur scène, habillés de lumière, rejoints par le backing band. Ils font résonner les morceaux choisis. Emily Loizeau glisse son souffle intemporel et mélancolique dans Le Petit Cheval Blanc de Georges Brassens. Françoiz Breut électrise la scène avec Art-I-Ficial de X-Ray Spex. Fredrika Stahl se coule avec grâce dans On the Bound de Fiona Apple. Jill Caplan s’empare de Space Oddity de David Bowie. Bastien Lallemant plonge avec pudeur dans A Forest de The Cure. Lescop vogue sur The Crystal Ship des Doors. Et Barbara Carlotti swingue avec Thriller de Michael Jackson.
Puis vient le final, un bœuf incandescent où tout le monde reprend en chœur le titre du spectacle, While My Guitar Gently Weeps écrit par George Harrison des Beatles en 1968. La salle suit, portée par un frisson collectif. C’est furtif, mais profond. Une intimité s’est créée entre scène et gradins. Des rires, des secousses, cette émotion qui résonne avec la vie de chacun. Un moment suspendu, partagé, qui laisse dans l’air une petite mélodie intime.
Envoyé spécial à La Rochelle
While my guitar gently weeps, un spectacle musical conçu par Renaud Cojo
La Sirène, SMAC de La Rochelle
le 9 décembre 2025
durée 3h environ avec entracte
Tournée
11 décembre 2025 au Théâtre Molière, Sète – nationale Archipel de Thau
12 décembre 2025 à la Scène nationale du Grand Narbonne
15 janvier 2026 au TAP – Scène Nationale du Grand Poitiers
16 janvier 2026 au Rocher de Palmer, CENON
17 janvier 2026 au Parvis – Scène nationale Tarbes-Pyrénées
18 janvier à la Scène nationale du Sud-Aquitain
20 mars 2026 aux Quinconces et L’Espal – Scène Nationale du Mans
31 mars 2026 à L’Embarcadère, Saint-Sébastien-sur-Loire
Conception et mise en scène Renaud Cojo
Avec Françoiz Breut, Jill Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau, Mathias Malzieu, J.P Nataf, Fredrika Stahl.
Direction Musicale de Mocke Depret
Backing Band – Zacharie Boisseau, Mocke Depret, Valérie Leclercq, Astrid Radigue
Ingénieur du son – Stéphane Teynié
Création lumières de Fabrice Barbotin
Scénographie de Philippe Casaban et Éric Charbeau